Les Nombrils : chroniques d’une jeunesse désœuvrée en mal de repères
Par Julien Meyrat • mar 13 fév 2007 • Categorie: Bande DessinéeSorti le 26 janvier 2007

Dans un lycée anonyme pouvant se situer aussi bien en France qu’au Québec, trois filles papotent dans la cour. Jenny et Vicky, bimbos poitrinaires et sans cervelle, passent leur temps à railler Karine, grande asperge un peu nunuche mais plutôt gentille. Quand elles ne sont pas occupées à empêcher Karine de filer le parfait amour avec un jeune romantique, les deux pépètes courent après le (supposé) beau John John et sa moto.
Les Nombrils est typiquement la bande dessinée à côté de laquelle on risque de passer sans prêter attention, tant son graphisme et ses couleurs vives semblent le rattacher à la catégorie « enfant ». Effectivement, la série est publiée dans Spirou et éditée chez Dupuis, maison jeunesse bien connue. Pourtant, en quatrième de couverture, l’accroche de la série devrait mettre la puce à l’oreille du lecteur trop confiant : « La vie est cruelle. Et puis après ? »
En effet, Les Nombrils est une série sur l’adolescence et, tout comme cette période de la vie, s’avère terriblement cruelle. Jenny et Vicky, les deux stars du lycée, sont deux abominables pestes dont la méchanceté n’a d’égale que la bêtise (encore que Jenny soit nettement plus bête que méchante). Karine, gentille fille disposant de tout le tonus d’un spaghetti trop cuit (la recherche graphique effectuée pour son personnage devrait faire école), est cataloguée d’office dans la catégorie « moche » à cause d’une absence conjointe de poitrine et d’intérêt pour les choses de la mode. Si les raisons de leur amitié reste un mystère insondable, leur relation est riche en rebondissements et en traîtrises tout bonnement abjectes, sans doute trop réalistes pour sembler vraisemblables. Autour d’elles, on trouve une nuée de cas sociaux en orbite, allant des garçons stupides aux parents incompréhensifs en passant par les fratries consternantes.

Sorti de l’imagination de deux Québécois, Dubuc et Delaf, Les Nombrils est une série profondément morale (comme souvent les séries cruelles, se référer à South Park pour citer l’exemple le plus connu). C’est finalement Karine qui rencontre le prince charmant pendant que les sexygirls font les frais de leurs ignobles tentatives de sape. Après un premier tome plutôt réjouissant, ce deuxième numéro, finaliste du concours Décoincer la Bulle d’Angoulême, nuance un peu son propos. On découvre en particulier que Jenny et Vicky ne sont pas aussi interchangeables qu’on aurait pu le croire : l’une est une victime de la mode et de sa relation d’amour-haine avec sa grande sœur, l’autre une débile légère issue d’une famille à problèmes. C’est finalement Karine, dont les parents plutôt équilibrés ne brident pas l’évolution, qui s’en sort le mieux. Chose rare dans ce genre d’album, la situation évolue et les relations se modifient, au point qu’on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’il adviendra dans la suite (il faut dire que Dubuc, en bonne scénariste, prend soin de terminer chaque album par un petit cliffhanger).
Une série pas forcément indispensable mais qui saura ravir ses lecteurs. Les dessins ne manquent pas de charme ni l’intrigue de piquant. Elle rappellera surtout aux « nostalgiques » la véritable teneur des mœurs adolescentes, faites de bassesses et de grands sentiments mêlés, où tout se justifie en fonction du désir personnel. Un rappel simple mais salutaire dans une BD ouvertement grand public.
Les Nombrils, tome 2, Sale temps pour les moches, scénario Dubuc, dessins Delaf, éditions Dupuis.
Technorati Tags: Les Nombrils, Spirou, Dupuis, Dubuc, Delaf, South Park, Décoincer la Bulle, Bande dessinée, Critique, Opinion, Culture
Julien Meyrat est un des rédacteurs Bande Dessinée du magazine. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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