Life in Cartoon Motion : Mika, sans complexe
Par Labosonic • jeu 15 mar 2007 • Categorie: MusiqueAlbum paru le 5 février 2007

Deux idées traversent l’esprit de l’auditeur à l’écoute du disque. Immédiatement, les influences de l’artiste sautent aux oreilles, notamment, celle proche du mimétisme avec Queen. Même voix et même phrasé que Freddy Mercury, mêmes tentations pour les arrangements grandiloquents et baroques, si la citation est aisément identifiable sur Grâce Kelly, l’ombre du quatuor anglais plane sur l’intégralité de l’album. Le second sentiment de l’auditeur est celui de bien-être et d’insouciance que transmet la musique de Mika. Légère, acidulée comme les choeurs de Lollipop, elle incite immédiatement à l’allégresse comme l’indique clairement Relax take it easy qui ressuscite musicalement la disco.
Ce qui fait l’originalité et le succès de la pop-music de Mika, c’est probablement sa modernité alliée à une incroyable maturité musicale. L’homme a à peine une vingtaine d’années, et même si les hasards des métissages et des migrations lui ont fait traverser les cultures, on a le sentiment qu’il a écouté des milliers de disques et vécu les quatre dernières décennies les oreilles grandes ouvertes. Il connaît tout de la musique, comme un vétéran aguerri, mais recycle ses multiples influences dans un cocktail marqué par la fougue de sa jeunesse : Billy Brown a des faux airs de Beatles, la parenté avec Queen semble partout évidente et son amour immodéré pour le piano évoque par instants Elton John.
Mais, on trouvera aussi, et surtout, de multiples et fugaces références à des morceaux plus obscurs et symptômatiques des excès les plus inavouables des dernières décennies : L’introduction de Relax, take it easy est calquée sur le Spacer de Sheila & B-Devotion, les quelques sons synthétiques qui habillent l’album semblent sortis des années 80, qui ne sont pourtant pas la référence en matière de bon goût. Qu’importe, Mika se joue sans complexe des préjugés pour créer sa matière musicale avec une fraîcheur jamais entendue jusque là et qui fait réellement plaisir à entendre.
S’il est très loin d’être déplaisant, Life in Cartoon Motion, n’est probablement pas un album qui restera dans les mémoires pour ses qualités musicales, en particulier, celles liées à l’innovation. Il pourrait bien par contre être un album précurseur, annonçant une vague de retour à une musique pop simplissime et efficace, délibérément insouciante et dépouillée des artifices synthétiques. Un tel raz de marée serait d’ailleurs assez agréable tant il contraste avec les productions électro-pop qui ont inondé le marché musical, si intellectualisantes qu’elles en deviennent dépressives [1].
C’est finalement là, même s’il est doué de réelles qualités, le plus grand talent de Mika : celui d’avoir senti une réelle lassitude dans les oreilles du public et d’avoir initié le retour au premier plan du mot plaisir. Avec une telle faculté à saisir l’air du temps et des dons indéniables, le jeune anglo-libanais est donc à la fois le symbole de l’arrivée d’une nouvelle génération et porteur d’espoir pour un avenir musical radieux. Il risque donc de prendre une place de premier plan dans les années à venir.
Life in Cartoon Motion, de Mika, publié par Universal Music, sortie le 5 février 2007.
Technorati Tags: Mika, Queen, Freddy Mercury, Grâce Kelly, Mika, Relax take it easy, Beatles, Queen, Elton John, Sheila & B-Devotion, Musique, Critique, Opinion, Culture
1. Les plus perspicaces noteront l’omniprésence de Nigel Godrich à la production de tels disques.
Labosonic est le rédacteur Musique du magazine.
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