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The reminder : Feist sans fausse note

Par Labosonic • jeu 26 avr 2007 • Categorie: Musique

Album paru le 23 avril 2007

Appréciation de Labosonic niveau 2


Avec The Reminder, Feist sort un troisième album forcément attendu puisque partout, dans le monde de la musique, s’amoncellent à son propos les certificats de bonne conduite. Le milieu rock estime cette demoiselle qui a eu le privilège de débuter en première partie des Ramones. Les fans d’électro, eux, insistent plutôt sur son amitié avec la pétillante Peaches et leur collaboration artistique. Pour se convaincre de son talent, les plus sceptiques n’auront qu’à réécouter La chanson de Satie son duo avec Arthur H sur Adieu Tristesse ou Boomerang 2005 réalisé avec ce génial allumé arty qu’est Gonzales, morceau qui sauve presque à lui tout seul Monsieur Gainsbourg Revisited du naufrage artistique.

Feist Portrait

Ce troisième album de la chanteuse canadienne a pour unique mission de confirmer tout le bien qu’on pense de son interprète. La tâche n’est finalement pas si aisée tant la barre a été placée haut avec de telles références et surtout avec le succès de Let it die, son précédent disque. On ressort pourtant de l’écoute de The Reminder avec l’étrange sentiment que, quoiqu’elle ait pu faire ou chanter, Feist n’aurait pas pu le rater. En effet, la jeune trentenaire originaire de Calgary livre treize chansons marquées à la fois par son double talent musical et vocal ainsi qu’une incroyable intelligence artistique qui laissent pantois.

Déconcertante de facilité, la demoiselle peut littéralement chanter tout ce qu’elle veut : le plus simple comme le plus ardu, les chansons légères et les plus graves. Elle est aussi crédible en folkeuse accompagnée d’une simple guitare (Intuition, qu’on croirait enregistrée autour d’un feu de camp ou In the Park où elle murmure avec les oiseaux) que légère sur 1 2 3 4, sorte de comptine au banjo qui s’enrichit d’une multitude d’instruments à mesure que le morceau se construit. Elle s’amuse autant sur le très rythmé My moon my man, discrètement teinté d’électro, que sur les subtils arrangements de piano de The Water.

Feist Portrait

Une telle amplitude de nuances sur la palette vocale d’une artiste, ce n’est pas qu’une histoire de larynx et de justesse, ce n’est pas une affaire de virtuosité musicale. Non, c’est une histoire de cœur, de tripes, de sensibilité et Feist en a à revendre pour chanter avec un tel niveau d’intensité émotionnelle. Cerise sur le gâteau, le tout est réalisé avec une discrétion qui honore un tel talent. Quand Lara Fabian braille Je t’aime à s’en faire péter les cordes vocales avec l’œil mouillé, elle surjoue sur les registres du vocal et de l’émotionnel. Feist – c’est d’ailleurs ce qui différencie véritablement les grands artistes des seconds couteaux – fonctionne à l’exact opposé : à aucun moment elle n’a besoin de démontrer quoi que ce soit en utilisant un quelconque artifice. Elle respire l’aisance naturelle de ceux qui ont de la classe, ceux qui savent suffisamment l’ampleur de leur talent pour se dispenser de vouloir le prouver.

Il en va de même de la production de cet album qui constitue un modèle du genre. Menés sous la double direction de Renaud Létang et Gonzales, mixage, arrangements et orchestrations sont un véritable travail d’orfèvre, où chaque instrument trouve sa juste place et cohabite au mieux avec les autres et surtout l’interprétation. Femme de voix et de cœur, intelligente, sachant s’entourer de ceux qui donneront le meilleur d’eux-mêmes pour fournir le plus bel écrin qui soit à son travail, la Canadienne réussit un très bon disque.

Pochette The Reminder

Mais, car il y a toujours un mais avec les artistes d’une telle envergure, cela ne suffit pas à Feist qui décide de s’attaquer à Sea Lion Woman, standard des standards, immortalisé par Nina Simone. La tâche est ardue. C’est tout sauf une chanson comme les autres, c’est un de ces classiques qu’on contemple habituellement avec respect. Un morceau comme celui-là, c’est du patrimoine, du vrai, certifié culte depuis plus d’un demi-siècle, pas du buzz façonné à coup d’opérations marketing. Rater sa reprise, ce n’est pas être simplement fade, non, c’est être ridicule, minuscule, condamnée à rester à jamais dans l’ombre d’une légende.

Pourtant, Feist va oser relever un tel défi. Mais pas qu’un peu, à sa manière bien sûr et avec toute la panoplie déjà exposée dans l’album. Feist offre un grand voyage, un condensé de ses multiples qualités. Sa voix décontractée ira jusqu’à la limite, la laissant à bout de souffle. En moins de quatre minutes, la Canadienne rentre dans le sanctuaire, ressuscite le vieux classique jazzy et le fait copuler avec toutes les formes de modernité possibles : percussions électroniques tout sauf tapageuses, refrains suffisamment rock avec des guitares électriques pour dépoussiérer l’esprit du mythe sans jamais le dénaturer. Le final, acoustique au possible – on ne tape plus que dans les mains ou du pied sur le sol – permet de quitter le mausolée en fermant la lumière derrière soi. Grandiose.

Il n’y a tout simplement rien à redire et encore moins rien à jeter sur The Reminder. Aucun bémol, hormis ceux présents dans la partition, à exprimer, même en contrepoint, sur un quelconque détail de ce disque qui fait définitivement entrer Feist dans la cour des très grands.

The Reminder, de Feist, publié par Cherrytree Records en avril 2007.

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