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Souvenirs des jours heureux de Julien Green

Par Dobrina Clabeaut • ven 15 juin 2007 • Categorie: Livres

Publié en juin 2007

Appréciation de Dobrina niveau 0

Exilé aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre Mondiale, Julien Green se remémore sa jeunesse parisienne. Entre images charmantes et mises en scène appuyées, une évocation aimable et mélancolique du passé.

Dernier né d’une famille américaine et puritaine installée à Paris, Julien Green a grandit parmi ses nombreuses sœurs aînées dans le quartier de Passy. De l’Amérique natale de ses parents, sudistes ayant émigré vingt ans avant sa naissance, seuls lui parvenaient les histoires surannées que contait sa mère avec nostalgie. La Guerre de Sécession, les années passées dans la ville de Savannah, en Géorgie, formaient alors pour le jeune garçon l’improbable et lointain décor d’une existence autrefois vécue par les Green outre-Atlantique. Lieu de quiétude, d’inventions et de facéties, l’enfance est ainsi un havre, un refuge propice à la mémoire du bonheur que Julien Green nous donne à lire en une succession de détails, d’attitudes, de moments partagés. Parcourant ses réminiscences, l’écrivain convoque avec aménité une suite des scènes curieuses, amusantes. Ainsi dépeint-il cette époque insouciante où tout, du haut de forme paternel au panier de la lingère, n’était encore que prétexte à la bruyante création de tragédies grandiloquentes inspirées des lectures d’Hugo et de Corneille.

Tendres souvenirs de la petite enfance. Tableaux gracieux et charmants, trop peut-être pour émouvoir, et qui semblent précéder plus qu’ils n’accompagnent le déclin tardif du 19e siècle. Ils ne forment cependant que l’heureux frontispice d’un recueil mnésique partiellement drapé de noir. A l’adolescence, après la mort de sa mère, Green observe peu à peu les transformations d’une capitale confrontée aux deuils et aux restrictions de la Grande guerre. Schizophrène, Paris cherche alors à distraire de ses frivolités nocturnes ces pâles soldats en permission qu’elle saura aussi pleurer au petit jour. En 1917, après l’obtention du baccalauréat, le discret élève du lycée Janson de Sally s’engage comme ambulancier pour rejoindre le front. Conducteur malhabile mais téméraire, il découvre le morne quotidien des provinces de l’Est, ses campagnes désertes, ses villages en ruine abandonnés au chaos de la guerre, sous un ciel d’acier étincelant. Une évocation dont la sobriété et le réalisme plaident en faveur de l’intéressant contraste distinguant alors le timide parisien de ses compatriotes américains, jeunes étudiants faisant montre devant l’adversité d’une candeur et d’une jovialité stupéfiantes.

Puis les quartiers généraux se raréfient, et Green entame pinceaux à la main une expérience artistique hésitante. De brouillons en ébauches, l’écriture l’entête, se fait d’abord tourments, incertitudes, recherches, jusqu’à l’éclosion d’un premier essai pamphlétaire. L’entre deux guerre marque aussi le début d’une succession de rencontres précieuses et étonnantes. Green en restitue les circonstances à travers l’agencement de quelques passages lourds d’intentionnalité. Jusqu’au décès de son père par lequel s’achève en 1927 la narration de ces Souvenirs des jours heureux, les portraits de Mauriac, de Gide ou de Cocteau se succèdent, comme autant d’illustres figures données en représentation. La peinture du milieu littéraire semble, au même titre que la description des rues parisiennes bien connues de l’écrivain flâneur, prétexte à une forme assez manifeste de démonstration. A travers ce recueil de réminiscences nostalgiques, Julien Green délivre ainsi un récit aux accents singulièrement conventionnels. A ce registre l’oeuvre romesque et théâtrale de l’auteur est infiniment préférable. Sans doute le contexte de sa rédaction aux Etats-Unis, à partir de 1940, suggère-t-il la recherche d’un lectorat sensiblement plus attentif, sinon impressionnable, auquel l’écrivain aura souhaité raconter son passé en France. N’en demeure pas moins persistante la vision d’une galerie de grands hommes à même d’épater, loin de toute fascination.

Souvenirs des jours heureux de Julien Green, Editions Flammarion, 324 pages.

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Dobrina Clabeaut est une ancienne rédactrice Livre du magazine.
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