Passover, The Black Angels sont-ils la nouvelle génération ?
Par Labosonic • jeu 4 jan 2007 • Categorie: MusiqueAlbum paru en avril 2006

Cette fin d’année rock fut marquée par une révélation nommée The Black Angels. Sans que quiconque n’ait pu le prévoir, leur premier album, publié dans le silence ce printemps et intitulé Passover, a créé la surprise de cet automne, remportant un véritable succès tant au niveau critique que public. Ces américains sortis d’Austin, Texas, autant dire de nulle part, sont d’autant plus intrigants que rien n’est véritablement nouveau dans leur album et que c’est justement pour cette raison qu’il est bourré de qualités.
Les six texans forment un groupe qui n’a absolument pas peur de ses influences et les revendique clairement : leur nom rend hommage à The black angel’s death song du Velvet Underground, leur chanson The sniper at the gates of heaven fait irrémédiablement penser par son titre au meilleur de Pink Floyd, les sons et accords de leurs instruments évoquent tour à tour les Doors, Black Sabbath et tout le rock psychédélique.
Le début de l’album ne trompe pas : Young Men Dead est marqué par une inquiétante ligne de basse irradiant un climat proche des expériences chamaniques narrées par Jim Morrison ; The first vietnamese war est basé sur une lancinante ligne mélodique de clavier qu’on croirait issue de l’orgue Hammond de Ray Manzarek. Plus généralement, leur utilisation forcenée d’une drone machine, curiosité électro-synthétique qu’on croyait obsolète, leur permet de créer d’étranges et répétitives ambiances synthétiques éthérées.
Tout l’album fonctionne dans un premier temps sur les bases mêmes du rock psychédélique : la répétition des mêmes thèmes musicaux sans jamais dépasser les limites de la monotonie, la multiplication des effets sonores jusqu’au dérèglement de l’oreille de l’auditeur, le timbre spectral de voix d’outre-tombe, la volonté d’emporter le public dans une expérience sonore distordue comme seul l’abus de stupéfiants doit en provoquer.
Batterie aux peaux plus martelées que frappées, guitares électrifiées à coup de Larsen et de fuzz, cette atmosphère musicale va progressivement se transformer pour terminer l’album par des morceaux plus proches du blues, plus « construits » (moins soigneusement déconstruits, en l’occurrence). Les structures plus traditionnelles de morceaux comme Bloodhounds on my trail, Call to arms ou la plage cachée qui lui est associée prouvent que ces anges noirs là, ne sont pas uniquement dans la singerie des choses du passé mais bien dans un processus de création sonore basé sur la récupération d’idées et de procédés qui ont fait l’âge d’or du rock.
Passover est un disque qui aurait pu être composé il y a une trentaine d’années et qui serait probablement passé totalement inaperçu à l’époque. Mais, The Black Angels l’ont réalisé en 2006 et cette génération d’écart fait toute la différence entre un disque de seconde zone d’hier et un album majeur d’aujourd’hui. La volonté délibérée des texans de s’affranchir de toute l’histoire récente du rock leur permet de se démarquer de la cohorte de ces groupes tellement soucieux d’être et de faire la mode.
Au contraire de ces formations pop rock qui semblent préoccupées par l’unique but de faire danser les minettes, The black angels ne prennent ni poses et ni attitudes superflues. Leur programme artistique est uniquement musical : ils parviennent à jouer avec les émotions et perceptions de leur auditoire pour les emporter dans un voyage sonore. Cela faisait des années que des rockers n’avaient réellement tenté d’exploiter la puissance d’évocation de leur art et l’essai de ces anges noirs texans est définitivement une réussite.
Passover, The Black Angels publié par Light in The Attic.
Technorati Tags: The Black Angels, Passover, Velvet Underground, Doors, Black Sabbath, rock psychédélique, Jim Morrison, Ray Manzarek, drone machine, Musique, Critique, Opinion, Culture
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