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Voyage en eaux troubles

Par Pascaline Vallée • lun 25 sept 2006 • Categorie: Art Contemporain

Exposition jusqu’au 25 septembre 2006

Appréciation de Pascaline niveau 2

Quand Mike Kelley s’attaque aux Classiques, il en résulte une descente glaçante et plaisante à la fois, dans la pénombre de Profondeurs vertes dignes d’un cinéaste. Dans le cadre du programme Les artistes américains et le Louvre, l’homme aux multiples facettes (plasticien, critique d’art, performeur et musicien) expose un triptyque sur grand écran, préfacé d’une série de dessins préparatoires.

Happé dès l’entrée, le visiteur plonge littéralement dans la démarche artistique de Mike Kelley, désigné sous le nom de compositeur pictural. Car dans Profondeurs vertes, les qualités purement plastiques des œuvres se mêlent étroitement à leur mise en scène musicale. Les éléments sont pris en tant que tels, comme les pièces d’une nouvelle création filmique.

Ce n’est donc pas un hasard si, pour accompagner Watson and the Shark, représentation dramatisée du harponnage d’un requin menaçant, il choisit de mixer des chants marins traditionnels, une musique de Bernard Hermann (collaborateur d’Hitchcock), et des références poétiques (Debussy, Ralph Vaughan, Melville…). Toute la tension contenue dans les vagues et les mouvements des corps est ainsi souligné par des sons vibrants et multiples, qui créent un sentiment d’étrangeté proche de celui prêté au tableau. The Recitation, quant à elle, représente deux femmes au milieu d’un champ, dans un style impressionniste. C’est donc naturellement que l’œuvre entre en adéquation avec la composition de Charles Tomlinson Griffes, musicien influencé par cette époque et ce courant. Diffusés en même temps, les deux tableaux créent un contraste intéressant, confondant finalement la peur de mourir et la douceur de vivre.

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En déconstruisant ainsi les images et les modes de représentation, Mike Kelley en analyse la force émotionnelle. Critique d’art, il porte naturellement une grande attention à la structure des tableaux. Les sept dessins exposés permettent d’ailleurs d’en juger. L’artiste y représente certains éléments des œuvres, tel le harpon et l’œil du requin de Watson and the Shark, révélant ainsi des lignes de force pas toujours visibles.

Outre l’analyse des formes, Mike Kelley se penche également avec attention sur les couleurs. Les deux maîtres en présence avaient en effet choisi des chromatiques très proches, mariant le vert, l’ocre et quelques teintes bleutées. En exaltant ces tons dans des séquences de vapeurs envoûtantes, il rapproche la scène maritime de la scène champêtre. Ses Profondeurs vertes dégagent alors une atmosphère particulière de monde parallèle, sorte d’Atlantide dix-neuviémiste.

Le chant des sirènes ne diffusera pourtant pas sa magie dans toute son ampleur. La rigueur des images empêche en effet l’œuvre picturale de se faire l’égale de la partie sonore, malgré des brumes et des effets de mouvements de caméra convaincants. Mike Kelley donne sa vision de la peinture américaine et met en exergue la force émotive des tableaux, sans toutefois parvenir à réellement créer une nouvelle œuvre. Cette démarche de composition picturale est quant à elle remarquable, car elle mêle l’acceptation d’un héritage à la création contemporaine.

Profondeurs vertes de Mike Kelley, jusqu’au 25 septembre 2006 au Musée du Louvre.

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