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Angoulême 2007 : révolution de velours

Par Julien Meyrat • mar 6 fév 2007 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas

Festival du 25 au 28 janvier 2007

Appréciation de Julien niveau 2

Souvenons-nous, il y a un an, la surprise : alors que la météorologie charentaise complique sévèrement les déplacements locaux, Lewis Trondheim emporte le Grand prix de la ville d’Angoulême. Stupeur et libation, l’icône des rénovateurs de la bande dessinée française est enfin intronisée au sein de la grand Mecque du 9e art. D’emblée, il tape du pied dans la fourmilière angoumoise et annonce de grands bouleversements dans l’organisation. Un an après, le résultat : une forme rénovée, un fond très correct et un festival tout simplement réussi. Autant pour ceux qui attendaient la pendaison de Michel-Édouard Leclerc et d’Arleston.

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Avec une sélection de trente œuvres de tous genres, toutes origines et à la qualité indéniable et un palmarès revu et corrigé (exit les controversés prix du Meilleur dessin, prix du Scénario…), l’année s’annonçait juteuse. Sans attendre, le palmarès :

Prix du Meilleur album : Non Non Bâ, de Shigeru Mizuki (Cornélius). Un manga sacré meilleur album ? Oui, et pas n’importe lequel : Mizuki, auteur peu connu en France mais révéré dans son pays natal, signe une chronique familiale attachante et fascinante.

Prix Essentiels (ex-æquo) :
- Black Hole, de Charles Burns (Delcourt)
- Lupus, de Frederick Peeters (Atrabile)
- Pourquoi j’ai tué Pierre, d’Olivier Ka et Alfred (Delcourt)
- Lucille, de Ludovic Debeurme (Futuropolis)
- Le Photographe, d’Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre et Frédéric Lemercier (Dupuis)
- Panier de singe, de Florent Ruppert et Jérôme Mulot (L’Association), prix Découverte

Par-delà ce palmarès « officiel », on trouve également les « petits prix » qui récompensent des catégories précises :
Prix du patrimoine : Sergent Laterreur, de Touïs et Frydman (L’Association)
Prix jeunesse 9/12 ans : Seuls, de Vehlmann et Gazzoti (Dupuis)
Prix jeunesse 7/8 ans : Tigres et Nounours, de Bullock et Lawrence (Angle Comics)
Prix du Public : Pourquoi j’ai tué Pierre, d’Olivier Ka et Alfred (Delcourt)

Un résultat équilibré, faisant autant cas des gros éditeurs (Delcourt, Dupuis…) que des petits (Atrabile, Cornélius…). Chaque album est une réussite incontestable (il faut dire que la sélection officielle avait déjà des faux airs de bibliothèque idéale). On notera en particulier le sacre d’Alfred et Olivier Ka avec le succès mérité de Pourquoi j’ai tué Pierre, bande dessinée autobiographique où le scénariste raconte avec pudeur et sans misérabilisme un traumatisme d’enfance, et la reconnaissance tardive du Lupus de Peeters, du Photographe de Guibert et du Black Hole de Burns, trois œuvres cultes enfin justement récompensées.

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Mais Angoulême, ce n’est pas que le palmarès. Cette année, grand chambardement dans les habitudes, les traditionnelles « bulles du Champ de Mars » ayant déménagé en bas des remparts. Une initiative intéressante qui a permis de réunir sous une même toile l’ensemble des éditeurs : grosses machines de guerre (Dargaud, Dupuis, Glénat…) côtoyaient donc les éditeurs plus modestes (Le Cycliste, La Cafetière, Les Enfants Rouges…), la myriade de petites maisons de manga (Kana, Pika, Tokebi…), les fanzines plus ou moins anars… Résultat : des déplacements bien plus pratiques, pour les visiteurs comme pour les auteurs que l’on croisait régulièrement tandis qu’ils allaient à loisir signer des dédicaces d’un stand à l’autre, selon leurs parutions récentes. Ainsi, en se promenant dans les allées, on découvrait avec surprise une file de dix personnes devant le stand des Rêveurs, affluence expliquée par la présence d’un Manu Larcenet ravi, dédicaçant son Critixman. Du côté de La Boîte à Bulles, on pouvait trouver un Boulet signant les exemplaires du Vœu de Marc, loin des émeutes qu’il cause d’ordinaire chez Glénat. Enfin, les auteurs respiraient (sauf bien sûr les malheureux coincés au stand Soleil, noyés dans les bruits technos et les flashes des stroboscopes).
De-ci de-là, on s’amusait à reconnaître les têtes : Albert Algoud, animateur du forum Leclerc, interroge Davy Mourier (de l’association ardéchoise Une Case en Moins), Laspallès et Chevallier viennent dédicacer la BD à leur effigie sur le stand Jungle, Philippe Cardona (Sentaï School) se fait prendre en photo avec les acteurs de Samantha Oups !… Oui, on voit des choses bizarres à Angoulême.
Au centre de la bulle des éditeurs (qu’il faudra s’habituer à appeler « site de Montauzier »), la sélection de l’année est consultable à loisir, chaque album accroché à des grilles (à l’exception notable du Little Nemo dont les 3,5 kg risquaient fort de déstabiliser l’édifice). Une volonté de transparence appréciable.

Du côté de la vieille ville, là-haut sur la colline, trônent les expositions. Expo Hergé et expo Kid Paddle pour les fans de tous âges. Expo Jim Woodring pour les curieux, lesquels ont pu découvrir l’œuvre fascinante de ce surréaliste moderne, quelque part entre Tex Avery et H. R. Giger. Expo des espoirs de la Jeunesse chrétienne (oui, ça surprend… et en plus ce n’est pas si mal !). Expo Archéographie, dont la scénographie reproduit un chantier de fouille où l’on met au jour des planches de jeunes auteurs. Exposition Universelle de la bande dessinée, curieux containers mettant en scène des planches célèbres de la BD mondiale (ambiance captivante pour un résultat un peu frustrant, mais il ne s’agit que du commencement d’un projet plus long).
Côté spectacle, on notera les toujours fabuleux concerts de dessins et le spectaculaire match d’improvisation organisé par l’équipe de Fluide Glacial, mêlant impros théâtrales et dessinées pour un résultat explosif très impressionnant (et drôle). L’association Wall Strip avait installé son iconoclaste « usine à fanzines » à côté de la salle de rencontre avec les auteurs où les visiteurs pouvaient poser des questions à Joann Sfar, Riad Sattouf… pendant qu’ils achevaient leur planche. Sans oublier l’exceptionnelle initiative des 24 heures de la bande dessinée, dont les résultats sont toujours consultables en ligne.

Un excellent festival 2007 donc, mais somme toute, qu’est-ce que la présidence de Trondheim a apporté ? Et bien plein de petites choses, une plus grande présence des indépendants, un palmarès de qualité… finalement, ce fut le festival d’Angoulême tel qu’il devrait toujours être. Souhaitons bon courage au vainqueur du prix de la Ville d’Angoulême de cette année, le grand José Muñoz : « son » festival aura du mérite à atteindre le même niveau que celui-ci.

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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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