Peut-on aimer la chanson française ?
Par Labosonic • jeu 3 mai 2007 • Categorie: MusiqueQuand Luz hurle qu’il n’aime pas la chanson française, on ne pourrait voir dans un ouvrage à l’ironie et au mauvais goût assumés que la manifestation de mauvaise humeur d’un caricaturiste dont le trait est plus adapté au domaine politique qu’à celui de la musique. Encore un râleur qui n’a qu’une envie, celle de pousser un genre historique au tombeau ? Pas tout à fait. Luz a aussi une grande connaissance de notre environnement sonore et sa plume, trempée dans l’acide lorsqu’il esquisse, fut aussi celle d’un critique musical dans une vie passée. Il y a donc peut-être une part de vrai dans son humour potache et réellement quelque chose de pourri dans ce royaume-là.
La scène de ce qu’on appelle Nouvelle chanson française est, en effet, un enfant incestueux, le fruit défendu de l’union du marketing musical et d’une législation en contradiction totale avec la volonté de créer des talents. Quand en 1994, le Ministère de la Culture impose aux radios de diffuser un quota de chansons francophones1, il va créer, bien malgré lui, un véritable appel d’air dans le paysage musical. Les radios, mises au pied du mur, sont toutes contraintes de faire évoluer leurs couleurs musicales pour se mettre en conformité avec la loi et chacun s’efforce de trouver des solutions : les uns décident de se spécialiser dans tel ou tel style2 et les autres conservent des grilles généralistes, en se creusant la tête devant ce nouvel obstacle.

Un besoin est né. L’industrie phonographique, alors en pleine reconstruction, va le combler en segmentant le marché au début des années 2000. A côté des artistes reconnus qui, auparavant, occupaient seuls le terrain, elle va proposer d’autres produits destinés aux plus jeunes. Et c’est ainsi que sont apparues simultanément deux nouvelles générations : celle des artistes kleenex issus des émissions de télé-réalité, au répertoire de reprises aussi étriqué que possible et celle des chanteurs destinés à un public plus adulte. Le cœur de cible est cette génération trentenaire, nostalgique du trio Brassens, Brel, Ferré mais qui peine à se reconnaître dans les chansons signées Souchon-Voulzy, déjà cent ans à eux deux.
Surgissent alors des artistes comme Benjamin Biolay, Kerenn Ann, Carla Bruni, Vincent Delerm et consorts qui fonctionnent tous selon une formule identique : instrumentation dépouillée, prédominance du texte et performances vocales tout en retenue, pour ne pas dire limitées. Les labels phonographiques pensaient trouver un marché de niche, c’est en réalité un chenil tant le succès est immédiat. Les artistes sont suffisamment consensuels pour ne pas réveiller la sieste dominicale télévisée de Michel Drucker et suffisamment nouveaux dans leur formule pour incarner une certaine forme de modernité, ils plaisent à toutes les générations et battent des records, créant un véritable appel où chacun veut son ou ses représentants du nouveau courant émergeant.

Pourquoi ces artistes provoquent-ils tant d’urticaire à Luz ? La réponse est tout simplement contenue dans le titre de son livre : J’aime pas la chanson française. Ce que réalisent ces artistes, ce n’est finalement que de la chanson et très peu de musique : l’instrumentation est trop souvent reléguée à l’arrière-plan et la mélodie compte bien moins que le texte. A force de vouloir réduire les coûts de production, de vanter les mérites du home-studio et au prétexte de réaliser des albums intimistes, on a oublié d’engager des ingénieurs du son capables de travailler sur plus de deux pistes 3. A trop vouloir jouer sur les mots, la musique a été complètement délaissée. Si Gainsbourg se permettait des calembours douteux, ceux-ci trouvaient leur relief grâce aux arrangements d’Alain Goraguer, à la production de Philippe Lerichomme, à des cordes inspirées par Chopin ou John Barry. Ce n’est certainement pas par hasard que Benabar ait été consacré aux Victoires de la Musique4, son passé d’auteur comique pour la télévision5 est symptomatique du déséquilibre entre paroles et musique.

