La petite cuisine de M. Night Shyamalan
Par Willy Gilboire • mer 13 sept 2006 • Categorie: CinémaSortie le 23 août
Cleveland, modeste gardien d’un immeuble, veille à l’entretien de celui-ci pour le bien de la mini-communauté qui l’habite. Intrigué par le désordre qui a lieu depuis quelques nuits dans la piscine, cet homme ordinaire finit par y faire la plus extraordinaire des rencontres.
“Great Eatlon“, “Tartutic“, “Scrunt“, “Narf” : le vocabulaire qui illustre le bestiaire du nouveau film fantastique de M. Night Shyamalan peut prêter à sourire. Cependant, pour le spectateur qui a conservé son âme d’enfant et la capacité propre à cet âge de s’émerveiller, La jeune fille de l’eau apparaît comme un conte merveilleux et enchanteur.
Avec ce sixième film, le réalisateur signe d’ailleurs l’adaptation de son propre livre destiné aux enfants, illustré par Crash McCreery et publié outre-Atlantique aux éditions Little, Brown & Co.
Les spectateurs familiers avec l’univers de M. Night Shyamalan ne seront pas dépaysés avec La jeune fille de l’eau. Sa “petite cuisine” se reconnaît par ses habituels ingrédients.
Héros du film, Cleveland Heep (le prometteur Paul Giamatti) rappellera tout d’abord les précédents personnages créés par le réalisateur depuis Le Sixième Sens : imparfait à cause d’un trouble de la parole, tout comme pouvait l’être l’héroïne de Le Village avec sa cécité, et banal jusqu’à devenir transparent dans la vie de tous les jours, à l’image du héros d’Incassable, simple gardien de stade. Évènement récurrent, l’irruption d’un personnage atypique et extraordinaire entraînera également une profonde transformation dans le quotidien de ce gardien d’immeuble. Pour le salut d’une “narf” dénommée Story (la diaphane Bryce Dallas Howard), Cleveland se devra donc de sortir de sa léthargie afin de devenir un héros protecteur.
Pour cela, il deviendra à l’instar de nombreux héros “Shyamaliens”, un véritable déchiffreur de signes : la survie de sa protégée dépendra donc de sa capacité à reconnaître, entre autres, parmi tous les résidents de son immeuble : une guilde, un guérisseur, un gardien (aux allures de gladiateur), comme le veut la légende entourant sa nymphe. Mais nous n’en dévoilerons pas plus pour ne pas gâcher votre plaisir et surtout les habituels mais excitants coups de théâtre des films de M. Night Shyamalan.
« Le problème quand nous grandissons, c’est que nous oublions que tout est possible. Et les choses qui étaient du domaine du possible sont devenues des histoires. Et nous sommes devenus tellement cyniques que ces histoires sont devenues des contes pour enfants. Les choses qui étaient vraies auparavant sont désormais dissimulées en contes. Dans La Jeune fille de l’eau, il existe tout un écosystème de créatures vivant au-delà de cet immeuble résidentiel. Mais les locataires doivent revenir sur des siècles de croyances pour redevenir des enfants et croire à l’impossible, et ainsi rentrer en contact avec cet autre monde qui co-existe avec le leur ». M. Night Shyamalan.
En signant donc ce conte naïf en période trouble (seul lien vers l’extérieur de l’immeuble : le déploiement de l’armée américaine en Irak), M. Night Shyamalan prône, aussi bien implicitement qu’explicitement, la nécessité du retour à l’enfance. Un retour salvateur à l’innocence qui se traduit dans son film par des rapports purs et sans préjugés entre les hommes. L’immeuble apparaît ainsi comme un parfait microcosme, une reproduction en petit du monde : des jeunes et des moins jeunes, des indiens, des asiatiques, des américains, etc. Tous cohabitent en paix et finissent par s’allier contre un “Scrunt” sous l’impulsion du héros et de leur sympathie pour la nymphe.
Dans le cinéma de M. Night Shyamalan, les rencontres exceptionnelles transforment les gens, et La jeune fille de l’eau ne fait pas exception à cette règle. Le trajet personnel du héros, Cleveland, est à l’image de celui du papillon qu’il aperçoit au début de l’histoire : sa torpeur initiale renvoie à celle d’une nymphe avant sa transformation exceptionnelle en papillon. La rencontre décisive avec Story sera donc le catalyseur qui lui permettra de trouver sa voie, une constante encore chez les héros de Shyamalan…
Les plus difficiles d’entre-vous ressentiront peut-être une sensation de déjà-vu avec La jeune fille de l’eau. Il est vrai que l’on peut reconnaître en trois plans un film de M. Night Shyamalan. James Newton Howard signe en outre, sa cinquième et indispensable collaboration musicale depuis Le Sixième Sens avec le réalisateur. Rappelons-leur alors qu’un auteur se reconnaît par son style et ses obsessions. Ajoutons pour conclure, qu’une remarquable évolution apparaît dans la mise en scène, à savoir l’absence sensible de contre-champ dans les dialogues. Le cinéaste chercherait-il à démontrer implicitement le manque d’ouverture des hommes et ainsi, la nécessité vitale pour eux de s’ouvrir à l’autre ? Les contes ne renferment-ils pas toujours des messages ?
La jeune fille de l’eau, de M. Night Shyamalan, avec Paul Giamatti, Bryce Dallas Howard, Jeffrey Wright. Distribué par Warner Bros.
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Willy Gilboire est le rédacteur DVD et HD DVD du magazine.
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