Le journal d’un remplaçant : le plus beau métier du monde
Par Julien Meyrat • mar 16 jan 2007 • Categorie: Bande Dessinée / Manga
Martin Vidberg est professeur des écoles remplaçant. Oui, comme Gérard Klein dans L’Instit’, sauf que Vidberg, lui, l’est vraiment. Mais Martin Vidberg est aussi dessinateur de bande dessinée à ses heures. Et cette fois-ci, il a décidé de nous raconter son année 2005 au jour le jour, sans faux-semblants ni misérabilisme. Résultat : un très bel album qui ne dépareille pas dans la collection Shampooing de Lewis Trondheim.

Connu pour son blog et pour son trait que l’on peut qualifier de « patatoïde », Martin Vidberg est un auteur doué mais discret, et pour cause. Dans la vraie vie, il est professeur des écoles, sacerdoce dont on entend régulièrement parler. Comme le fait remarquer le dessinateur, chacun a sa petite opinion sur le sujet, puisque tout le monde est passé par la case « école » un jour ou l’autre.
Vidberg, qui a passé l’année 2005 dans un institut de redressement (IR) de campagne, a décidé de conter son expérience. Écartant soigneusement l’autobiographie (qui ici aurait été hors de propos), il nous livre un témoignage élégant et probablement très réaliste sur l’état actuel de l’Éducation nationale, bateau solide mais sérieusement à la dérive. Un travail qui finit par se situer quelque part entre le fameux documentaire Être et avoir et le Retour au collège de Riad Sattouf, qui stigmatisait les déplorables mentalités adolescentes. Les enfants auxquels Vidberg a affaire ne sont pas des gosses de riche désœuvrés mais bien de pauvres gamins sans grande perspective, manifestement victimes d’horreurs sans nom dans leur vie privée. Tout en respectant scrupuleusement leur intimité (jamais il ne se permettra de préciser la teneur de ces horreurs), l’auteur nous fait toucher du doigt les difficultés inhérentes à un métier crucial. Le professeur des écoles (anciennement « instituteur ») est la première référence adulte à laquelle les enfants pourront se référer après leurs parents. Ce n’est pas rien. On distingue alors toute la difficulté de ne pas trop s’attacher à des enfants que l’on doit malgré tout aider, sans avoir vraiment été formé pour (la formation IUFM en prend pour son grade).
Côté forme, Vidberg étonne avec son style précis. Ses personnages patates n’induiront pas longtemps les gens en erreur : l’œuvre n’est pas destinée aux enfants mais plutôt aux parents. Excellent metteur en cases, Vidberg paye son tribut à Trondheim en le citant parmi les œuvres qu’il fait étudier à ses élèves. Son trait expressif et élégant, totalement dénué de vulgarité, s’adapte finalement très bien à son sujet, ses patates rappelant les dessins des enfants. Efficace et stylé.
Une BD fine et délicate sur un sujet qui ne l’est pas moins : on est en droit de parler de réussite.
Le Journal d’un remplaçant, scénario et dessins Martin Vidberg, édition Delcourt, collection Shampooing.
Bande dessinée, Critique, Opinion, Culture
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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée du magazine. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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