Panique de Jeff Abbott
Par Dobrina Clabeaut • ven 15 sept 2006 • Categorie: LivresPublié le 17 août

Présenté comme le nouveau maître du polar américain, Jeff Abbott signe un thriller haletant qui combine avec habileté les rouages fondamentaux du genre. Panique est son premier roman publié en France.
Jeune documentariste au talent prometteur, Evan Casher vit à Houston. Depuis quelques mois, il file le parfait amour avec Carrie. Un matin, il reçoit un coup de téléphone de sa mère qui, angoissée et lapidaire, le somme de se rendre séance tenante chez elle, à Austin, sans lui donner plus d’explications quant à l’extrême urgence de sa visite. Parvenu à la maison de ses parents, Evan a tout juste le temps d’apercevoir le corps inerte de sa mère gisant sur le sol, avant d’être lui-même violemment agressé par ses meurtriers. Sauvé in extremis de la mort par un étrange garde du corps, il comprend, bouleversé, que ses parents ne sont pas ceux qu’il croyait connaître, -des gens sans histoires au quotidien confortable, soucieux avant tout du bien-être de leur fils-, mais que leur passé et le sien ne forment qu’une longue suite d’apparences trompeuses. En quête de réponses concernant ses origines, poursuivi par d’insoupçonnables ennemis qui, au même titre que sa famille, cherchent à l’éliminer, Evan est pris au centre d’un inextricable réseau d’espionnage dont l’étau se resserre à mesure qu’il s’approche de la vérité.

Panique est un polar à l’américaine classique et astucieux, sur fond de complots entre CIA, MI5 et agences de renseignements privées. Son héros, un enfant unique brillant et surprotégé, est brutalement confronté à l’envers d’un modèle de réussite sociale aux valeurs profondément dégradées. Sa nécessaire métamorphose de victime en enquêteur, contraint d’assurer sa survie dans un monde où tout allié n’est jamais qu’un traître en puissance, et ce jusqu’à épuisement des possibilités, l’inscrit d’emblée dans la lignée des héros du polar, figures pathétiques et ordinaires, toujours en rupture de ban. Le suspense, conformément aux règles essentielles du roman noir, fonctionne suffisamment pour tenir en haleine du début à la fin le lecteur amateur de rebondissements, de soubresauts et de saccades dramatiques. Ni plus ni moins « Impossible à lâcher », annonce en couverture une citation de Micheal Connelly à propos d’un récit qui tient en effet ses promesses, et dont la mécanique ingénieuse marche à plein régime.
Mais à cette suite presque machinale de coups de théâtre et de contre révélations fait indéniablement défaut l’atmosphère lourdement enveloppante du genre. L’écriture, froide et impersonnelle, refuse à l’imaginaire son privilège, celui d’attribuer le visage de son choix à des personnages ici désincarnés, et de s’approprier, chemin faisant, leur histoire. A moins de puiser dans un répertoire d’acteurs à l’affiche de tel ou tel thriller retentissant, la rêverie et l’enthousiasme tournent court.
Un roman très premier degré, astucieusement calibré et efficace, à condition de ne pas prendre sa lecture trop au sérieux.
Panique, de Jeff Abbott, 420 pages, éditions Le Cherche-Midi.
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Dobrina Clabeaut est une ancienne rédactrice Livre du magazine.
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