Buena Vista Social Club presents Rhythms del Mundo : Cuba
Par Labosonic • jeu 7 déc 2006 • Categorie: MusiqueAlbum paru le 14 novembre 2006

Dans le domaine musical comme dans beaucoup d’autres, les phénomènes de mode finissent toujours par lasser, usés à force d’être exploités de toutes manières. C’est par la grâce d’un tel axiome que les 2 Be 3 et autres boys bands ne sont plus qu’un très mauvais souvenir, et que bientôt d’autres horreurs musicales qui hantent quotidiennement nos oreilles vont retomber dans l’oubli. Hélas, avant que ce moment ne survienne, il nous faut subir les pires avatars de l’industrie phonographique, dont ce Rhythms del mundo : Cuba est une illustration.
L’idée a du naître du cerveau d’un employé de maison de disques soucieux d’obtenir une coquette prime de fin d’année. Elle consiste à regrouper sur le même support un maximum de ce qui génère habituellement des recettes : les compilations qui juxtaposent des succès sans se soucier de réaliser d’hasardeux coq à l’âne, la musique du monde et les reprises un peu décalées. Et c’est ainsi qu’est né ce disque, placé sous le patronage du Buena Vista Social Club, qui réinterprète de grands standards du rock et des morceaux plus récents appelés à le devenir.
Des covers qui prennent le contre-pied de l’œuvre originale, on en a trop entendu, cette année plus que jamais, à un point tel que même le meilleur en la matière (Nouvelle Vague avec Bande à part) laissait ses auditeurs avec un arrière-goût de déjà-vu. Le Buena Vista Social Club, ce groupe cubain de musiciens découverts sur le tard pour cause d’embargo, fut évidemment talentueux mais il est désormais vieillissant voire même décimé (Compay Segundo, l’un de ses plus brillants éléments est décédé).
Rhythms del Mundo : Cuba propose 15 reprises d’artistes aussi divers que Sting, Franz Ferdinand ou Radiohead dans un concept qui aurait pu être intéressant s’il avait été réellement travaillé. Mais l’absence d’unité artistique, tant dans les titres choisis que dans l’interprétation, est proprement effrayante. Seuls deux morceaux sont réellement dignes d’intérêt : As Time Goes by par le défunt Ibrahim Ferrer, joli numéro de crooner à faire pâlir Frank Sinatra ou la réinterprétation du déjà très latin Ai No Corrida de Quincy Jones par Vania Borges.
Mais le reste du disque est au mieux anecdotique (Fragilidad, une version hispanophone du Fragile de Sting, très similaire à un titre déjà paru par ailleurs), au pire lamentable, simplement conçu pour dénaturer via des arrangements exotiques des morceaux dont les qualités peuvent être réelles par ailleurs (l’énumération en détail serait injurieuse pour les interprètes).
Rhythms del mundo : Cuba est un album extrêmement pénible à l’écoute qui n’a qu’un mérite : celui de prouver qu’on ne peut faire un succès sans insuffler une minimale dimension artistique dans un disque. Et ce grand bric à brac qui semble uniquement inspiré par l’appât du gain est, sans aucune contestation possible, le gâchis de l’année tant il aurait pu être bon, au vu des talents mobilisés, si un réel travail de production avait été effectué. Mais si peu de cohérence et de soin apporté à un tel disque est une profonde marque d’irrespect envers ces vétérans de la musique du Buena Vista Social Club embarqués dans une galère destinée à sombrer.
Rhythms del mundo : Cuba, Buena Vista Social Club publié par Universal.
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je ne suis pas complètement d’accord avec vous même si vous avez raison sur certains morceaux qui n’ont pas été dotés de bons arrangements et manquent effectivement de travail ou d’unité artistique…
Ce n’est pas le cas de cold play , le premier morceau de l’album , qui à mon gout, réussi ce difficile pari de mêler ( sans déénaturer l’original), du rock lyrique à de la salsa.La version de radiohead chantée par l’actuel plus grand chanteur cubain est aussi un autre exemple….Je suis par contre déçue il est vrai des reprises de ” killing me softly”, et de ” fragilidad”, qui n’ont pas grand intérêt.
Je suis musicienne de salsa, et je sait que cette musique festive n’est pas sifacile à jouer! c’est d’ailleurs pourquoi certains jazzeux se découragent malgré tout leur talent. Alors mêler du rock genre coldplay, ou radiohead ou U2 , n’est pas du tout simple…. Et cela a été fait simplement pour à mon sens ne rien dénaturer des deux styles musicaux, et la fusion fonctionne parfois avec magie.
