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Bryan Ferry, simplement Dylanesque

Par Labosonic • jeu 8 mar 2007 • Categorie: Musique

Album paru le 5 mars 2007

Appréciation de Labosonic niveau 2

Il est des disques dont la simple lecture de la pochette provoque un frisson de bonheur dans la colonne vertébrale. Le Dylanesque de Bryan Ferry est de ceux-là. A ma gauche, dans le rôle de l’auteur-compositeur : Robert Zimmerman, originaire des Etats-Unis, 66 ans, l’un des artistes les plus marquants de la musique moderne, quatre décennies d’expériences dans le song-writing et la guitare folk, l’homme qui a réussi à allier la musique de Robert Johnson à la poésie de Jack Kerouac, celui à qui les Rolling Stones doivent leur nom, Bob Dylan. Dans le coin opposé, 62 ans, le chic britannique, l’interprète : l’autre Bryan de Roxy Music, celui qui personnifia le glamour avec sa voix de velours et les claviers de Brian Eno, l’incarnation même du dandysme, celui qui fit chavirer tant de coeurs avec Avalon et Slave to Love, l’homme qui porte le mieux le smoking au monde : Bryan Ferry.

Il n’y a pas à dire, annoncé comme un combat de boxe, ça a de la gueule. C’est autre chose que le énième volet des aventures de Rocky. Mais soyons un peu honnêtes : ni l’un, ni l’autre n’ont jamais fait dans l’étalage d’excès de testostérone et jouent plutôt sur le registre de la nuance et la subtilité. Et les chocs de titans accouchent bien souvent d’albums ratés : on pourra prendre l’exemple de Paul Anka dont le Rock swings ne swinguait vraiment pas il y a un an. Alors la méfiance s’impose face à un nouveau disque où un crooner revisite les classiques, d’autant plus que nous, Français, avons déjà dû subir la réinterprétation, grotesque, de Dylan par Hugues Aufray.

Dylanesque ne peut donc que susciter autant de craintes que d’espoirs, autant de bonheurs que de déceptions. Et la tâche de Bryan Ferry, tout fan du maître qu’il soit, est loin d’être aisée. Ce qui a fait de Robert Zimmerman l’un des artistes les plus marquants de ce siècle, c’est avant tout sa voix. Sans être exceptionnelle de virtuosité, elle est merveilleusement adaptée à la musique qu’il a créé, elle possède un grain en harmonie avec ses textes. Elle a le relief nécessaire pour rendre crédibles les prouesses de song-writing folk de l’auteur de Highway 61 : elle semble façonnée par l’ingestion massive de verres de bourbon et la consommation excessive de cigarettes, forte et tranquille à la fois, comme un torrent des Rocheuses. Rien de commun en tout cas avec l’ex-chanteur de Roxy Music qui joue habituellement sur un tout autre registre : celui du velouté et du vibrato aussi discret que ravageur. Si cela lui confère au moins l’avantage de ne pas être tenté par l’hommage sacrilège en forme de plagiat ou l’imitation pure à la Didier Gustin, on a, malgré tout, du mal à imaginer comment il va adapter son timbre au folk dylanesque.

Puis vient l’écoute et tous les doutes s’estompent en un clin d’oreille. Ferry se promène sur les classiques du répertoire de Dylan avec une aisance déconcertante. Il interprète nonchalamment Knocking on Heavens’ Door comme si le classique des classiques avait été écrit pour lui. Mieux encore, il arrive à insuffler au titre un état d’esprit conforme à sa personnalité et fait de la chanson ce qu’elle a toujours été : une complainte où le chanteur voyage sur le grand huit des émotions humaines, passant de l’envie à la résignation via les plus éprouvantes acrobaties de l’âme.
Plus périlleux encore est l’exercice de la reprise d’All Along the Watchtower, si bien interprété par Jimi Hendrix qu’on n’ose plus en imaginer d’autres versions. Mais là, encore, Bryan se promène avec décontraction et brio sur une orchestration où, hélas, les guitares sont peut-être trop mises en avant. Brillant sur Just Like Tom Thumbs Blues, transi d’amour sur Positively 4th Street, nostalgique mais surtout pas larmoyant sur Gates of Eden, Ferry arrive même à faire découvrir des aspects jusque là inconnus de son talent d’interprétation.

Les rencontres de montagnes enfantent bien souvent de souris mais celle-là a définitivement créé un Everest qui culmine à de très hauts niveaux d’excellence. Respectueux de l’esprit de Dylan, il évitera les foudres de ses fans les plus inconditionnels et constituera pour les béotiens de la folk une merveilleuse manière d’aborder l’oeuvre du maître.

Dylanesque, de Bryan Ferry, publié par Virgin, sortie le 5 Mars 2007.

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3 Réponses »

  1. Extraordinaire !
    La vidéo d’une nouvelle chanson inédite de Francis Cabrel sur le blog http://www.thedino.org
    Il y parle de la vie en général, des nouvelles technologies, et puis de ses relations avec sa mère, et son frère.
    Un texte superbe, et puis sa voix unique !
    Ca s’intitule : FRANCIS CABREL - DROIT DE REPONSE
    Bisous,

  2. bon c’est du Dylan revu et corrigé par le Dandy british qu’est Bryan Ferry
    dans l’ensemble ça tient la route
    à quand un album de reprises de Ferry par Dylan qui s’intitulera Ferryesque ?
    je me lasse des reprises à tout vent même si, en l’occurence le résultat est bon mais pas vraiment génial
    du Dylan si vous en voulez, écoutez donc par le passé Manfred Mann par exemple - quant à All Along The Watchtower, si vous voulez une interprétation sublime autre que celle du gaucher frisé de Seatle, je vous conseille de trouver celle d’un groupe anglais du nom d’Affinity - elle date certes mais plus de 10 minutes de musique ( orgue fantastique )
    salut à toutes & tous

  3. [...] a rendu hommage à Peter Seeger, tandis que Jacques Higelin s’occupait du cas de Trénet et Bryan Ferry de Bob Dylan. Dernière variation en date sur le thème : l’invitation de la part d’un [...]

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