Endless Wire des Who : Next is not better
Par Labosonic • jeu 16 nov 2006 • Categorie: MusiqueAlbum paru le 30 octobre 2006

L’adage est bien connu dans toutes les cuisines françaises : il parle de marmites plus vraiment très jeunes et de potages qui seraient plus goûteux ainsi. Le proverbe, fait exceptionnel, est toujours vérifié en musique par la grâce d’un double sens : la meilleure soupe, faite dans les vieux pots, peut, en effet, désigner l’excellence ou le pire, le terme culinaire étant en ce milieu synonyme du pire. Les esprits mutins remarqueront même que la plupart des come-backs de groupes de vétérans, trop souvent destinés à combler un arriéré fiscal, ne sont régis que par le mot d’ordre de Pour les vieilles peaux, par ici la bonne soupe !
Compte-tenu de tels enjeux, Endless wire, nouvel album des Who, a suscité des craintes dès l’annonce de sa réalisation : serait-il uniquement alimentaire et pitoyable, à l’image des concerts de retours “exceptionnels” des Sex Pistols ou réussirait-il à être plus que convenable, à l’image des dernières aventures de Robert Plant en solo (Mighty Rearranger) ou en duo (No quarter) ?
La question est loin d’être anecdotique car The Who n’est certainement pas n’importe qui. De 1965 en 1978, de My generation à Who are you, en passant par des enregistrements live phénoménaux (Woodstock, Leeds) et deux opéras-rock (Tommy, Quadrophenia), ils s’étaient établi une réputation plus que solide, au point que la légende veut que les Rolling Stones, pourtant auto-proclamés “plus grand groupe de rock’n'roll du monde” refusaient de partager l’affiche avec eux [1].
Pete Townsend et Roger Daltrey sont donc de retour avec un Endless Wire en deux parties : un album traditionnel complété par un mini opéra-rock dans la droite ligne de Tommy ou Quadrophenia. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est mitigé : loin d’être indigne du passé mythique d’un des plus grands groupes de rock mais trop peu brillant pour ne pas ternir une discographie quasi impeccable.
Difficile pourtant de reprocher quoi que ce soit à ce disque qui est une véritable résurrection des Who : réalisé sans trahison aucune, on y retrouve toutes les caractéristiques du quatuor anglais, devenu duo suite à de malheureux décès [2]. Le son si caractéristique des instruments de Fragments, ajouté au timbre de voix de Pete Townsend, replonge immédiatement dans cet âge du rock que fut l’apogée du groupe, tandis que le très acoustique A man in a purple dress souligne à quel point la composition fut toujours importante pour celui-ci. La forme même du disque, son caractère mixte mêlant un album classique et une ébauche d’opéra rock, est fidèle en tout point à l’esprit initial.
En dépit de tous les efforts des deux survivants et de morceaux très réussis (Sound Round, Unholy Trinity), il manque un certain nombre de choses à ce disque pour que l’on puisse qualifier le retour des Who de retour gagnant. En premier lieu, évidemment, et malgré tout le talent de leurs successeurs, manquent John Entwhistle et Keith Moon : s’ils sont effectivement remplacés en tant que musiciens, la folie qu’ils insufflaient au groupe fait cruellement défaut. Plus dérangeante encore est l’absence artistique totale de Roger Daltrey, pourtant ni mort, ni enterré, qui a laissé la totalité de la composition et de la production d’Endless Wire à son alter-ego.
Malgré toutes ses qualités et d’excellents moments (We got a hit), ce disque apparaît très décevant au regard de la discographie initiale des Who. S’il supporte néanmoins aisément la comparaison avec les derniers opus d’autres vétérans comme Les Rolling stones dont le Bigger Band est bien loin d’atteindre les sommets de Beggars Banquet, il apparaîtra un peu pâle par rapport aux dernières prouesses que Paul Mc Cartney ou Robert Plant ont accomplies loin de leur groupe d’origine. Mais considérer Endless Wire comme le dernier disque en date des Who est en soi une erreur car son écoute attentive prouve à quel point ce n’est finalement qu’un disque de Townsend où l’ex-leader du groupe mythique s’entoure de bons musiciens : de Daltrey, son ancien acolyte des Who, de son propre frère et du fils de Ringo Starr. Ecouté comme tel, l’album, débarrassé du poids d’un mythe trop lourd pour les seules épaules de Pete, prend alors toute sa valeur d’hommage respectueux et réussi.
Endless Wire, The Who, publié par Universal.
[1] Leur performance lors du Rock’n'roll Circus des Rolling Stones a longtemps alimenté la controverse. Filmé en 1968, le show ne fut pas disponible avant 1996 pour des raisons officiellement inexpliquées. Officieusement, les Who, jouant en première partie, ont volé la vedette aux pierres qui roulent.
[2] Keith Moon et John Entwhistle trouvèrent la mort tous deux suite à des abus de drogue : le premier succomba à une overdose médicamenteuse en 1978 au sortir d’un repas avec Paul Mc Cartney, le second d’un abus de cocaïne en 2002, à la veille de la tournée de reformation des Who.
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Labosonic est le rédacteur Musique du magazine.
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Bonne étude du CD. On reproche trop aux who de ne pas être à la hauteur de leurs 20 ans mais ils n’ ont justement plus 20 ans et ils sont excellents malgré les absences regrettées de Keith et de John.
Cet album reflète les Who en 2006 : on accepte le temps qui passe et on évite de critiquer un génie comme Pete et un meneur comme Roger.
Ils rendent des gens heureux comme je le suis à écouter leur nouvel album et que les grincheux trouvent une musique aussi bonne en remplacement ??…
[...] Numéro un, et leur volonté de ne jamais partager une quelconque affiche avec les Who, tend à prouver qu’ils ne méritaient pas la plus haute marche du podium.[↩]Wim Wenders, [...]