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Souris et dépendances

Par Pascaline Vallée • lun 20 nov 2006 • Categorie: Art Contemporain

Exposition jusqu’au 15 janvier 2007

Appréciation de Pascaline niveau 2

En y réfléchissant bien, on avait déjà vu des souris jouer du violon, les arbres avaient des bouches menaçantes et des mains tordues, et les petites filles vivaient parfois des histoires extraordinaires. Mais alors pourquoi Walt Disney est-il inscrit dans l’esprit commun comme le grand génie des univers enfantins ? L’exposition Il était une fois Walt Disney au Grand Palais se propose d’élucider ce mystère.

Un bon magicien ne révèle jamais ses tours. Pourtant, Disney est ici forcé de dévoiler ses ficelles. Sans ambiguïté, mais sans dénigrer le génie du sorcier, les organisateurs de l’exposition analysent le succès des célèbres Studios. Première « révélation » : Disney ne dessinait pas, ou peu. Seuls ses talents de technicien en arts animés et son -infaillible- intuition participent au succès de l’entreprise. Hommage est ici rendu au talent de chacun, dessinateurs et scénaristes des diverses productions.

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Autre tributaire, la culture occidentale est mise en avant. Contes, films et images sont mis en parallèle avec les créations Disney, et révèlent à quel point ce dernier s’en est inspiré. On savait, bien sûr, que l’histoire d’Alice au pays des merveilles n’était pas de son cru, mais on connaît moins Rothenburg, ville allemande devenue théâtre de Pinocchio, ou encore l’héritage laissé par les films expressionnistes allemands à Fantasia.

Au-delà des sources ramenées d’Europe, l’exposition révèle un autre des facteurs de succès des Studios Disney : leur grande maîtrise de l’art du dessin animé. Praxinoscope, story-board et celluloïd permettent de suivre l’élaboration du dessin animé. Au fil des productions, on suit également l’évolution des techniques (la caméra multiplane inventée par Disney) et du contexte économique. Ainsi le semi-échec des 101 Dalmatiens, enfant forcé, est lui aussi raconté.

Les longs métrages produits sous la direction de Walt Disney défilent ainsi dans une scénographie étudiée, discrètement empruntée à l’univers estampillé Disney. Après l’évocation des sources et l’élaboration, l’exposition aboutit sur des œuvres méconnues. La collaboration avec Salvador Dali, Destino, montée seulement en 2003, est projetée, entourée de dessins préparatoires. Elle révèle à quel point les fétiches de Dali et la féérie de Disney sont proches, et se marient harmonieusement.

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Autre surprise, les dessins préparatoires de David Hall pour Alice au pays des merveilles. Effrayants de réalisme, parfois macabres, ils n’ont pas été retenus pour la version finale, longtemps laissée en suspens, mais régalent les yeux des amateurs.

Finalement, la création survivra au créateur. La figure de Mickey Mouse continue à inspirer bon nombre d’artistes, comme le montre la dernière salle, consacrée aux créations contemporaines. Moqueuses ou élogieuses, les œuvres reprennent l’imaginaire Disney et témoignent de son influence considérable. Ainsi Rachel Laurent présente un simulacre de Mondrian déstructuré par la souris, tandis que David Mach se représente avalant Mickey. Preuves, s’il en fallait, que la figure est désormais intégrée dans notre quotidien et dans notre regard.

Mais les organisateurs vont plus loin que l’analyse des sources, et relèvent le défi lancé par Eisenstein : « Celui qui aura l’idée de planter dans Disney les crocs de l’analyse et de l’évaluation communes, […]des appels à des “genres élevés” de l’art, celui-là claquera des dents dans le vide ». Accusé de « mièvrerie » ou de « divertissement populaire », Walt Disney n’est pas souvent reconnu comme un artiste. C’est pourtant la conviction étayée par Il était une fois Walt Disney, qui lui offre le statut de grande figure du cinéma et de l’art du vingtième siècle. Comme les artistes, il a contribué à faire évoluer la culture, a connu la censure et les oppositions.

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Il était une fois Walt Disney, Galerie nationale du Grand Palais, jusqu’au 15 janvier 2006. Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 20h, le mercredi jusqu’à 22h.

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