Pompidou en IKB
Par Pascaline Vallée • lun 23 oct 2006 • Categorie: Art Contemporain, Peinture/DessinExposition jusqu’au 5 février 2007

Si Salvador Dali avait dressé la liste de ses rivaux en matière de mégalomanie et de génie artistique, Yves Klein aurait certainement été le premier à y figurer. Inventeur de son bleu (l’International Klein Blue), initiateur d’une performance cérémonieuse à souhait, Yves Klein ne vivait que par et pour son art. Il considérait en effet, tout comme l’excentrique catalan, que l’artiste était un personnage public et se devait, à ce titre, de mener une existence théâtrale.
C’est cet aspect de « personnage » que met en avant l’exposition Corps, couleur, immatériel du Centre Pompidou, avec une plongée étonnante dans l’esprit fantasque du peintre. De son premier « bleu » à ses diverses expériences architecturales et picturales, le rideau s’ouvre sur la vie d’Yves Klein et sur ses ambitions.
Trois Bleus, trois coups, et le spectacle commence. En guise de prologue, un espace biographique propose photos et vidéos, qui permettent de s’imprégner du contexte de réalisation des œuvres. Dans la première salle, les différents formats de monochromes bleus expliquent d’entrée de jeu le projet de l’artiste : « le bleu n’a pas de dimensions », et il entend le prouver. Que la toile soit carrée, verticale ou horizontale, la couleur dépasse en effet ce cadre, et happe le spectateur dans sa contemplation. L’artiste ne ménage pas son public, jouant la carte de la provocation toujours renouvelée.

Tout au long de sa courte carrière (1955-1962), Yves Klein sera fasciné par le vide, par l’immatériel et par l’immense. Qu’elles soient monochromes, « paysages lunaires », éponges ou traces de feu, ses œuvres poursuivent toujours le même but : capter cet espace incommensurable. Déconcertante pour le spectateur néophyte, cette ambition est en partie expliquée par les nombreuses citations inscrites tout au long du parcours. L’artiste lui-même y met en mots ses désirs et donne un but à ses travaux. Ainsi les sculptures en éponges, d’abord étranges, prennent leur sens quand on sait que l’artiste voyait dans leur allure fantasmagorique la représentation du spectateur, imprégné de la peinture qu’il regarde.
Alternant avec les œuvres elles-mêmes, enregistrements et vidéos viennent ponctuer la visite. Dialogue avec moi-même, Les actions du vide, Anthropométrie ou encore Le mariage sont autant de moments de la vie d’Yves Klein. La séance d’anthropométrie, performance orchestrée, est particulièrement digne d’intérêt. L’artiste s’y présente en chef, dirigeant à la fois ses violons et les femmes peintes qui laisseront leur trace sur la toile.
L’exposition ouvre donc des horizons plus vastes que ceux portés par le célèbre bleu. Les trois couleurs mythifiées par l’artiste (le bleu, le rose et l’or), les projets architecturaux et les nombreux documents d’archives permettent d’un peu mieux comprendre celui qui s’était auto-proclamé « peintre de l’espace ». Sans adhérer à ses idées, pour bon nombre ésotériques, le visiteur explore à tâtons la galaxie d’Yves Klein, dont l’ « imprégnation » allait jusqu’à ressentir de la haine pour des oiseaux volant dans un ciel sans nuages. Pourquoi ? Ils faisaient des trous dans son œuvre…
Yves Klein. Corps, couleur, immatériel, jusqu’au 5 février 2007 au Centre Georges Pompidou, Paris.
Portrait d’Yves Klein, 1962, Harry Shunk.
Crédit photographique : Harry Shunk – DR.
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J’ai été estomaqué par la puissance de cette exposition, la salle aux 5 monochromes bleus m’a laissé sans voix. Tu dis que l’oeuvre est déconcertante pour le spectateur mais est éclairée par les diverses citations que l’on retrouve tout au long de l’expo, je suis plutôt de l’avis contraire : les oeuvres s’imposent par leur puissance, sans réel besoin d’explication, c’est plutôt les citations et autres écrits de Klein qui m’ont déconcertés! Les extraits de sa conférence à la Sorbonne en font aussi un rival de Dali sur le terrain du délire cosmologico-mystique!
Une dimension que montre avec qualité cette rétrospective est la dimension mercantile de l’art de Klein: comme il dit les 3 éléments fondamentaux sont le bleu, l’or et le rose… et tout troc entre les 3 est acceptable! La valeur marchande est ici mise en avant parfois plus que l’oeuvre elle-même, c’est très frappant.