Correspondances au Musée d’Orsay
Par Pascaline Vallée • lun 21 août 2006 • Categorie: Art ContemporainExposition jusqu’au 3 septembre

D’ordinaire, une correspondance s’entretient. Deux personnes échangent régulièrement des lettres, et ce faisant, construisent ensemble une œuvre épistolaire. Au Musée d’Orsay, l’initiative des Correspondances ne pouvait malheureusement fonctionner que dans un sens, puisque Gauguin ou Garnier ne sont plus là pour répondre aux deux artistes intervenants. Pourtant, que ce soit dans la création d’Annette Messager ou celle de Robert Mangold, le résultat obtenu semble le fruit d’une étroite collaboration. L’œuvre vue et revue semble soudain revêtir un aspect changé, comme éclairé par le miroir moderne tendu par nos contemporains.
En choisissant la maquette représentant le quartier de l’Opéra Garnier faite vers 1914, Annette Messager ne s’attaque pas vraiment à une œuvre d’art. Elle investit en fait une pièce topographique, destinée à mettre en avant la complexité d’intégration de l’édifice dans son quartier haussmannien. Son art « pauvre », celui des peluches et autres empaillés, répond ainsi à un autre art mal considéré : celui de la maquette. Toutefois, Annette Messager parvient à donner à l’ensemble un aspect artistique.
Intitulée Les mystères de Paris, l’œuvre nouvellement créée fait référence au roman d’Eugène Sue. Les aventures palpitantes du Prince Rodolphe dans les bas-fonds de la capitale répercutent ainsi leur atmosphère fantastique et populeuse sur la maquette du quartier de l’Opéra. Annette Messager mêle alors au Paris du XIXème siècle sa mythologie personnelle, et sa passion de « collectionneuse » déjà aperçue à l’exposition Big Bang (Mes vœux désignait une collection de photographies de parties de corps) ou encore au Musée d’Art moderne de Paris.
Un coq trône, un paon étale sa queue dans la rue, un chat dort lové au milieu d’un carrefour, tandis qu’un autre guette sa proie perchée sur le toit de l’Opéra… Malgré les apparences, la basse-cour d’Annette Messager n’est pourtant pas dispersée au hasard. De manière plus flagrante, cette rupture d’échelle reprend celle que créa Garnier en traçant les plans de l’Opéra. De plus, l’architecte voulait décorer l’ensemble de manière pittoresque et colorée, caractères que l’on applique aisément aux animaux présentés ici.

Plus loin, Robert Mangold a jeté son dévolu sur les reliefs en bois de la Maison du Jouir de Paul Gauguin. D’emblée, les œuvres en présence révèlent une similarité de structure. Toutes deux sont en effet longilignes, et forment des panneaux posés perpendiculairement. Robert Mangold a en cela trouvé dans l’œuvre de Gauguin un écho à sa série des colonnes, récemment réalisée. Column structure I est donc le prolongement du travail de l’artiste, inspiré par son prédécesseur.
Quant aux courbes minimalistes, elles répondent aux corps des deux femmes représentées sur les panneaux. Les injonctions « soyez amoureuses » et « soyez mystérieuses » se devinent dans ces lignes qui parcourent souplement le T, ainsi que dans le vert nuancé et aléatoire qui en constitue le fond. Un même hommage à la nature et à la volupté, qu’il soit matérialisé par Gauguin ou minimalisé par Mangold, semble ainsi envahir l’espace des deux œuvres.
Qu’elles soient intervention sur ou en marge de l’œuvre, les Correspondances en dégagent un aspect significatif. Annette Messager révèle l’incongruité d’un bâtiment posé tant bien que mal sur des carrefours inadéquats, et, comme à l’Opéra, pare d’un masque de comédie la froideur des pierres. Robert Mangold quant à lui, exalte à sa manière la sensualité et la douceur de vivre dont est imprégnée la Maison du jouir de Gauguin. Ces nouveaux regards suscitent une relecture de l’œuvre mise en valeur, dépoussiérant ainsi l’Art des musées.
Correspondances, Musée d’Orsay, 62, rue de Lille, 75343 Paris.
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