DJ Shadow échoue dans son rôle d’outsider
Par Labosonic • jeu 12 oct 2006 • Categorie: MusiqueAlbum paru le 18 septembre 2006

DJ Shadow, malgré son talent souvent dans la lumière, n’a pas si mal choisi son pseudonyme. Sa discographie solo et « officielle », est aussi impressionnante que son œuvre la moins connue est brillante. La réussite de son premier album, Endtroducing, probablement l’un des meilleurs disques de la décennie 90, lui a ouvert toutes les portes et permis toutes les fantaisies : notamment celle d’ accompagner le collectif Quannum ou celle de superviser le premier projet Unkle avec James Lavelle qui continue d’en exploiter le filon.
Avec un tel curriculum vitae, proche de la perfection, Shadow a pourtant pris un risque en sortant The outsider, un album dont le titre définit clairement l’objectif. Las d’être au firmament de son domaine, le rappeur californien a décidé de prendre le contre-pied de son public en offrant une large diversité de styles où il tente de s’imposer comme challenger. Le pari est aussi risqué que le résultat hasardeux et ce disque désorientera autant les fans absolus du DJ-producteur que ceux qui le découvriront à cette occasion.

Premier défaut du disque, The outsider n’est qu’un assemblage hétéroclite des influences et amours musicales de DJ Shadow. Si l’idée même de réaliser un exercice de style pouvait être séduisante, son auteur, pour la première fois, déçoit en n’établissant aucune unité dans son oeuvre. Autant ses albums précédents rayonnaient d’une atmosphère soigneusement préméditée, autant l’écoute de ce disque n’est qu’un pénible exercice de montagnes russes qui transporte son auditeur sans aucune logique, de l’allégresse totale aux ambiances les plus oppressantes.
S’ajoute à cette hétérogéinéité de climats, un réel problème qualitatif, tant les réalisations du virtuose californien sont inégales. Turf Dancing, Keep em close ou Seein Thangs, trois compositions orientées très rap, sont franchement médiocres tandis qu’un instrumental comme Artifacts, mélange bruitiste de rythmiques hip-hop et de guitares rock fait bien meilleure figure. Le contraste est encore plus fort avec le très réussi Broken Levee Blues, tentative bluesy rappelant les meilleurs moments d’Endtroducing.
L’album et la réputation de son auteur sont néanmoins sauvés par le superbe This time (I’m gonna try it my way), véritable joyau de composition inspiré par la soul des seventies, qu’on croirait tout droit sorti de la bande originale d’un de ces films de blaxploitation qu’affectionne tant Quentin Tarantino. Sa présence à elle seule permet de lever les doutes légitimes sur l’inspiration de DJ Shadow et prouve que son talent est intact malgré cet album qu’on considèrera volontiers comme le fruit d’un moment d’égarement dispensable.
The Outsider n’a finalement qu’une qualité, celle d’annoncer dans son intitulé la couleur. DJ Shadow s’y révèle étonnamment décevant et incapable de réussir le pari qu’il a risqué artistiquement. La majorité des qualités de producteur de cet artiste hors du commun semblent avoir disparu lors de son incartade musicale. S’il n’y avait quelques moments exceptionnels, en particulier, le fabuleux This time (I’m gonna try it my way) où, plus que jamais, le californien démontre ses qualités, ce disque mériterait le qualificatif d’indigne.
The Outsider, DJ Shadow, publié par Universal Motown.
Crédit photographique : B+.
Technorati Tags: DJ Shadow, Endtroducing, Quannum, Unkle, James Lavelle, The outsider, Artifacts, This time (I’m gonna try it my way), Musique, Critique, Opinion, Culture
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