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Un journal inquiétant

Par Thomas Cepitelli • lun 30 avr 2007 • Categorie: Danse

Représentations jusqu’au 6 mai 2007

Double actualité pour le danseur-chorégraphe Thierry Baë, en ce moment à Paris :
la reprise de son ballet best-seller, Journal d’inquiétude au Théâtre de la Bastille et la création d’une nouvelle proposition Thierry Baë a disparu, dans le cadre de 100 Dessus Dessous, festival danse-théâtre-performance incontournable qui s’est déroulé à la Villette.

Journal d’inquiétude interroge sous une forme légère les procédés de création d’un spectacle de danse contemporaine. En effet, on voit, dans ce journal intime filmé, Thierry Baë partir à la recherche de subventions pour la création d’une nouvelle forme, un solo créé et interprété par lui-même. Mais le programmateur (Patrice Poyet, dans son propre rôle) n’a pas l’air convaincu, car Baë a été trop longtemps absent des scènes contemporaines. C’est alors que vient au chorégraphe l’idée d’une supercherie : faire croire à Poyet que des stars de la danse vont créer avec lui ce spectacle. Il cite Mathilde Monnier, Bernardo Montet, Josef Nadj … L’aventure commence. Toute la partie filmée de ce Journal d’inquiétude traite des rencontres et des répétitions avec ces danseurs, leur désolidarisation, leur manque d’intérêt, leur refus, leur énervement. La fin du film nous montre Baë, seul dans sa loge le soir de la création, sans aucun comparse donc. Puis noir dans la salle et sur la scène. Moment de suspens. Excitation de la surprise. Tout ceci n’était-il que supercherie ? Quelqu’un d’autre que Baë va-t-il interpréter ce solo ? Quel danseur a répondu finalement à l’invitation ? Ainsi, chaque soir de représentation, à côté de Baë qui le dirige, un des grands noms cités plus haut se plie à l’exercice.

La seule réussite de ce spectacle de danse réside dans tout ce qui n’est pas de la danse. En effet, le solo, dansé par Baë qui décrit ce qu’il fait, se donne des indications, se réprimande et la reprise de celui-ci qui clôt le travail (auxquelles viendront se superposer, les mêmes répliques mais à l’adresse cette fois de l’interprète) est de très loin le moment le plus raté de la proposition. La danse de Baë sent les années quatre-vingts, il est d’une pauvreté gestuelle assez confondante.

Ce journal n’a pour seule qualité que l’interrogation sur la nécessité de danser, malgré la maladie pulmonaire qui ronge le chorégraphe-danseur et les problèmes liés à la production du spectacle vivant aujourd’hui quand on n’est ni jeune, ni une star. On a l’impression ici que c’est l’idée qui prédomine en aucun cas son actualisation sur le plateau. Et c’est un reproche que l’on peut faire aussi à l’autre proposition de Baë.

Thierry Baë a disparu est sensiblement fondé sur les mêmes procédés. Baê nous confie un journal de voyages et de répétition en laissant je journaliste et écrivain Denis Robert donner une conférence sur ce spectacle qui n’aura pas lieu. Il traite de la disparition des corps, de l’invisibilité de certains corps sociaux, les malades, les danseurs jugés trop vieux, les « sans domiciles fixes » (dont il nous montre des images qu’il a tournées). A la fin, de la même manière que pour Journal d’inquiétude, Baë rejoint en guest-star son comparse pour exécuter un enchaînement que l’on a déjà vu au cours du spectacle « répété », « marqué » comme disent les danseurs, par Denis Robert. Et cette fois-ci c’est sur sa présence à lui seul, sur son charisme et sa fragilité que repose l’intérêt du spectacle.

Présentées à quelques jours d’intervalles sur des scènes sensiblement proches, les deux propositions s’empêchent l’une l’autre. En effet, on comprend que Baë a trouvé un système, un « truc » qu’il ne manquera pas de décliner à l’infini. Peut-être pourrait-on objecter que ce n’est pas un système mais une esthétique. Il n’en est rien. Cette interrogation du réel et du fictionnel n’est que rarement bien travaillée. Pour pouvoir faire et refaire la même proposition au public, il faut du génie. Ce n’est pas le cas ici.

Journal d’inquiétude de et avec Thierry Baë, représentations jusqu’au 6 mai 2007 au Théâtre de la Bastille à Paris.
Thierry Baë a disparu de et avec Thierry Baë, représentations données les 19 et 20 avril 2007, Festival 100 dessus dessous au parc de la Villette, à Paris.

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Thomas Cepitelli est un ancien rédacteur Théâtre du magazine.
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