Alex Gopher : la réussite de ce début d’année
Par Labosonic • jeu 22 fév 2007 • Categorie: MusiqueAlbum à paraître le 26 février 2007

Même s’il est toujours médiatiquement resté au second plan du courant que fut la French Touch, Alex Gopher en est peut-être la meilleure incarnation. La preuve, il possède un curriculum vitæ en forme de hall of fame. Son premier groupe, Orange, fut fondé avec Jean-Benoît Dunkel et Nicolas Godin avant qu’ils ne deviennent Air. Responsable avec Étienne de Crécy de l’album fondateur Superdiscount et du label Solid, il a aussi collaboré en tant qu’ingénieur du son avec des artistes plus grand public tels qu’Étienne Daho ou Benjamin Biolay. Son parcours artistique solo, lui aussi brillant, fut unanimement salué avec deux albums de grande qualité. Mais, malgré l’estime et le succès public mérités de You, my Baby and I et Wuz, il n’a pourtant pas encore réussi à obtenir la place de tout premier plan qu’il mérite.

C’est là tout l’enjeu de son nouvel album éponyme qui, musicalement, se caractérise par une influence forte de la pop des années quatre-vingt et un très net recul de l’instrumentation électronique. Hélas, une telle description ne rend pas justice au travail effectué par Alex Gopher. Les projets de revival eighties pullulent et on ne compte plus les artistes électroniques désireux d’obtenir une crédibilité en abandonnant leurs machines au profit d’instruments plus traditionnels. Et Alex Gopher n’est certainement pas un disque truffé de procédés artificiels destinés à taquiner la hype à tout prix avec des sons à la mode ou des postures arty. Non, cet album est avant tout la tentative de résurrection par un artiste électronique des sons qui l’ont influencé.
Passons rapidement sur les invités de luxe qui figurent au générique de ce disque où on entendra les voix de Air ou Helena Noguera ainsi que la guitare d’Olivier Libaux. Les guest-stars chevronnées ne font pas les bons albums1. Mais force est de constater qu’Étienne de Crécy, en producteur chevronné, a su mettre en valeur les qualités de chacun.
Cependant, la véritable surprise de cet album, c’est la voix de celui qu’on ne connaissait que comme artiste électronique. Alex Gopher chante en anglais avec une perfection proche de David Byrne. Sa voix est magnifiquement mise en valeur lors des morceaux les plus dynamiques du disque (Out of the Inside, Brain Leech, Carmilla), tellement réussis que leur écoute ne suscite qu’une question : pourquoi personne n’avait pensé à les composer avant ? Si les titres plus calmes (Nasty Wish ou Boulder Colorado) manquent peut-être un peu de relief, l’album tout entier s’impose comme une évidence. Chaque mélodie coule de source, toutes les chansons paraissent familières à l’oreille sans pour autant donner dans le déjà-entendu.

Il est toujours difficile de rendre hommage à des sons du passé sans verser dans divers excès. Les clins d’œil ressemblent trop souvent à des sacrilèges et le syndrôme « Retour vers le futur » fait que la majorité des disques qui ont cette ambition apparaissent déjà vieux à peine entendus. Ce n’est absolument pas le cas d’Alex Gopher. Les onze titres de cet album semblent être des trésors cachés des années quatre-vingt qu’un mélomane érudit aurait exhumés pour le bonheur de tous. Ils auraient pu enflammer le dance-floor de l’Hacienda de Manchester au beau milieu des années quatre-vingt sans que quiconque y trouve à redire et sont aujourd’hui encore définitivement actuels. Car Gopher a su capter l’essence de cette période dans ses compositions, la flamme de modernité qui animait les plus grands talents anglo-saxons de l’époque, celle-là même qui a assuré à la new-wave une postérité largement méritée. Avec un tel succès, Alex Gopher réussit indéniablement son meilleur disque et l’un des plus beaux albums de ce début d’année.
Alex Gopher, Alex Gopher, publié par V2, sortie le 26 février 2007.
Crédits photographiques : D.R.
Technorati Tags: Alex Gopher, Orange, Nicolas Godin, Air, Superdiscount, Solid, Helena Noguera, Olivier Libaux, Brain Leech, new-wave, Musique, Critique, Opinion, Culture
- Cette note de bas de page pourrait se résumer par un laconique : « Parlez-en à Charlotte Gainsbourg. » Nous y reviendrons en détails la semaine prochaine avec le Pocket Symphony de Air[↩]
Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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hello !
bravo pour votre travail
je vous invite a retrouver Alex Gopher et bien d’autres (black strobe, ed banger, institubes, etc) sur le French Data Club !
le fonction moteur de recherche intégrée au blog vous permettra de retrouver des papiers inédits comme une itv de Pedro Winter, par exemple.
Encore merci et a bientôt