Digitalism ou l’Idealism électro-rock.
Par Labosonic • jeu 31 mai 2007 • Categorie: MusiqueAlbum paru le 21 mai 2007

Quoi de plus anodin, en apparence, que la sortie chez Kitsuné Records de cet album de Digitalism intitulé Idealism ? Ce n’est finalement qu’une production de plus sur un label électronique parisien connu certes pour sa qualité mais aussi trop souvent pour son goût immodéré de la branchouillardise parisienne. Et cet amour des avant-gardes a poussé la structure à sortir d’excellents maxis, parfois de talents confirmés (Joakim, Alex Gopher, Blackstrobe) mais aussi de formations qui ne furent, sans vraie surprise, que celles d’un seul titre (Archigram, Zongamin, Alan Braxe).
On pourrait donc naïvement imaginer que le duo allemand Digitalism est promis au destin musical assez limité qui consiste à faire trois petits tours de pistes sur une platine vinyle avant de s’en aller, juste le temps pour eux de faire se remuer sur les dancefloors cette hype arty qui sirote de la vodka aromatisée au bubble-gum. Ce sera même, peut-être, le seul destin de cet Idealism, que de susciter l’approbation d’une culture clubbing qui attend avec impatience cet album mais ce serait alors un rendez-vous raté avec le public tant l’écoute de ce disque est riche et permet de définir des jalons importants pour le futur de la musique de danse.
Les deux allemands, Ismail Isi Tuefeckci et Jens Jence Moelle ont, en effet, une approche sonore résolument moderne, synthétisée dans cet Idealism et c’est cette démarche qui leur a valu dès leurs débuts le respect du monde de la musique. À peine leur premier titre composé, les propositions de remixs ont afflué et ils ont eu le privilège de travailler avec des artistes prestigieux comme Daft Punk (Technologic) et Tiga (Far from home) mais aussi Depeche Mode (Never let me down again) ou Test Icicles (What’s Your Damage ?).

Une telle carte de visite pourrait laisser songeur, voire même inciter à la fuite : Daft Punk et Tiga se sont révélés en dessous de ce qu’on était en droit d’attendre d’un bon album électronique et les collaborations plus rock pourraient ne sembler qu’anecdotiques. Bien au contraire, c’est parce que Digitalism s’avère être à l’heure actuelle le seul groupe capable du grand écart entre le son dancefloor des instruments synthétiques et celui, éminemment rock, de guitares saturées punkoïdes.
Et c’est là l’atout d’Idealism, sa faculté à réconcilier deux genres qu’on croyait définitivement séparés après des liaisons aussi dangereuses que tumultueuses1. Pour preuve, Digitalism in Caïro, relecture moderne du Fire in Cairo de Cure, n’en conserve que l’esprit pour l’affubler d’une mélodie diablement efficace, capable de faire danser toutes les momies, d’Egypte ou d’ailleurs. Basses surpuissantes et mélodie discrète, l’électronique se permet enfin de citer intelligemment les succès d’hier sans pour autant se contenter d’un sampling aussi bêta que béat au prétexte que les classiques sont intouchables.
D’autres titres comme Idealistic, I want I want, Anything New ou le très réussi Pogo, prolongent le plaisir en mélangeant habillement les basses synthétiques de boîtes à rythme et celles plus ronflantes à quatre cordes des groupes pop-rock accompagnés par une batterie. Digitalism arrive à réaliser pour son propre compte le travail de studio idéal : celui qui consiste à trouver l’accord parfait entre les effets de saturation rock qui caractérisent à la fois les guitares post-punk du début de ce siècle et les déformations de voix vocodées daft-punkienne qui ont cloturé le précédent.
Sous le vernis très dance-floor de la house-music efficace réalisée par Digitalism, se cache une vraie ambition : celle de faire une musique synthétique qui soit aussi percutante que la musique électrique. L’essai, pourtant extrêment périlleux tant il aurait facilement pû tomber dans le mauvais goût ou le gimmick sonore répété à l’infini, s’avère plus que réussi musicalement. Reste maintenant à savoir si Idealism rencontrera le public qu’il mérite, s’il parviendra à séduire à la fois les danseurs abreuvés de l’électro-disco markettée à l’extrême d’un Bob Sinclaar et les rockeurs purs et durs qui sauront y détecter l’esprit de rébellion qui leur plaît tant d’habitude.
Idealism, Digitalism, sorti le 21 mai 2007 chez Kitsuné Records
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- On ne retiendra que les expériences Big Beat de Fatboy Slim aussi heureuses au niveau financier que pauvres musicalement.[↩]
Labosonic est un des rédacteurs Musique du magazine.
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