Monsters and Silly Songs : Joakim trop mutant ?
Par Labosonic • jeu 8 fév 2007 • Categorie: MusiqueAlbum paru le 23 janvier 2007

Il est difficile d’aborder l’artiste qu’est Joakim sans évoquer les deux facettes de sa personnalité. En six ans, il a réussi à transformer un simple webzine, Tigersushi, en un des labels de musique électronique français qui comptent. Mais reconnaissons que sa production phonographique personnelle impose un peu moins le respect. Son premier album, appelé lui aussi Tigersushi, ne souffre aucunement de l’homonymie tant il a manqué son rendez-vous avec le public et Fantômes, sa deuxième œuvre, ne suscita guère plus d’intérêts.
Monsters and Silly Songs, son troisième album, taquine pourtant la curiosité tant ses fréquentations de producteur sont bonnes. À force de fréquenter les groupes les plus branchés de Paris (Poni Hoax, Sir Alice), peut-être Joakim a-t-il réussi à capter cet air du temps qui fait qu’un disque marque ou non les esprits ?
Hormis quatre brefs interludes où des séquenceurs rugissent jusqu’aux limites de l’audible et de l’harmonie, on entend très peu de monstres dans cet album et essentiellement des chansons pas forcément si bêtes que le titre du disque l’indique. Joakim a eu pour ambition de placer ouvertement son œuvre sous le signe de l’éclectisme. En ajoutant des paroles sur des mélodies à dominantes électroniques, en mariant des sons synthétiques aux timbres organiques d’instruments plus traditionnels, en essayant de créer son style propre en synthèse des divers courants de la musique moderne, il tente de créer un objet sonore non identifié, hybride sans être monstrueux, en un mot : mutant.
L’expérience, partiellement concluante, ne laisse qu’un sentiment mitigé tant Joakim semble s’appliquer à casser tous les codes musicaux existants. L’auditeur est constamment désorienté par des morceaux dont la structure n’a de cesse de changer. Three Legs Lantern marie idéalement une stridente mélodie synthétique aux riffs et à la batterie mais se termine par de trop longues et dispensables élucubrations guitaristiques. De la même manière, Drumtrax, la plage la plus orientée dancefloor du disque, perd beaucoup de son potentiel par l’ajout de fioritures électroniques aussi anecdotiques que pénibles.
On pourra aussi reprocher aux sons synthétiques mêlés à la pop leur caractère vintage à l’excès et leurs ressemblances systématiques. Si Lonely Hearts ressuscite avec brio les spectres de la chanson cold wave, ces sons multipliés sur la durée de l’album apparaissent trop datés : même s’ils semblent très actuels, la mode étant aujourd’hui au revival, ils vieilliront probablement très mal.
Mais le défaut majeur de cet album, comme souvent pour les productions électroniques, réside dans son absence d’unité et de cohérence. Si l’éclectisme est un atout, l’absence de ligne directrice globale constitue un handicap. Everything Bright and Still et Peter Pan Over, tous deux très lents et réussis, contrastent trop avec le son house de Drumtrax ou le rock bruitiste de Love me 2.
C’est un bien étrange travail qu’a réalisé Joakim : s’il présente de réelles réussites musicales, leur assemblage en un déconcertant patchwork est assez déstabilisant. Le procédé apparaîtra trop systématique pour ne pas lui-même constituer paradoxalement un de ces artifices dont l’artiste essaye pourtant de se détacher. Il y a indéniablement du talent et des idées sur Monsters and Silly Songs, mais si l’on a toujours besoin de talent, peut-être y a-t-il finalement trop d’idées sur ce disque pour ne pas laisser un sentiment de fatras à son auditeur. Et sur ce point, l’expérience de Joakim, en tant qu’artiste qui n’en est pas à son coup d’essai et en tant que producteur déjà expérimenté, n’incite pas nécessairement à l’indulgence.
Monsters and Silly Songs, Joakim, publié par Versatile.
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