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Bérurier Noir : Invisible mais pas inaudible

Par Labosonic • jeu 25 jan 2007 • Categorie: Musique

Album paru en décembre 2006

Appréciation de Labosonic niveau 2

Si des élections où l’on nous promet de raser gratis auront lieu en France en 2007 dès le mois de juin, musicalement, rien ne semble destiné à changer. Au contraire, Nagui s’évertuera probablement à nous faire croire à longueur d’émissions de qualité douteuse que le rock’n'roll français est incarné en Cali. On nous annonce certes un renouveau du punk via quelques jeunes blancs-becs comme les Naast mais un simple coup d’œil à leur coiffure et un judicieux coup d’oreille à leur musique étouffe tout espoir dans l’œuf. La France n’a jamais été le pays du rock’n'roll et ne sera jamais autre chose que le pays de Johnny Hallyday, celui de la mascarade variétoche mal dénommée « rock français ».

Pourtant dans ce terrain vague, laissé en friche depuis trop longtemps, un groupe a réussi depuis 1978 à faire rugir sa guitare conformément à l’esprit des origines et à brailler des textes sulfureux : Bérurier Noir. Le groupe s’inscrit comme une figure du patrimoine musical de l’hexagone, punk jusqu’au bout des rangers, aussi impliqué politiquement que The Clash à la grande époque de White Riot in Hammersmith et aussi véhéments dans leur musique que dans leurs textes.

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Invisible, paru à la fin 2006, sera pourtant le dernier album de Bérurier Noir. Un communiqué de presse officiel [1] l’a certifié. Et, même si les Bérus nous ont toujours habitué aux fausses sorties [2], on est en droit de les croire et de voir dans cet ultime album le point final d’une carrière commencée il y a des années. Vingt-neuf ans après leurs débuts, l’écoute d’Invisible s’avère plus que nécessaire tant l’album a toutes les qualités qui ont fait le succès du groupe.

Tandis que la majorité des artistes à la carrière imposante tentent de composer avec les années qui passent comme une dame âgée gère sa ménopause [3], les Bérus ont décidé de rester fidèles à eux-mêmes aussi bien au niveau musical que militant. Tout au long d’Invisible, la formule punkoïde de leur formation restreinte (guitare, boîte à rythme, saxos) fait la preuve de son efficacité (Empire State Bulldog dégage une énergie hors du commun tout comme L’Enfant bleu). Mieux encore, l’absence de batterie, initialement due à une volonté de dépouillement musical quasi nihiliste, permet désormais des fantaisies de programmation fort modernes (le break de Dans un rêve flamboyant, les voix de Love in Laos) que ne renieraient pas les admirateurs du groupe convertis aux sons électroniques hardcore (Heretik system ou feu Micropoint).

Bérurier Noir, bérurier rouge, le groupe a conservé ses couleurs et ses idées de toujours, libertaires et anarchistes : aucune de ses thématiques n’a changé. Porcherie et Lobotomie constituaient hier le bréviaire idéal de l’activiste politique en avance sur son temps. On en a marre et Coup d’État de la jeunesse sont leurs dignes héritiers et deviendront probablement les mots d’ordre des rassemblements de demain et d’après-demain.

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En concluant sa carrière par un album appelé Invisible, Bérurier Noir intitule très ironiquement le bouquet final de son feu d’artifice. Visibles, les Bérus ne le furent jamais assez au regard de l’impact qu’ils ont eu sur la scène alternative française (Olaf de Ludwig von 88 et Hellno des Négresses Vertes ont fait leurs premières armes avec eux). Audibles, par contre, ils l’ont toujours été tant par la qualité de leur musique que par la clarté de leurs messages (on ne pourra que regretter le soudain revival de Porcherie il y a 5 ans). Conformes à leurs programmes idéologiques et musicaux, ils quittent la scène, fidèles à tout ce qu’ils ont toujours été. Plus qu’un album, ils délivrent aussi une vraie leçon de musique et d’intégrité à tous ceux qui se firent un jour les chantres d’une certaine alternative et ne sont plus aujourd’hui que de vulgaires pantins phonographiques.

Invisible, Bérurier Noir publié par Folklore de la zone mondiale.
Crédit photographique : avec l’aimable autorisation des Bérurier Noir.

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[1] « Considérant que l’aventure bérurière entre 1983 et 1989 est restée dans le cœur de tous comme une époque héroïque, empreinte d’amitié et de solidarité, et que nous devons la préserver ; considérant également que le retour du groupe entre 2003 et 2006 fut provisoire et qu’il ne s’agissait pas d’une reformation classique, le groupe Bérurier Noir décide de s’auto-dissoudre en mai 2006. Il sortira dans quelques mois un nouvel album (…) pour signifier la fin de cette aventure collective, généreuse et combative, une façon de rendre hommage au mouvement de la jeunesse qui a soutenu le groupe depuis plus de vingt ans. Salutations bérurières. »

[2] Ils ont hérité de l’épithète noir suite à un concert de séparation qui, paradoxalement, les lancera puis ont imposé quatorze ans de silence avant une reformation temporaire en 2003.

[3] On notera parmi les plus doués dans cet exercice Paul McCartney ou Lio, éventuellement les Who, et oubliera au plus vite la reformation (cala)miteuse de Trust à seule vocation fiscale.

Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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