La Balade des 4 As : faisons du neuf avec du vieux
Par Julien Meyrat • mar 8 mai 2007 • Categorie: Bande Dessinée / MangasAlbum paru le 26 avril 2007

On dit souvent que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes : c’est vrai, mais rien n’interdit de remettre les recettes au goût du jour. Ainsi, il est peu probable que les aventures de Spirou et Fantasio connaîtraient encore le même succès si elles n’avaient été reprises successivement par des auteurs de talent en phase avec leur époque (la version de Rob-Vel semblerait bien vieillotte aux jeunes lecteurs d’aujourd’hui). Et même si certaines séries semblent hors du temps (les récentes rééditions de Gaston, Isabelle ou Tif et Tondu en témoignent), il faut bien reconnaître que certaines accusent le coup des années.

Parmi toutes ces anciennes séries souvent attachantes, certains se souviennent peut-être des 4 As1. Au dessin, François Craenhals, dont la ligne claire très inspirée par Tintin ne contribue pas peu au charme désuet de la série. Au scénario, l’immense Georges Chaulet, l’auteur qui a introduit dans les années soixante un des personnages féminins les plus novateurs de la littérature enfantine : la célébrissime Fantômette. Dans les cases : les aventures incroyables de quatre gamins stéréotypés de type « boy-scouts ». Lastic, le leader charismatique, Dina, la jeune fille romantique, Bouffi, le grassouillet rigolo et Doct, l’intello latiniste. Sans oublier le chien Oscar qui, comme de bien entendu, pense tout haut. Du grand classique, mais de qualité, qui a procuré bien des heures de rêve à bien des têtes blondes.
Pourtant, à la relecture, on est bien obligé de qualifier le charme de leurs aventures de légèrement désuet, d’un peu naïf, voire de carrément fané. Les personnages terriblement caricaturaux manquent de relief et la ligne claire n’a jamais été un style très nerveux… Le tout semble aujourd’hui terriblement daté « sixties », loin des délires paraissant dans Tchô ! ou même dans Spirou. C’est dire si la sortie d’un nouvel épisode des 4 As n’a pas soulevé une horde de fans en proie à une frénésie harrypotteresque. Pour le coup, c’est dommage !

Reprise par la plume d’Alain Maury, formé à l’école Peyo, la série subit un lifting complet annoncé dès la première case : Lastic se réveille d’un rêve étrange où lui et ses trois meilleurs amis vivaient d’extravagantes aventures impliquant une drôle de voiture à damier blanc et rouge et un monstre marin… Seulement voilà, Lastic s’appelle Marco et lui et ses amis Dina, Théodore (Doct) et Jean-Louis (Bouffi) n’ont rien d’aventuriers détectives. Ce sont juste des jeunes comme on en croise tant, avec des parents, des portables, des idées plein la tête. Et justement, comme c’est l’été, il est temps de prendre une décision : où aller dépenser l’argent gagnée en juillet ? Réponse collégiale : dans le sud-ouest français, seule région permettant de conjuguer les passions de chacun, qu’ils tâcheront de communiquer aux autres.
Difficile d’exprimer le sentiment éprouvé à la lecture de cet album : il ne s’y passe rien, mais on sent bien que c’est totalement voulu. Les As (qui ne feront jamais référence à leur groupe en ces termes) passent à côté du mystère qui aurait entièrement occupé l’album en d’autres temps, Jean-Louis tombe amoureux, Lastic envoie des SMS et mitraille les paysages avec son appareil photo numérique, Dina s’habille léger, Théo se découvre une passion pour le surf… et le chien ne les accompagne pas. En quarante-huit planches, les personnages acquièrent une épaisseur qu’ils n’avaient jamais atteinte à l’époque Chaulet, période marquée par les héros « creux » à la Tintin, dans lesquels chaque gosse pouvait se projeter sans peine. Les temps ont changé et cette série, dont on croyait la Bible gravée dans le marbre, mute en une aventure nettement plus réaliste et tout aussi sympathique. Le mérite en revient à Alain Maury, scénariste plein de talent et de reconnaissance envers Chaulet (cet auteur vivant en ermite dans sa ferme ne rappelle-t-il pas l’auteur de Fantômette, amoureux des jeunes et des arts ?), et à Sergio Salma, dessinateur de la charmante série Nathalie, qui a su adapter très intelligemment son trait à cette curieuse expérience de banalisation.
Le résultat est un petit bijou qui se déguste comme une menthe à l’eau à la terrasse d’un café, au printemps. On a l’impression de retrouver de vieux amis : bien sûr ils ont changé pendant l’intervalle de temps, mais seulement en mieux. L’album se lit un peu vite et on a l’impression qu’il ne se passe quasiment rien, mais ce n’est qu’une impression : il y a là une réelle performance et elle enchantera tous ceux qui sauront la lire de la bonne manière.
La Balade des 4 As, scénario d’Alain Maury, dessins de Sergio Salma, éditions Casterman.
Technorati Tags: Rob-Vel, Greg, François Craenhals, Georges Chaulet, Alain Maury, Peyo, Sergio Salma
- À ne pas confondre avec Les As (alias Quentin Gentil et les As) de Greg, série également fort sympathique et présentant de nombreux points communs avec celle de Chaulet, mais nettement plus moderne (années quatre-vingts).[↩]
Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée du magazine. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Julien Meyrat

bonjour, je constate quelques erreurs dans cet article.
Tout d’abord le scénariste est Salma et le dessinateur est Maury.
Ensuite, la plus grosse erreur, est de dire que cet album est bon. C’est faux, il est tout sauf bon. C’est un mauvais album, un très mauvais album.
je passe que le scénario inexistant, plat et ininteressant au possible pour mettre le doigt sur les deux choses qui en font une reprise médiocre et inutile : changer le nom des personnages n’est pas une bonne idée, loin s’en faut, et dire que les 42 épisodes précédents ne sont en fait qu’un rêve c’est non seulement idiot, mais c’est aussi se moquer des lecteurs fideles, mais encore plus de la série et des auteurs.
C’est aussi idiot que lorsque Bobby est mort dans Dallas, pour revenir plus tard, avec l’explication que tout était un rêve. C’est aussi idiot que lorsque les auteurs marvels ont voulu faire croire que le spiderman que l’on suivait pendant des années n’était pas le vrai, mais le clone.
C’est donc non seulement un mauvais album, mais aussi et surtout une affligeante et navrante reprise…..
Dimitri