culturofil_header.jpg

ARC, la collection permanente

Par Pascaline Vallée • lun 28 août 2006 • Categorie: Art Contemporain

Exposition permanente

Appréciation de Pascaline niveau 2

« Des pas perdus ? Mais il n’y en a pas » s’exclamait Nadja dans le livre éponyme d’André Breton. Le Musée d’Art moderne (ARC) de Paris aurait pu se nommer « le musée des pas perdus », car on y erre comme dans un rêve, entre réalisme et abstraction, accroché à un maigre fil d’Ariane chronologique. En guise d’accueil, deux paires de pieds luttent et frémissent dans un flamenco trépignant, faisant écho aux pas des visiteurs descendant l’escalier d’entrée. Introduit par l’oeuvre de Pilar Albarracin, on engage alors une marche à travers le temps, croisant Matisse, Yves Klein, Hantaï ou Boltanski, qui chacun leur tour, offrent une échappée sur leur univers artistique.

La visite commence en douceur. Apaisé par la souplesse et les couleurs des fauves, touché par la froide vérité des visages cadavériques peints par Rouault, le visiteur, serein, tombe soudain sur le Buste de Fernande, qui lève un sourcil narquois, et semble lancer un cinglant « vous croyez avoir tout vu ? ». Car derrière les cloisons, les oeuvres seront de plus en plus étonnantes et déroutantes.

Récemment réorganisée, la collection permanente du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris réunit des œuvres de 1900 à nos jours. Regroupées parfois autour d’un courant ou d’un artiste, les pièces s’interrogent et se répondent dans un concert savamment orchestré. Ainsi, après un détour par les ressorts d’Arman et la Diana Ross de Rancillac, une traversée du nouveau réalisme et du fluxus, le visiteur se retrouve immergé dans l’abstraction naissante. Dans une salle, le noir de Soulages et les blancs d’ Aurélie Nemours, Martin Barré ou Niele Toroni s’opposent radicalement, et expriment la diversité des voies de recherche lancées au début du siècle dernier.

La collection s’intègre donc au bâtiment, allant parfois jusqu’à prendre le pas sur lui. La visite est ponctuée de surprises, tel le Cabinet de peinture créé par Niele Toroni, installé dans un angle rendu inutile par la courbe de l’arc. De même, les organisateurs ont su exploiter les particularités architecturales, notamment pour la sculpture de Luciano Fabro. Intitulée Euclide, elle entend permettre au spectateur de jeter un regard à travers l’espace. Suspendue au centre d’une petite pièce ronde, elle est mise en valeur par le contraste que créent ses angles et ses droites. Tout autour, des oeuvres de Mario Merz et de Giuseppe Penone sont disposées dans des petites alvéoles intimistes, qui captent l’attention. Ainsi, l’architecture du musée et les œuvres s’entremêlent et se soulignent mutuellement.

Outre ses peintures, sculptures et photographies, l’ARC possède également des objets d’André Breton. Dans la salle qui porte son nom sont donc regroupés portraits, cadavres exquis et tableaux surréalistes. Parmi ceux-ci, plusieurs motifs floraux étonnent par leur audace, comme les Fleurs de Ersnt, faites d’évanescents pétales blancs sur un fond sombre. Par ailleurs, le musée n’hésite pas à consacrer une pièce entière à une œuvre. Le Temple grec de Paolini aligne ainsi ses colonnes au crayon et sa frise en lithographie à même les murs, tandis que la Danse inachevée de Matisse étale son vibrant gigantisme en toute quiétude.

De fil en aiguille, de construction en déconstruction, la visite s’achève sur des œuvres contemporaines. Adrian Schiess, Raymond Hains, Tatiana Trouvé et bien d’autres y rivalisent de provocation, affirmant la volonté générale de constamment remettre l’Art en question. Les chapitres de ce livre d’Histoire s’achèvent ainsi sur une page blanche, invitation à une suite qui, probablement, aura des ratures, mais poursuivra le mouvement ininterrompu des avant-gardes.

ARC, Musée d’Art moderne de Paris, 11, avenue du Président Wilson, 75116 Paris. Renseignements : 01 53 67 40 00.

Technorati Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Pascaline Vallée

Laisser une réponse