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Inland Empire de David Lynch

Par Marie Guyot • mer 31 jan 2007 • Categorie: Cinéma

Sortie prévue le 7 février 2007

Appréciation de Marie niveau 2

Avec Inland Empire, David Lynch nous offre un film en forme d’ovni, une expérience cinématographique totale, qui enprunte des éléments aussi bien visuels que sonores à chacun de ses films précédents.

Filmé en vidéo et de la main du cinéaste lui-même, ce monstre de 2h52 dont les séquences ont été écrites au fur et à mesure du tournage, semble au départ bien obscur et chaotique. Mais, tout comme Mulholland Dr., Inland Empire ne révèle pas ses secrets du premier coup, et un nouveau visionnage l’élève au rang de chef-d’œuvre.

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C’est l’histoire de Nikki Grace (Laura Dern), engagée pour l’un des deux rôles principaux du film Les Lendemains bleus aux côtés de Devon Berk (Justin Theroux). D’emblée nous nous retrouvons face à un métafilm posant la question de l’interprétation et du rapport acteur/personnage, ne serait-ce que parce que Laura Dern et Justin Theroux, acteurs incarnant ici des acteurs, apportent avec eux les rôles qu’ils ont joués précédemment pour Lynch (respectivement Sandy Williams dans Blue Velvet et Lula Fortune dans Sailor et Lula, et le réalisateur Adam Kesher dans Mulholland Dr.).

La première image du film introduit d’ailleurs la notion de point de vue, puisqu’il s’agit d’un projecteur qui révèle peu à peu le titre de l’œuvre. Ainsi, nous pouvons nous demander si Inland Empire se déroule aux côtés de Nikki Grace, comme tout le laisse penser, ou si nous nous situons plutôt du côté de cette énigmatique jeune femme brune qui pleure devant son poste de télévision.
Nous nous retrouvons alors face à trois niveaux de narration : le film (les personnages Susan et Billy des Lendemains bleus) dans le film (les acteurs Nikki et Devon), lui-même dans le film (le jeune femme devant son petit écran), auxquels s’ajoutent une série télévisée avec des humains à tête de lapins et une vieille légende polonaise sur laquelle Les Lendemains bleus sont basés.

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Troublée par son partenaire et se sentant sans doute aussi liée à son mari que son personnage, Nikki Grace finit par se perdre littéralement en Susan Blue. Et le fait que Susan elle-même soit perdue, avouant qu’elle ne sait plus si tel événement s’est déroulé avant ou après tel autre, ne fait bien sûr qu’ajouter à la confusion. Et, alors que nous ne savons plus très bien dans quel plan nous nous trouvons, si ce sont Nikki et Devon ou Susan et Billy qui se trouvent devant nos yeux, David Lynch prend soin de faire surgir une caméra dans le champ ou de nous faire entendre la voix du réalisateur qui dirige le tournage (Jeremy Irons) pour nous remettre sur la piste.
Le surgissement du dispositif filmique, loin de briser l’adhésion du spectateur à l’œuvre, permet au contraire ici de faire d’Inland Empire un objet captivant, une fiction qui ne cesse de nourrir notre curiosité, là où un autre cinéaste nous aurait assommés.

De la même façon qu’il pointe sa propre mise en scène en nous révélant la machinerie du tournage des Lendemains bleus, Inland Empire se fait sans cesse écho grâce à ses différents niveaux de narration.
Par exemple, certaines séquences se répètent sous un angle différent (la scène d’exploration du décor par Devon puis Susan, la visite de Susan à l’avocat projetée ensuite dans une salle de cinéma…), et certains détails ou objets reviennent dans un contexte tout autre (le claquement de doigts, le tournevis, le fait qu’il soit 9h45 ou minuit passé, le chiffre 47…).

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Si nous considérons tout cela comme une construction de référence, une structure grâce à laquelle nous pouvons lire tout le film, la séquence finale prend une dimension beaucoup plus profonde qu’une simple scène de conclusion. Avec cette blonde frangée qui fait immédiatement penser à la Patricia Arquette de Lost Highway, et la présence de Laura Harring à l’écran, rappelant celle, sonore, de Naomi Watts pendant les interventions lapinesques, cette dernière séquence va au-delà de la représentation de ce qui pourrait être une fête de fin de tournage.

Ainsi, le dernier film de David Lynch sonne comme un hommage à sa carrière de cinéaste débutée il y a quarante ans. Espérons qu’elle ne s’arrête pas avec Inland Empire.

Réalisation et scénario : David Lynch.
Avec : Laura Dern (Nikki Grace/Susan Blue), Justin Theroux (Devon Berk/Billy Side), Jeremy Irons (Kingsley Stewart), Harry Dean Stanton (Freddie Howard), Grace Zabriskie, et la participation de Laura Harring, Naomi Watts et Nastassja Kinski.
Crédit photographique : Mars Distribution.

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Marie Guyot est la fondatrice et la Rédactrice en Chef du magazine. C'est aussi une des rédactrices Cinéma.
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2 Réponses »

  1. Et une rencontre Hitchcock Lynch ? Est-ce possible ?

    http://www.gerard-bertrand.net/hitchcock_lynch.html

  2. On m’aurait menti? Hitchcock n’est pas mort?

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