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Henri Désiré Landru : Chabouté revisite l’histoire

Par Julien Meyrat • mar 19 sept 2006 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas

Album publié en septembre 2006

Appréciation de Julien niveau 2

1915. Pendant que la première guerre mondiale multiplie le nombre de veuves et d’orphelins, un petit homme au charme fou fait vivre à ses maîtresses d’incomparables moments de volupté, suivis d’une visite express de sa chaudière. Cet homme, c’est Landru, le monstre, le meurtrier dont le procès retentissant sidèrera la France d’après-guerre. Et si l’histoire de cet individu, qui jamais n’aura avoué ses crimes, était plus complexe qu’on ne veut le croire ?

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En se penchant sur une des séries de crimes les plus célèbres de l’histoire, Chabouté rejoint les grands chroniqueurs de criminels en série. Je ne parle pas de Thomas Harris, mais bien des auteurs comme Alan Moore (From Hell) ou Brian M. Bendis (Torso) qui, tout en reprenant avec une précision quasi-documentaire ces histoires dont le morbide continue à fasciner, font acte d’analystes. Bien plus que jouer les profilers de bazar, ils décrivent l’époque dans laquelle ces horreurs ont été perpétrées et, par conséquent, comment elles ont pu se produire. Moore faisait accoucher le XXe siècle à Jack l’éventreur, Bendis évoquait les sinistres années 30 américaines, Chabouté préfère les affres de la première guerre, une période trouble et propice aux pires exactions. À ce titre, la démarche de l’auteur rappelle le récent Les Brigades du Tigre, scénarisé de mains de maître par Fabien Nury (Je suis Légion) et Xavier Dorison (Le Troisième Testament) : Chabouté s’appuie sur le contexte de l’époque pour étayer une intrigue savamment construite. Le procès se politise, l’affaire se complique, Landru n’est plus vraiment le monstre qui a longtemps été décrit. On se surprend, non pas à apprécier ce personnage dont le visage de Raspoutine n’inspire décidément pas confiance, mais à le comprendre. Et quand, en de rares moments, ce masque inflexible laisse filtrer un sentiment, ce dernier n’en est que plus marquant.

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Le trait de Chabouté est toujours aussi agréable. L’auteur nous avait déjà enchanté avec sa série Purgatoire, conte philosophique en trois parties, et quelques histoires fascinantes (Pleine lune, Zoé, Sorcières, La Bête…). Vents d’Ouest va d’ailleurs republier ces merveilles sous forme d’intégrales dans les mois à venir. Pour Henri Désiré Landru, l’artiste revient à un noir et blanc pur, très contrasté et superbe. Ses représentations d’une France à hauteur d’homme, presque une « France d’en bas », est en parfaite adéquation avec l’époque. Des décors dans lesquels on sentirait presque l’odeur des géraniums. La fameuse villa de Gambais, lieu des meurtres, est terriblement présente. Ces images récurrentes où l’on voit la sombre silhouette de la maison, recouverte des cris des futures victimes, alourdissent une ambiance déjà assez peu festive. Ce n’est pas pour rien si Chabouté l’a mise en couverture : voilà le nœud de l’histoire, c’est là que tout se joue, pas dans une salle de tribunal.

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L’intrigue avance bon train et le nombre de pages -cent quarante-quatre- ne doit pas rebuter : l’œuvre se lit très vite, surtout parce qu’il est difficile de s’en détacher. Il faut dire que les personnages de Chabouté, à l’instar de Landru, sont doués du singulier talent d’hypnotiser leurs lecteurs. Les regards sont chose importante pour le dessinateur qui leur donne une intensité quasi-magnétique, qualité qui s’étend à tout le bouquin. Quand on commence à lire, on ne s’arrête plus jusqu’à la fin. Puis on repose l’objet et on continue à méditer quelques instants.

Henri Désiré Landru, texte et dessins Chabouté, éditions Vents d’Ouest, collection Intégra.

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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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