Practice Zero Tolerance d’Adel Abdessemed
Par Pascaline Vallée • lun 2 oct 2006 • Categorie: Art ContemporainExposition jusqu’au 19 novembre 2006.

Practice Zero Tolerance ressemble à un grand échiquier, dont la règle de jeu - tolérance zéro - s’affiche en titre. Echiquier politique où le fou vengeur brûle la «monture» de son adversaire, où la tour se fait monument pour la liberté d’expression, et dont les animaux-soldats vadrouillent dans les rues de Paris. Dans le circuit en serpentin du Plateau, le visiteur avance ainsi parmi les pièces, plongé dans un jeu cruellement réaliste.
Pluie noire, sculpture faite de forets géants, évoque le jeu dès les premiers pas. Des pièces plus ou moins grandes sont en effet disposées sur des petits losanges, l’ensemble formant approximativement un carré. Taillées dans du marbre noir, ces figures sont à la fois incisives dans leur forme et douces dans leur matière, illustrant en cela une certaine vision du pouvoir et de sa force destructrice.
Face à cette sculpture, une vidéo intitulée Schnell place le spectateur dans la tête de la perceuse. Cette scène filmée d’un avion lancé en vrille de plus en plus rapidement a cependant un but plus spirituel, révélé par son sous-titre. Celui-ci, «comment s’aveugler le regard pour voir l’acte et la pensée à l’œuvre», invite à la méditation.
Le chat mange la souris, la souris est mangée par le chat, dans un Birth of Love diffusé en boucle. Plus loin, un lion triste attend sur le trottoir. Avec cette série de programmes courts et de photos, Adel Abdessemed offre au visiteur des fenêtres sur un réel incongru ou quotidien, sortes d’intermèdes dans la succession des masses sculpturales.

Dans les pièces présentées, le Noir et Blanc domine. Cette sobriété s’apparente à l’utilisation de la dichromie dans la photographie : la dualité souligne et exalte les contrastes, rendant plus percutant le message transmis. Loin des couleurs criardes à la Jeff Koons, l’art d’Adel Abdessemed s’habille de réalité.
Au milieu du parcours, Black House illustre cette volonté de mêler art et politique. Cette maquette est en effet le modèle réduit d’un monument rêvé par l’artiste. Placé à Jérusalem, il accueillerait des œuvres subversives venues du monde entier, entre des murs symboliquement inspirés du Capitole et autres Cités interdites. Les murs extérieurs quant à eux, seraient couverts de propos de citoyens désireux d’exprimer leur colère ou leur souffrance. En guise d’essai, les visiteurs de l’exposition ont d’ores et déjà déposé leur marque à la craie, en des propos plus ou moins légers.
Autre œuvre paradoxale, Wall Drawing confronte la douceur des formes et l’agression des matériaux. Suite d’anneaux aux mesures d’Adel Abdessemed et de sa compagne, Wall Drawing construit en effet une perspective séductrice et sécurisante. Cependant, on découvre en s’approchant que les cercles sont faits de barbelés militaires, constitués de doubles lames tranchantes et de pointes aiguisées. En créant ce jeu de distorsion, l’artiste exprime les conséquences parfois néfastes subies par le corps dans la défense d’un territoire.
Au-delà des effets visuels, chaque œuvre d’Adel Abdessemed tisse le fil d’une pensée politique sous-jacente. Dans ce miroir artistique du monde, l’Homme garde à l’esprit les conflits contemporains, et ne s’y soustrait pas. En découle un jeu compliqué, d’apparence parfois absurde, mais où pourtant tout est lié par une prise de conscience. L’ensemble est comme hanté par l’omniprésence des conflits, et pousse à agir pour leur éradication.
Practice Zero Tolerance d’Adel Abdessemed, jusqu’au 19 novembre à la Frac Ile-de-France “Le Plateau”.
Crédits photographiques : Benoît Mauras, galerie Kamel Mennour.
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Pascaline Vallée est une ancienne rédactrice Arts du magazine.
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