Willumsen, élève appliqué
Par Pascaline Vallée • lun 11 sept 2006 • Categorie: Peinture/DessinExposition jusqu’au 17 septembre 2006

Depuis 1888, date de son premier séjour à Paris, jusqu’à la fin de sa vie, Jean Ferdinand Willumsen est une Histoire de l’Art à lui tout seul. En effet, influencé par tous les courants et curieux de les expérimenter, l’artiste danois pratique aussi bien le naturalisme que le symbolisme, reflétant ainsi fidèlement les grandes figures de son temps.
Raffaëlli, grand inspirateur de ses premières toiles, insuffla à Willumsen son intransigeance, toutefois teintée d’une légère mélancolie. Du peintre naturaliste, le jeune homme retiendra également la personnification des éléments, que l’on retrouve de manière constante dans son oeuvre. S’il est toutefois une singularité qu’on doit lui reconnaître, c’est celle d’utiliser des couleurs froides, souvenirs de son pays d’origine. L’élève ne rejoindra ainsi jamais ses guides dans leur exploitation outrancière de la couleur chaude.
Dans ses oeuvres, pour la plupart de grande dimension, la nature est ambivalente, à la fois créatrice et destructrice, mordante comme les teintes glacées des pays du Nord. Sous son pinceau, un titre aussi enchanteur que Soleil sur les montagnes du sud révèle un village brûlé par les feux solaires. Willumsen exploite ainsi son appréhension des éléments et fournit des œuvres expressives quel que soit leur mode de traitement.
Touche à tout, Jean Ferdinand Willumsen déploie tout au long de sa vie une soif de créer productrice. Outre la peinture, l’artiste s’est en effet essayé à l’architecture, à la sculpture, à la céramique et à la photographie. Dans cette dernière discipline, ses sujets sont essentiellement familiaux, sans autre ambition que celle de la mémoire. Les pièces de céramique en revanche, semblent avoir été un terrain d’exploration, et recèlent de bonnes surprises. L’Urne cinéraire à décor de pleureuses étale ainsi un panache de gris et d’ocres envoûtants, tandis qu’un vase mêle harmonieusement couleurs et pierre brute sur le thème de l’enfantement.
Ayant connu Théo Van Gogh, galeriste impliqué dans l’Art de son époque, Willumsen découvrit par son intermédiaire de nombreux peintres montants. Gauguin, dont l’artiste suivit les traces à Pont-Aven puis au Pouldu, reste son maître principal, et guide la majeure partie de l’œuvre présentée au Musée d’Orsay. La soupe du soir quant à elle, ne dépasse pas la valeur de médiocre imitation des célèbres Mangeurs de pommes de terre de Van Gogh. De même, le style douloureusement expressif de Munch modifie pour un temps la facture des œuvres du danois, sans que celui-ci parvienne vraiment à se l’approprier.
Parmi les pâles applications de l’élève, une toile détonne par sa magistralité. Jokunheim, choisie pour figurer dans l’Exposition Universelle de 1900, mérite en effet une distinction. Un paysage de montagne, recueilli en Norvège, y étale son reflet comme pixelisé, à mi-chemin entre l’abstraction et l’image en trois dimensions. Le cadre, travaillé sur le thème comme sur la texture, contribue à l’impact de la toile en l’entourant de ses magnifiques bas-reliefs allégoriques. Malgré ce coup de génie, Willumsen n’a pas su développer un style bien à lui, se contentant de s’inspirer des recherches de chacun.
Du symbolisme à l’expressionnisme, Willumsen (1863-1958), un artiste danois, au Musée d’Orsay.
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