Faut-il brûler la Galigaï ? de Pierre Combescot
Par Dobrina Clabeaut • ven 9 fév 2007 • Categorie: LivresPublié en décembre 2006

Après l’épicurien Pétrone, intime de Néron et auteur présumé du célèbre Satiricon, Pierre Combescot s’est attaché à la trouble personnalité de Léonora Galigaï, dame d’atour de Marie de Médicis dont elle accompagna l’ascension jusqu’au trône de France. Un tableau historique passionnant où la quête du pouvoir se livre entre arrivistes et grands du royaume sur fond de duels, d’assassinats et de complots politiques.
Simple fille d’une blanchisseuse, Léonora est entrée comme coiffeuse au service de la jeune Marie de Médicis. Bosselée, d’une laideur repoussante, cette demi-naine florentine possède l’intelligence et la ruse seyant aux plus hauts desseins. De l’indolente princesse de Toscane, elle saura dompter autant le caractère que l’abondante tignasse. Après le mariage de Marie et d’Henri IV, favorisé par ses soins, Léonora s’installe au Louvre. Experte en intrigues et âpre au gain, l’amie de la nouvelle reine de France poursuit son irrésistible marche vers les sommets aux côtés de Concini, gigolo arriviste qu’elle a pris pour époux.
Étrange et redoutable héroïne que la Galigaï. Pour dépeindre les manœuvres de cette femme de l’ombre, dotée d’une convoitise sans borne et d’une remarquable « maîtrise de l’oblique », Pierre Combescot a puisé dans un répertoire d’épisodes et d’anecdotes historiques savoureuses, à même d’allécher l’imagination des plus sobres néophytes. L’écheveau politique entourant le règne du bon roi Henri IV est prétexte à la peinture d’une société truffée de traîtres et de comploteurs. De Catherine de Médicis à Sully et de Guise, de la reine Margot au futur cardinal de Richelieu, les portraits se succèdent. Sous la plume de l’auteur, chacun rivalise de force ou de truculence dans des situations où l’histoire le dispute au romanesque. Ainsi Henri IV qui, en vieux séducteur aux appétits de godelureau, a signé la promesse d’épouser sa maîtresse Henriette d’Entragues si la belle lui donnait, en lieu et place de sa femme et reine légitime Marie de Médicis, un premier héritier.
Parmi cette galerie d’illustres lurons, de nobles opportunistes et de spadassins insidieux, Léonora Galigaï gouverne en éminence grise. Avide de pouvoir et de richesse, elle a l’oreille de la reine dont elle obtient, en son nom comme en celui de son époux Concini, les plus folles concessions. Bijoux, meubles précieux, demeures somptueuses, terres et marquisat : il n’est rien que la reine ne puisse lui octroyer, jusqu’au titre de maréchal accordé à son mari, un greluchon n’ayant sans doute jamais connu l’armée. Habile et discrète, Léonora a su se rendre indispensable. À l’abri du Louvre, elle souffle à Marie de Médicis sa conduite, ses envies de disgrâces ou de mariages en Espagne, tout en nouant et déjouant sous son égide les plus subtiles conspirations. Pourtant, la bossue et son aventurier ne manquent guère d’ennemis, à commencer par le peuple de France qui voit en cette puissante et hideuse Italienne l’émanation de quelque démon madré. Haïe et crainte de tous, la Galigaï connaîtra en sorcière richissime les affres du bûcher.
Peinture d’un monde baroque et éphémère, Faut-il brûler la Galigaï condense avec brio une multitude de détails authentiques et de potins d’alcôve. Le style enjoué et fantasque de Combescot secoue les vieilles tentures, dépoussiérant de son sens de l’intrigue les plus lointaines curiosités.
Faut-il brûler la Galigaï ?, Pierre Combescot, Grasset, 303 pages.
Littérature, Critique, Opinion, Culture
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Dobrina Clabeaut est une ancienne rédactrice Livre du magazine.
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