Mon conseil, restez siomple! et sachez apprécier les choses simpleS, qui cachent bien souvent en amont un travail beaucoup plus profond qu’il n’y parait!
Des arrangements plus compliqués ou ” travaillés” comme vous dites, auraient contribuer à ne pas être audibles pour certaines oreilles moins exigentes, tandis que là tout le monde est capable d’entendre que la fusion peut fonctionner, ce qui n’avait jamais été essayer avant, à ma connaissance.
Je suis donc fière que des amateurs de rock type coldplay puissesnt grace à cette version , découvrir la salsa, ou le mélange latin qui ne jure jamais, dans cette compilation. J’aime cette discétion.
Très honnêtement, brigitte, j’ai essayé de me placer dans une perspective globale qui correspondait à chercher si le mariage du rock et de la salsa était possible (tout comme j’avais, par exemple, apprécié certains essais de mariage entre les sonorités traditionnelles indiennes et la pop chez Susheela Raman ou adoré le mariage cubano-américain de Nu Yorican Soul qui oscille merveilleusement selon les titres entre House Music, Salsa, Soul). Et pour moi, malgré vos arguments, la réponse est non.
Même sur les morceaux que vous relevez (U2, Coldplay ou Radiohead qui sont loin d’être les pires de l’album), il n’y a que de très rares moments de réel mélange (ceux ou la mayonnaise prend vraiment et n’est pas que que l’agglomérat de ses ingrédients). J’ai toujours l’impression d’écouter soit un morceau de salsa malhabilement agrémenté de riffs de guitare, soit un morceau de rock où un mauvais copié collé sonore a été effectué. J’ai entendu des moments où la fusion fonctionne avec magie durant une poignée de secondes, je ne le cache pas, mais, jamais, je n’ai pu hélas l’écouter se prolonger sur un morceau dans sa totalité (ce qui est d’autant plus frustrant, je le reconnais).
Effectivement, on peut se dire avec un optimisme tel que le vôtre que le disque va permettre un petit pas pour faire découvrir les sons cubains à ceux qui les ignorent, mais je suis, pour ma part, avant tout déçu par le résultat au vu de la liste des participants qui ne sont ni des débutants ni des seconds couteaux.
Bonjour,
Une dernière réponse car on pourrait en faire des heures, pour, d’une part, remercier la personne qui a répondu, et de l’autre, ajouter qu’avant tout, chacun défend ses gouts, ce qui est de bonne guerre, et je crois que c’est le cas présent ( enfin, je l’éspère…). Je ne sais pas trop à qui je m’adresse,( on dirait que labosonic = culturofil ???) , et qui me répond? J’ai lu plusieurs critiques de ” culturofil”, qui me semblent un peu trop entières… et j’avoue que je me méfie de ce style! sauf si c’est le coeur qui parle, çà se discute.
Mais, après tout ce n’est pas mon métier, et je ne saurai le juger.
De même que je ne possède peut - être pas la perspective globale d’un journaliste tel ” culturofil”, ni même son oeil artistique….sauf qu’on ne sait jamais si ces avis et critiques ne sont pas influençées…. c’est dommage! c’est la vie, le business quoi!
Pour en revenir à cet album ” rythms del mundo”, qui n’est pas non plus un instant magique, nous sommes d’accord, je voulais seulement souligner que la critique de ” culturofil”, me semblait très poussée. Il est vrai que sur cet album, certains musiciens auraient pu se creuser beaucoup plus, et vu les têtes d’affiche, je comprends la critique générale qui a été faite par ” culturofil”, et qui me semble, à ce niveau là, légitime… pour le reste, la reprise de ” ay no corrida”, est décrite comme une reprise intéressante, alors que je peux vous promettre que n’importe quel musicien de salsa pro ou amateur vous affirmerai le contraire! ( ou je deviens chèvre dans l’instant). C’est çà qui m’a fait bondir dans cet article très honnêtement.Comment peut-on trouver cette reprise interressante? La tonalité de la chanteuse enlève tout le coté groove de cet ancien succès disco.Et l’arrangement, hein, quel arrangement d’ailleurs? Les paroles sont en espagnol, voilà tout.Rien d’extraordinaire , franchement. Sinon moi, je m’attendais par contre à mieux pour la reprise d’Ibrahim Ferrer, mais n’irai pas jusqu’à dégommer ce morceau.
