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Un passant sachant passer

Par Thomas Cepitelli • lun 28 mai 2007 • Categorie: Art Contemporain, Danse
Exposition jusqu’au 26 juin

Pour qui s’interesse à la danse contemporaine et aux nouvelles formes scéniques la Ménagerie de Verre est un lieu incontournable. On y a découvert depuis plus de vingt ans maintenant, grâce à sa créatrice qui est toujours en fonction, Marie Thérèse Allier, ceux qui sont devenus les grans noms de la scène contemporaine. Citons seulement Raimund Hogue, Pascal Rambert, Rachid Oumramdam ou bien encore Yves-Noël Genod.

C’est cette fois-ci pour une installation vidéo de Thierry Payet, intitulée Passerelle, que l’on se rendra dans cette ancienne imprimerie de la cité Léchevin.

C’est dans la salle aux murs de béton brut dénudés que le jeune vidéaste a disposé ces quatre grands écrans. On est donc devant quatre projections synchronisées qui se font face deux à deux. On est envoyé sur une nationale déserte par endroits et par moments. Des voitures, des camions, des camions-citernes, des véhicules de fourrière, quelques passants et des bus scolaires. Le spectateur devant passer entre les quatre écrans est comme écrasé par ce passage incessant de véhicules qui ne s’arrêtent pas. L’angoisse est encore imperceptible mais elle vient, peu à peu, jusqu’à devenir presque insoutenable. En effet, absolument entouré de ce flux qui ne saurait marquer une pause sans créer un accident, le spectateur-visiteur se sent oppressé et invisible. Sa présence ne change rien à ce défilement ininterrompu. Il est inutile à cette société qui se déplace sans prendre garde à lui et c’est pourtant par la seule présence de son regard qu’il peut lui donner du sens. C’est cette dichotomie qui donne de l’intérêt à cette installation.

En effet, pour être absolument honnête, le travail purement plastique laisse nettement à désirer. Tout d’abord parce que l’on a vu de bien plus interessantes visions de l’urbanité, de la solitude et de la mélancolie de ces lieux de croisements mais jamais de rencontres que sont les bretelles d’autoroute. Parce que les images ne sont pas parfaites, un peu troubles, les lumières peu intéressantes. C’est ici, comme assez souvent d’ailleurs en arts plastiques cer derniers temps, l’idée qui prédomine. L’idée de l’artiste qui prend le dessus sur la réussite technique, esthétique, plastique.

Le fait que les écrans soient séparés, ceux qui se font face bien sûr, mais aussi ceux qui sont disposés côte à côte, crée une forme de discontinuité. Celle-ci donne à voir la rupture, évidemment, la discontinuité et le passage, sans doute, mais aussi et surtout une interrogation sur la multiplicité des points de vue. On pense alors aux cubistes, à leur volonté d’embrasser le monde dans son entier, dans sa diversité mais en un seul coup d’oeil, en une seule et même œuvre.

En multipliant les écrans vidéo, Payet nous donne la chance de saisir la totalité des passages de ces voitures, d’aiguiser notre concentration, notre sensibilité, en nous demandant de fixer des points dans ce flux. Et c’est à cet endroit de notre réflexion de spectateur-visiteur que la présence de cette installation plastique dans un lieu habituellement dévolu aux arts de la scène prend tout son sens.

Des questions jaillissent alors. Qu’est ce que le mouvement ? À partir se quand ce mouvement devient danse ? Est ce dans la présence d’un corps performant ? Dans la répétition d’un mouvement ? Dans le flux ininterrompu de formes et de rythmes ?

L’installation de Thierry Payet a donc toute légitimité dans ce lieu. Toute légitimité aussi à être vue par un public habitullement enclin à aimer de la danse.

Passerelle, une installation de Thierry Payet.
À la Ménagerie de Verre, 12/14 rue Léchevin, 75011 Paris, ouvert du mardi au samedi de 14h00 à 19h00.

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