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Le Portrait de Iain Pears

Par Dobrina Clabeaut • ven 6 juil 2007 • Categorie: Littérature

Publié en juin 2007

Appréciation de Dobrina niveau 1

Exilé sur une île au large de Quiberon, un peintre réalise le portrait de son ancien ami, célèbre critique londonien venu lui rendre visite après quatre années de silence. Historien et spécialiste de l’esthétique picturale, Iain Pears sait insuffler au domaine de l’art les attraits du mystère. Paru récemment en poche, Le Portrait témoigne indéniablement ce sens de la composition. Une plume dont les qualités se délayent toutefois dans le vague du récit.

Il y a quatre ans, Henry MacAlpine a fui Londres et son microcosme artistique pour l’île de Houat. Dans ce lieu reculé, terre de marins livrée corps et âme aux caprices de la mer, le peintre a convié William Nasmyth, éminent mentor et critique raffiné dont il est longtemps demeuré sans nouvelles. Devenu l’hôte de ce peuple insulaire aux mines méfiantes et hostiles, il ne peut que se plier à la volonté d’Henry auquel il a demandé de faire son portrait. Cette inquiétante rencontre entre deux hommes brouillés est évoquée par l’unique voix de l’artiste, observateur méticuleux des altérations de son modèle, fin connaisseur de ses traits et de son être intime.

Roman au titre hautement métaphorique, Le Portrait évoque la description d’une effigie croquée à la plume au gré de longues séances. Au fil des mots, Henry MacAlpine délimite les contours, les reliefs et la part d’ombre d’un personnage que chacun devine cruel, orgueilleux, puissamment redoutable. De floue, la narration se fait parfois plus acérée et précise, recouvrant par touches successives le véritable visage de son modèle et sujet. Sans découpage organisé ni temps mort, le récit se poursuit en un long monologue qui par instant s’interrompt pour mieux reprendre, à l’instar d’un journal rédigé au jour le jour. De la posture de ce narrateur insatiable, le roman ne révèle rien, sinon qu’il s’adresse à William Nasmyth, destinataire muet et invisible d’un soliloque qui pourrait relever de la réalité comme de la démence et l’égarement. Car que penser en effet de ce long discours ponctué de souvenirs et de reproches ? Est-ce le réquisitoire intérieur d’un esprit disert et inapaisé, miné par la rancœur et l’isolement ? Ou s’agit t-il de la narration d’une vengeance orchestrée par son auteur de main de maître ? Tel est le mystère essentiel de ce texte étrange que Iain Pears se garde de clarifier.

Mais si obscure et singulière que puisse paraître la construction de ce roman, le suspense n’en est pas l’enjeu véritable. Si le texte entend générer une tension qui, peu à peu, s’amplifie jusqu’à la révélation finale, c’est à la peinture plus qu’à la dimension policière que se consacre Le Portrait en confrontant deux figures unies par des liens aussi nécessaires et inévitables qu’ambigus. L’artiste et le critique, incarnations antithétiques d’un milieu que Iain Pears dépeint avec une remarquable justesse, sont prétextes à l’évocation des rapports entre création et jugement, talent et pouvoir. Une problématique que l’auteur explore, invoquant notamment la souffrance du peintre acculé par le dénigrement du spécialiste, sans lui apporter plus de nuances. L’approche fragmentaire et superficielle de cette opposition entre deux fonctions personnifiées nuit à la pertinence et à l’intérêt du récit. A trop réduire les rôles à des caricatures figées, comme prises au piège d’un huit clos factice et univoque, Le Portrait échoue à faire impression. Un sentiment d’inconsistance que ne parvient à endiguer l’habilité du style.

Le Portrait de Iain Pears, Editions 10/18, 190 pages.

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Dobrina Clabeaut est une ancienne rédactrice Littérature du magazine.
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