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Bebel Gilberto : un Momento trop lisse

Par Labosonic • jeu 29 mar 2007 • Categorie: Musique

Album paru en mars 2007

Appréciation de Labosonic niveau 1

Avec son nouvel album Momento, Bebel Gilberto poursuit son chemin dans la veine électronique vocale brésilienne. Et ce disque pose une multitude de problèmes qui sont au cœur de l’industrie musicale actuellement : celui de la transmission héréditaire du talent, celui du traitement trop souvent esthétisant des voix féminines et celui de la carte postale sonore lorsqu’un artiste est trop imprégné de la culture musicale de sa patrie. Beaucoup d’écueils, donc, pour un troisième opus qui doit confirmer les espoirs que laissaient présager ses précédentes œuvres.

Difficile d’évoquer la demoiselle sans parler, ne serait-ce qu’un peu, de la culture musicale dans laquelle elle a baigné : son père João est considéré comme le père fondateur de la bossa nova et son oncle, Chico Buarque est, lui aussi, une figure historique de la musique brésilienne. Si le talent est bien plus acquis qu’inné, il serait cependant stupide d’ignorer qu’avec de telles fées penchées sur son berceau, les oreilles de Bebel Gilberto ont été choyées dès sa plus tendre enfance par un entourage prévenant et connaisseur.

Pourtant, et c’est la première qualité du début de cet album, la chanteuse évite de manière délibérée de porter à bout de bras un héritage qui pourrait être pesant. A l’inverse de ses précédentes réalisations, l’artiste a décidé, dans la première moitié du disque, de gommer le plus possible les influences qui coulent dans ses veines. La voix est claire, posée, n’a ni le phrasé, ni le groove caractéristiques de la bossa pour préférer une performance vocale plus classique, qu’elle soit lusophone ou anglophone.

C’est par cet ingénieux subterfuge que Bebel Gilberto esquive le piège du cliché musical et réussit à donner à la première partie de son œuvre une autre dimension que celle d’un énième album de world music relooké à la sauce électro. En alternant les langues, elle slalome entre sa culture originelle et sa culture d’adoption à l’image du subtil et délicat Os Novos Yorkinos.

La seconde moitié du disque est plus significative d’une musique typiquement brésilienne du début de ce siècle. Caçada et Cadê Você, servis par une production discrète basée sur un équilibre entre instruments synthétiques et acoustiques, laissent la voix s’épanouir et permettent la pleine expression de la musicalité de la langue de Tom Jobim.

En guise de césure entre ces deux parties, s’intercale la reprise d’un classique éternel : Night and Day, immortalisé par Cole Porter. Et l’interprétation de Gilberto laisse sceptique. Non qu’elle soit ratée ou qu’elle souffre d’imperfections, au contraire, elle apparaît trop lisse, sans aspérité, voire un peu fade.

Des choix musicaux intelligents qui donnent une réelle originalité à un album qui évite ainsi les pièges d’un genre délicat, une voix impeccable, des qualités musicales évidentes : que reprocher à ce Momento ? Objectivement, rien mais pourtant, malgré tous ses atouts, ce disque laisse un sentiment mitigé. Peut-être est-ce dû à une production sans réelle imagination qui privilégie un son propre, voire propret, plutôt que de permettre à Bebel Gilberto d’élaborer son propre son ? A l’identique de Night and Day qui marque l’articulation entre les deux aspects musicaux de sa personnalité, Bebel Gilberto peine à faire passer de l’émotion dans sa perfection et cette lacune pèse sur un album malgré tout loin d’être déplaisant.

Momento, de Bebel Gilberto, publié par V2 Music en mars 2007.

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