Journées de juin
Par Thomas Cepitelli • lun 9 juil 2007 • Categorie: ThéâtreReprésentations jusqu’au 30 juin 2007
Depuis plusieurs années maintenant le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, le « Cons » pour les intimes, et l’école du Théâtre National de Strasbourg, le célèbre TNS, présentent à Paris leurs élèves de troisième année. Ces jeunes comédiens et comédiennes qui viennent de terminer leur cursus dans ces deux prestigieuses institutions sont dirigés par un metteur en scène reconnu.
Cette année ce sont Wajdi Mouawad, Marcial di Fonzo Bo et Elise Vigier et Alain Françon qui ont été choisis pour diriger chacun un groupe d’élèves. Retour donc sur trois formes d’aujourd’hui et des comédiens de demain.
Mouawad, installé dans le joli petit théâtre du Conservatoire, redonnait un de ses propres textes, Littoral. L’histoire d’un garçon qui décide de prendre le cadavre de son père sur son dos et de partir l’enterrer dans sa terre natale. Ce sera l’occasion pour lui, eux, d’aller à la rencontre d’hommes et de femmes avec lesquels ils finiront par créer une nouvelle famille. Comme à son habitude, Mouawad y va de sa critique de notre société, de l’emphase sur le malheur du monde et de la condamnation de la guerre, de la violence et de la bêtise. Ce que l’on ne peut pas s’empêcher de penser comme une prise de position politique neuve et forte… Heureusement que ce cher Mouawad est là.
Mais ce n’est pas le texte, ni son baroque prétentieux, ni son faux militantisme, qui énervent le plus. C’est, et nous y reviendrons pour le travail de Marcial di Fonzo Bo et Elise Vigier, plutôt cette capacité à ne montrer que du travail de metteur en scène et pas du travail d’acteurs. Même les plus grands détracteurs de Mouwad (et nous sommes peu nombreux à oser le dire tant le travail de ce jeune auteur-metteur en scène semble déplacer et émouvoir les foules) s’accordent à dire que les comédiens de la troupe qu’il dirige sont en général excellents. On est toujours frappé par leur précision, leur justesse, leur charisme. Mais ici, il s’agit de jeunes acteurs, fragiles, trop volontaires, ce qui fait qu’ils sont noyés par le texte et finissent par devenir invisibles. On ne les voit pas, comme on dit dans le jargon.
Cependant, ceci n’était rien face au travail de l’atelier de Marcial di Fonzo Bo et Elise Vigier, sur le texte de Rafael Spregelburd, La Connerie. Même si la remarque est facile et peu digne de nos lecteurs on a envie de dire combien ce titre est programmatique. Dans un décor de chambre de motels se suivent et se ressemblent des scènes d’une banalité, d’une vulgarité et d’une médiocrité rarement atteintes. A côté de cette pièce les dialogues des feux de l’amour semblent du Samuel Beckett. Et, comme tout le temps dans la troupe des Lucioles, le jeu devient aussi vulgaire que le texte. Si les comédiens sont annulés dans le travail de Mouawad, ici ils sont humiliés. Et les mots sont pesés. Ce rendu d’atelier n’est pas digne des comédiens qu’il comporte. Et c’est fort dommageable quand on sait à quel point ces journées de juin sont un tremplin pour la vie professionnelle.
Le troisième atelier était celui dirigé par Alain Françon, avec Les enfants du Soleil de Maxime Gorki. Le travail était, bien sûr, d’un grand classicisme mais on y entendait chacune des répliques avec précision, et on y voyait chacun des comédiens. Bien sûr, on l’impression de voyager dans le temps. Que les années n’ont pas passé depuis 1905 et les interrogations esthético-scientifiques des personnages de Gorki. Le travail du directeur du Théâtre de la Colline a ce charme suranné qui fait dire que, oui, bien sûr, tout ceci n’est pas nouveau, mais que l’ancien a parfois le charme de l’exigence et de la simplicité. Françon a su avec sa connaissance et son amour des comédiens offrir à chacun des élèves du TNS, un véritable rôle et une réelle visibilité. Un vrai moment de théâtre.
Journées de juin, jusqu’au 30 juin, Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique.
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Thomas Cepitelli est un ancien rédacteur Théâtre du magazine.
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