Justice
Par Labosonic • jeu 14 juin 2007 • Categorie: MusiqueAlbum paru en juin 2007

Cela fait bien au moins six mois que le microcosme musical ne chuchote plus que ce nom : Justice. Partout, avec insistance, de bouche à oreille, on colporte la rumeur de la sortie avant l’été d’un album qui serait non seulement exceptionnel mais aussi, excusez du peu, aussi important que le Homework de Daft Punk. Trop insistant, trop persistant, un tel bruit qui court depuis si longtemps laisse forcément augurer d’un immense talent. Mais il reste encore à déterminer lequel. A-t-on affaire avec Justice à un réel phénomène artistique qui va modifier la donne musicale pour les années à venir ? Ou est-on plutôt confronté à une opération marketing savamment orchestrée, un buzz construit autour d’une analogie douteuse1 ?
La première écoute de Justice laisse effectivement pantois. Des débuts de l’album (le bien nommé Genesis) à la dernière seconde de One Minute To Midnight en passant par D.A.N.C.E, on ne peut être que frappé par les similitudes sonores avec le duo robotique qui propulsa la French Touch à son paroxysme. Utilisation parfois forcenée des effets et autres filtres sur des sons synthétiques (Let there be light, Waters of Nazareth), répétition de motifs mélodiques simples mais jamais simplistes en guise de gimmick (Phantom Part I), sampling (New Jack), parties chantées au vocoder (D.A.N.C.E), tout l’arsenal classique du genre est utilisé avec virtuosité.
Aucun doute n’est possible. Justice connaît ses classiques sur le bout des doigts : les prédécesseurs (Cassius, Daft Punk) mais aussi leurs influences. L’intéressant Valentine marie à merveille les sons de François de Roubaix à ceux de Supertramp. Et cet album éponyme peut légitimement être considéré comme l’album que l’une de ces formations de la génération précédente auraient dû produire après leurs tonitruants débuts pour continuer à peser sur la scène musicale.
Et tout le paradoxe de cet album tient dans cette comparaison, a priori, flatteuse. A quoi bon, en effet, porter bien haut un flambeau, s’il est déjà éteint ? Pourquoi s’acharner, surtout dans le domaine de la dance-music, très sensible à la dictature de l’instant, à refaire ce qui a déjà été fait ? La French Touch est morte, paix à son âme. Tous les protagonistes du genre sont passés à d’autres choses, parfois avec succès, le plus souvent en décevant ceux qui s’étaient enthousiasmés pour eux. A l’exception notable de Bob Sinclar qui continue inlassablement de fournir la bande son annuelle des élections de Miss Camping et autres concours de T-Shirts mouillés, il ne viendrait à personne l’idée de continuer à faire de la musique de la même manière qu’il y a dix ans.
Justice ose ce pari. Les uns crieront au génie, les autres répondront par un haussement d’épaules à la mesure de la vacuité d’une idée qu’ils jugeront saugrenue. Pourquoi pas ? Le cinéma succombe bien au syndrome de la suite, les séries télévisées étirent leurs récits d’une saison à l’autre, se déclinent en prequels et autres sequels, il est même des éditeurs avec des manuscrits dans leurs tiroirs pour continuer l’histoire des Misérables. Chacun se fera son idée sur la démarche mais il ne faut pas pour autant négliger les qualités et défauts de l’oeuvre ainsi que le tapage qui entoure sa sortie.
Incontestablement, Justice est un album énormément promu, trop même quand on l’écoute attentivement. Le disque est certes réussi mais n’apporte pas le moindre élément de nouveauté dans un genre déjà connu et vieux de dix ans. En résumé et avec un brin d’ironie, on pourrait dire que Justice a réussi à faire en 2007 ce qui aurait du être l’album de l’année 1999. Une production soignée, un sens certain de la mélodie, l’utilisation judicieuse de la formule magique de la French Touch ne cachent hélas absolument pas le manque total d’imagination d’un disque qui n’a rien à offrir au niveau créatif. Justice n’apporte aucune réelle recherche dans le travail du son, aucune prise de risque en tentant quelques expérimentations, aucun volonté de pousser jusqu’à la limite un quelconque travail de composition, pas même l’ambition de séduire un autre public que celui des dance-floors, conquis d’avance. S’il y a donc effectivement matière à apprécier Justice pour qui aurait musicalement raté l’effervescence électronique du millénaire dernier, il n’y en aucun cas de réelles raisons de crier au génie ou au miracle.
Justice, Justice, sortie le 11 juin 2007, publié par Ed Bangers Records
Technorati Tags: Justice, Homework, Daft Punk, Homework, Waters of Nazareth, D.A.N.C.E, Cassius, Valentine, François de Roubaix, Supertramp, Bob Sinclar, Musique, Critique, Opinion, Culture
- La référence à Daft Punk ne serait alors pas uniquement réalisée pour évoquer la qualité du disque mais surtout pour impressionner tout critique. L’anecdote reste très présente : un grand magazine se voulant de référence avait décrété à l’époque d’Homework, via son rédacteur en chef, que ce groupe n’avait aucun avenir et qu’on n’en entendrait plus jamais reparler. Ironie du sort, ces temps-ci, le même hebdomadaire sort un numéro spécial pour célébrer les dix ans du duo.[↩]
Labosonic est le rédacteur Musique du magazine.
Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Labosonic

Et si Justice était le premier groupe de revival electro ? C’est un peu ce que je me dis à la lecture d’un article dont je partage les vues de bout en bout…