Formatés, ces artistes le sont aussi à l’extrême : prêts à être promus à peine leur disque pressé. Les uns le sont par le style : Sanseverino ne propose finalement qu’une relecture variétoche et au goût du jour de Django Reinhard, Henri Salvador est promu depuis Chambre avec vue comme le crooner à la française6. Les autres le sont par leur passé ou leur filiation qui permet toujours d’engager la conversation dans un talk show télévisé. -M-, Sinclair, Charlotte Gainsbourg, Vincent Delerm suscitent systématiquement en tournée de promotion de leur disque une question sur leur célèbre ascendance. Si l’on y ajoute les frères et sœurs7, maris et femmes8, voire les neveux9, on se dit que le show business est décidément une grande famille ! Ajoutons à cette longue liste tous les acteurs et actrices avides de recyclage (Elie Seymoun, Gérard Darmon, Victoria Abril, Jeanne Balibar, Agnès Jaoui, Mimie Mathy …) pour bien comprendre à quel point ce microcosme est hermétique.
Avec un tel fonctionnement, quasi dynastique et très hermétique, la Nouvelle chanson française n’a de nouvelle que le nom et suscite de nombreuses questions alors même que semblait s’amorcer un changement de génération. Son incapacité à inventer de nouvelles formes musicales et même simplement à habiller des textes avec des mélodies dignes de ce nom fait envisager le pire quant à son avenir.
Crédits photographiques : Rémi Jouan, Philippe Jimenez, Waaz
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- Et non françaises, comme on le dit souvent par abus de langage.[↩]
- En particulier, le hip-hop français qui a, à cette occasion, bénéficié d’un essor sans pareil.[↩]
- Quelqu’un m’a dit de Carla Bruni, l’album éponyme de Vincent Delerm.[↩]
- Ni même Grand Corps Malade, au slam désespérant par ses accompagnements musicaux.[↩]
- Entre autres, la série H et Les guignols de l’info.[↩]
- Certains attribueraient même volontiers à l’interprète du très paillard Quand je monte sur toi la paternité de la bossa nova réalisant ainsi une relecture historique très douteuse.[↩]
- Benjamin Biolay et Coralie Clément.[↩]
- Chiara Mastroïanni & Benjamin Biolay, Renaud & Romane Cerda.[↩]
- Fabien Martin en est l’exemple frappant, puisqu’on n’a commencé à évoquer son oncle Michel Jonasz qu’à l’occasion de son second album.[↩]
Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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Pouvez-vous confirmer que Pauline Croze et Anais sont soeurs?
J’ai effectivement un doute qui me vient à l’instant où je tente de vous sourcer l’information et je trouve en effet des informations contradictoires selon mes références habituelles. En attente d’une investigation plus avancée (et pour garder sa pertinence à votre commentaire), je vais laisser la note de bas de page telle quelle avant confirmation ou infirmation.
Compte-tenu de sources divergentes, la note de bas de page a été modifiée.
j’ai écouté ce que dit LUZ sur une radio.J’ai 60 ans (mon vieux Corneille) et je radote en attendant….et j’écris sur mon blog, pas visité vraiment, des paroles de chansons un peu plus variées que celle qu’on entend. Sinon meilleures. Et sans espoir. voici la dernière chanson-sans-musique- que j’ai écrite. Sur le blog, je dois approcher des la cinquantaine, à la disposition des “artistes” sans inspiration (et qui se l’avoue sans honte) on peut piller : juste me prévenir
la voilà
Un peu de place, svp
Ca fait un siècle qu’ils nous promènent
Leur gueule leur voix toute la semaine
Radio télé chanson cinoche
Y en a qu’pour eux…et puis leurs mioches
Qui c’est le chien sur télé-poche ?*
Au nom du père et de la mère
Et du grand père de la grand-mère
Et du tonton ou du cousin
C’est les mêmes têtes qui changent de mains
Et le dimanche y a même un chien !*
J’ai pas dit qu’ils ont pas de d’talent
J’dis qu’ils sont là qu’ils prennent d’la place
quand la télé plonge dans les glands
faudrait qu’ils laissent un peu d’espace.
Sur le plateau un chien de race ?*
Et y a tous ceux qu’on repère pas,
Sous des faux noms y en a qui s’cachent
Des voiles légers façon taffetas
Ou copains-copines sous des bâches
J’aime les chiens il faut que ça se sache*
Au ciné après le mot fin
J’ose plus r’garder le générique
Ferait-on des films juste afin
D’établir leur code génétique ?
Et les chiens c’est télégénique*
Mais le pire c’est télé-pépère
Où l’on s’invite en famille
Autour des souv’nirs on se titille
Et y a même le chien de Drucker.
Et y a même le chien de Drucker*
Ca ressemble à un jeu d’7 familles
La télé a déjà le père
Pour compléter il faut la fille
Qui chante les chansons de la grand-mère.
Mais le chien est juste un joker*
*parlé
Les refrains sont balancés en chœur façon Gospel et sont de énumérations
de noms de famille et assimilés
Drucker, Castaldi, Arthur H, Mano Solo, Dominique A., Delerm , Bohringer, Chédid, Gainsbourg, Cassel, etc….
rigolo, non?
[...] mais évite soigneusement de tomber dans les clichés de la rébellion adolescente ou ceux de la « grande chanson française » pompeuse d’il y a un quart de siècle. C’est là tout le talent de Rodolphe Burger [...]
Je suis d’accord avec le fond de l’article, mais entendre parler de chanson française sans voir les noms de Mano Solo ou des Têtes Raides, je peux pas laisser passer! Soit, leurs meilleurs albums ne sont pas les derniers, mais ils sont toujours gaillards sans être encroutés, et un de jolies groupes dans leurs sillages.