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Mari Boine Persen – Idjagiedas In the hand of the night

Par Labosonic • jeu 9 nov 2006 • Categorie: Musique

Album paru le 23 octobre 2006

Appréciation de Labosonic niveau 2

Avec une carrière de chanteuse entamée il y a plus de vingt ans, une voix magique à faire pâlir d’envie nombre de ses consœurs et le double effet de mode discographique sur les voix féminines et la world-music, Mari Boine Persen avait tout pour réussir et devenir une star internationale. Pourtant, son nom est encore inconnu du grand public et demeure un secret que s’échangent les amateurs à mots couverts, en complément de celui de célèbres vocalistes des quatres coins du monde, telles qu’Oum Kalsoum, Björk, Sheila Chandra, Cesaria Evora ou Susheela Raman.

Difficile de décrire l’ensemble de l’œuvre de Mari Boine Persen et son dernier album, Idjagiedas – In the hand of the night, en particulier tant l’œuvre de la scandinave est à part. Fortement marquée par la culture Saami, son peuple d’origine, elle a réussi à donner aux sons de ses racines un air de modernité sans pour autant dissoudre sa culture natale dans le creuset uniformisant d’une certaine sono mondiale. Et son nouvel album est fidèle à cette ligne directrice qui ne l’a jamais quittée.

Les saami [1], habitants originels de la laponie, sont essentiellement unis par des dialectes tous d’origines finno-hongrienne et, naturellement, leur expression musicale est centrée autour de la tradition du chant sur lequel se greffent de discrètes orchestrations à base de percussions : l’introduction d’In the hand of the night en est d’ailleurs le parfait exemple. Mari Boine agrémente cet héritage séculaire d’accompagnements instrumentaux issus d’influences extérieures mais parfaitement respectueux de sa culture.

De la mélodie cristalline de Reindeer of diamond aux cordes discrètes de My friend of Angel Tribe en passant par les chœurs masculins qui accompagnent sa voix sur On the fells on the north, la chanteuse norvégienne a su intégrer des orchestrations actuelles qui rendent l’album accessible au plus grand nombre. Le résultat est d’autant plus réussi que le challenge était difficile : Björk elle-même, pourtant surdouée musicale, n’a que très rarement réussi à imposer avec succès le chant dans sa langue maternelle [2]. Mais Mari Boine y parvient avec une facilité déconcertante et évite de succomber à la tentation de réaliser de l’exotique à tout prix, ce travers coupable mais usuel qui laissait dubitatif à l’écoute de Music for crocodiles de Susheela Raman.

Des divers talents de son interprête, il résulte un album au nom obscur d’Ijagiedas qu’un sous-titre traduit par In the hand of night. L’œuvre est résolument à part, métissée tant au niveau du chant (Mari y chante en saami, en anglais mais aussi dans un langage imaginaire qu’elle a elle-même créé) que de la musique mais toujours révélatrice de la personnalité d’une très grande chanteuse sans aucun équivalent actuel, ambassadrice de sa culture, elle ne lui fait pas perdre son identité et parvient à réaliser un disque qui ne relève pas du témoignage à destination des ethnologues.

En faisant le choix artistique de garder au premier plan la tradition du chant saami, quelle que soit la langue utilisée, plutôt que de faire une exhibition virtuose de ses grandes qualités vocales, Mari Boine n’accédera probablement jamais au statut de star internationale. Cela n’enlève pourtant rien ni à son talent, ni à la réussite d’un album qui est l’illustration parfaite de sa capacité à réaliser des prouesses musicales.

Idjagiedas – In the hand of the night, Mari Boine Persen, publié par Emarcy.

[1] – On préfère le mot saami dans sa langue d’origine au mot lapon, dont le sens premier est extrêmement péjoratif.
[2] – Seule sa participation aux “Chansons des mers froides” d’Hector Zazou est une réussite complète dans ce domaine.

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