Je me répète, mais quelques reprises rapprochent deux univers rock/pop et salsa, sans dénaturer ni l’un ni l’autre, ce qui aurait pu aussi, convenons en, être fatal; ce qui a été à mon sens évité, certainement par manque de temps, et nécessité de rentabilité, là je suis d’accord. Ceci explique certainement cela… L’intention est bonne comme il est cité plus haut. Je ne connaissais pas de précédants en la matière, hormis willy Deville , voilà tout, et j’aime bien les tentatives mais si elles ne déchirent pas en tous points…
Et je souhaite tout comme ” culturfil” je l’imagine, une seconde expérience de ce genre , plus aboutie.
Cordialement,
Chère Brigitte,
La personne qui vous a répondu n’est autre que Labosonic, responsable de la rubrique Musique de Culturofil. Nos critiques sont effectivement “entières” comme vous dites, car nous avons à cœur ici de donner un point de vue personnel sur les œuvres dont nous parlons.
Contrairement à ce que vous évoquez dans votre deuxième commentaire, je tenais à vous préciser que tous les rédacteurs de Culturofil sont indépendants par rapport aux auteurs, attachés de presse ou distributeurs qui travaillent à la diffusion des œuvres dont nous parlons. Notre but est ici d’apporter une opinion critique, et non de faire de la promotion, et c’est pour cela que vous pouvez régulièrement lire des points de vue négatifs sur un disque, un film, un livre… Ce n’est pas le cas de toutes les rédactions, notamment sur Internet, et je comprends donc que vous vous posiez la question.
Quoi qu’il en soit je suis ravie de voir que vous nous lisez régulièrement, et espère continuer à discuter avec vous de notre magazine, des œuvres sur lesquelles nous écrivons ou de celles à côté desquelles nous passons.
Marie Guyot,
Rédactrice en chef.
Si Marie, ma rédactrice en chef, m’a devancé sur le point précis de l’indépendance éditoriale (auquel je suis très attaché, comme toutes les personnes écrivant sur ce site), je vais quand même compléter sa réponse en ce qui concerne ce que vus appelez le “style entier” des critiques.
J’ai, effectivement, fait mienne la devise “You don’t need to be a specialist, you just need to have emotions” (Nul besoin d’être spécialiste,il suffit d’avoir des émotions) en ce qui concerne l’écriture des chroniques musicales de ce site. Et il n’est pas inapproprié de dire que c’est le coeur qui parle quand mes oreilles écoutent. Je préfère écrire mon ressenti par rapport à une oeuvre, qui quitte à le regretter plus tard, plutôt que de digresser ou d’aligner les métaphores creuses quand un disque ne me plaît pas (entre autres, car je n’ai aucune prétention à détenir la vérité et que le web fourmille de gens qui écrivent eux-aussi, ce qui permet via un moteur de recherche d’obtenir une vraie pluralité de points de vue).
Sur le point précis de Ay No corrida, j’ai peut-être été influencé par les qualités de l’oeuvre de Quincy Jones qui font que même si la reprise est inférieure à l’original, elle n’en demeure pas moins intéressante.
Pour le cas de la reprise d’Ibrahim Ferrer, j’admets ne pas avoir été aussi critique que pour les autres morceaux (l’artiste étant décédé depuis plus d’un an, j’ai postulé qu’il n’avait pas travaillé spécialement ce morceau pour le projet)
Suis en train de réécouter cet album, et effectivement ça sent l’exploitation de la franchise BVSC à fond la caisse.
Je me demande bien quels musiciens se trouvent en commun avec la formation originelle et celle qui est sur cet album.
En fait on est partagé entre deux sentiments : le disque sonne foutrement bien et est très agéable à écouter, mais l’ont sait quand même qu’il s’agit d’une sorte d’arnaque du concept Buena Vista.
Autre élément frappant: il est clair après plusieurs écoutes qu’ils ont utilisé les bandes des chants des morceaux originaux, et “juste” refait l’arrangement tout autour.
Mitigé, donc.
Cela dit, comme dit précédemment si l’ont met tout ces éléments de côté, ça sonne superbe (à quelques exceptions près), c’es très agréable.
TC
billet intéressant. Pour enfoncer le clou, on peut rappeler que si j’ai énormément de respect pour les artistes de Buena Vista Social Club, la démarche n’est pas non plus dénuée d’ambiguïté. Créé un groupe qui n’a en fait jamais existé, à la manière d’un boys band avec plusieurs chanteurs stars. Après recréer un son des années 1950 est un peu bizarre. Pourquoi n’avoir pas simplement ressorti les enregistrements des années 1950 remasterisés? Le Buena Vista Social Club joue sur la douteuse notion d’authenticité, mais en même temps, le producteur américain Rye Cooder ne se gène pas pour jouer sur tous les titres, voir même d’inviter son fils sur un titre…