Shortbus de John Cameron Mitchell
Par Marie Guyot • mer 1 nov 2006 • Categorie: CinémaSortie prévue le 8 novembre 2006

Avec son affiche partiellement recouverte de corps nus qui se mêlent les uns aux autres, Shortbus pourrait passer pour un vulgaire film porno. Mais si John Cameron Mitchell base effectivement son histoire sur le sexe, ce n’est que pour mieux nous parler d’autre chose.

Sofia, conseillère conjugale, simule avec son mari depuis des années et n’a jamais connu l’orgasme. James et Jamie poussent alors la porte de son cabinet pour découvrir pourquoi Jamie n’arrive pas à sauter le pas et à accepter de faire entrer un troisième partenaire dans leur couple. Ils proposent alors à Sofia de les accompagner faire un tour au Shortbus, un club new-yorkais où se mêlent plaisirs de la chair et de l’esprit.
Si le contexte touche donc effectivement au sexe, l’acte sexuel en lui-même n’est ici finalement qu’un support pour permettre au réalisateur de parler de la vie. Partant du principe que l’un ne va pas sans l’autre, John Cameron Mitchell bouleverse les conventions cinématographiques selon lesquelles trop de sexe tue l’histoire d’un film. Ici les scènes d’amour à plusieurs ne sont pas filmées comme des performances mais plutôt comme des voies normalisées, chacun étant alors honnête face à ses fantasmes. Il ne s’agit pas de sortir des schémas sexuels classiques pour le principe, mais plutôt d’écouter ses désirs pour vivre de manière épanouie.
Le Shortbus devient alors un lieu de rencontre pour personnes de milieux différents, faisant par exemple cohabiter la bourgeoise Sofia et le déjanté maître de cérémonie Caleb, le dénominateur commun restant la recherche de soi-même, de son équilibre, sans occulter ses désirs puisque ils sont nécessaires à la vie.

Comme elles ne sont pas là pour montrer du sexe de manière brute, les séquences mettant en scène la sexualité des personnages ne sont pas filmées de façon crue ou vulgaire. Elles font partie intégrante de Shortbus et servent à caractériser chacun des personnages : par exemple, Ceth apporte une touche délirante au couple James/Jamie, tandis que Sofia, qui n’arrive pas à trouver l’orgasme, est perdue dans une sorte de marathon du sexe où il s’agit d’en faire le plus possible, au détriment bien sûr de ses désirs profonds.
La lumière, ici symbole de la vie, joue aussi un rôle important dans le film car elle défaille à certains moments clés, et finit par s’éteindre complètement lors d’une panne de courant générale dans New-York. Les personnages ne peuvent alors plus se laisser porter et sont obligés de redevenir actifs face à leurs envies. Lorsque la lumière revient, il ne s’agit bien sûr par d’électricité mais de conflits ou d’interrogations enfin résolus, et les personnages sont alors recentrés sur eux-mêmes.
Enfin, John Cameron Mitchell ne manque pas de nous pousser à questionner nos désirs, nous attribuant ouvertement un rôle de spectateur-voyeur par le biais du personnage du photographe, mais surtout grâce à l’usage d’une maquette colorée de la ville à l’intérieur de laquelle nous cheminons pour observer les évolutions de chacun des personnages.

Réalisation : John Cameron Mitchell.
Scénario : John Cameron Mitchell, et les comédiens du film.
Avec : Sook-Yin Lee (Sofia), Paul Dawson (James), PJ DeBoy (Jamie), Lindsay Beamish (Severin), Raphael Barker (Rob), Peter Stickles (Caleb) et Jay Brannan (Ceth).
Crédit photographique : Bac Films.
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Marie Guyot est la fondatrice et la Rédactrice en Chef du magazine. C'est aussi une des rédactrices Cinéma.
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Enfin un superbe fimes
ENFIN UN FILME NATUREL DE TALAN
Le talan je ne sais pas, mais le talent c’est sûr, est au rendez-vous de ce film très fin signé John Cameron Mitchell. Dommage qu’il n’ait pas pour l’instant décidé de se remettre à la réalisation.
[...] question est : Shortbus est-il est un film pornographique ? Chez Culturofil, nous le répétons : non ! En effet, le sexe est triste dans ce film, tout du moins au départ puisque le club Shortbus [...]