Kaamelott : enfin une bonne adaptation !
Par Julien Meyrat • mar 19 déc 2006 • Categorie: Bande Dessinée / MangasPublié le 27 novembre 2006

Ve siècle après J.-C. Le royaume de Kaamelott frémit sous les assauts continus (mais limités) des forces du mal. De terrifiants zombies viennent toquer à la porte de la forteresse du roi Arthur. Bon, pour l’instant, y’a pas mort d’homme, ils s’effondrent à la moindre pichenette. Mais quand même, ça la fout mal. Le bon monarque réunit donc une équipe de choc pour trouver le nécromant qui se cache derrière tout ça et lui tirer la barbe.
Difficile d’échapper au raz-de-marée Kaamelott, micro-programme hilarant diffusé sur M6 depuis trois ans. Succédant au plutôt bon mais finalement conventionnel Caméra café, la série d’Alexandre Astier a su se forger une réputation d’excellence, en particulier grâce à des comédiens hors pair, une écriture ciselée et un ton résolument novateur, quelque part entre les bêtises de Solo et Le Bolloc’h et la finesse britannique des Monty Pythons, tendance (forcément) Sacré Graal. Résultat : une série géniale, vite déclinée sous de multiples formes. En attendant les sets de table, les trousses et les mugs, sans oublier l’indispensable film, voici déjà la bande dessinée. On s’attendait au parent pauvre d’un merchandising éhonté. Et bah non !
Jusque-là, les comiques adaptés en BD donnaient en général des résultats médiocres. Qu’il s’agisse de comiques de scène ou de télé (Élie Semoun, Jean-Marie Bigard, Chevallier et Laspallès et même Élie Kakou envahissent vos rayons de Fnac en cette fin d’année ! [1]) ou d’émissions drolatiques, le bilan reste négatif. La BD Caméra café en est le meilleur exemple : incapables de sortir du cadre conceptuel mais sclérosé de leur émission, les auteurs ont fini par pondre un ersatz sans intérêt qui n’apporte rien ni à la série, ni à la bande dessinée en général.
Au contraire, Kaamelott – la BD développe l’univers original sans négliger la qualité formelle. Alexandre Astier est un pro et ce qu’il fait, il le fait bien. Maîtrisant sa série de main de maître, il utilise intelligemment le vecteur BD pour sortir du cadre étriqué du programme d’M6. Après tout, Kaamelott c’est le Moyen-Âge, les chevaliers, les quêtes… il y a de quoi faire rêver. Or, dans la série (au budget fatalement limité), les acteurs en sont souvent réduits à raconter le déroulement d’une quête en petit comité sous une tente d’état-major. Dans une BD, les contraintes de budget n’influent plus et Astier peut se donner les moyens de ses ambitions épiques (tendance heroic fantasy avec armée de morts-vivants, s’il vous plaît !).
Là où d’autres auraient expédié un produit dérivé sans âme au succès de toute façon assuré, Astier s’est penché sur le neuvième art et s’est posé les bonnes questions : comment fait-on une bonne BD ? Unité de la planche, suspense de bas de page, changement d’angle de caméra, dialogues nickelés… Associé pour l’occasion au flamand Steven Dupré, excellent dessinateur (on reconnaît les personnages sans que l’aspect « caricature » ne pèse sur le déroulement du récit), il évite soigneusement la simple galerie de portraits. Les personnages qui apparaissent ont une bonne raison d’apparaître et les nouveaux venus (notamment le fameux nécromant du titre) sont parfaitement dans l’esprit de la série. On sent qu’Astier a pratiqué quelques temps le jeu de rôle de type Donjons et Dragons, une influence qu’il fait passer tout en douceur. L’intrigue se paie même le luxe d’être de l’heroic fantasy tout ce qu’il y de plus honnête (au moins dans le haut du panier dans la production actuelle, pourtant prolifique).
La question demeure cependant : que nous réserve la suite ? En attendant le tome 2, cette BD est plus qu’un bonus indispensable pour les trois coffrets de DVD : c’est aussi et surtout la première adaptation comique en BD incontestablement réussie.
Kaamelott tome 1 : L’Armée du nécromant, scénario Alexandre Astier, dessins Steven Dupré, éditions Casterman.
[1] « Œuvres » à n’offrir qu’à l’unité, de préférence à des gens que vous n’aimez pas.
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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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