De chair et de sang de John Harvey
Par Dobrina Clabeaut • ven 13 juil 2007 • Categorie: LittératurePublié en mai 2007

Premier opus de la série consacrée par le britannique John Harvey à l’inspecteur Franck Elder, De chair et de sang possède les atouts d’un polar classique, alliant à l’authenticité des personnages le développement d’une intrigue parfaitement rythmée. Sous la grisaille anglaise, un thriller remarquablement sobre et captivant.
Ancien inspecteur, Franck Elder vit dans la région des Cornouailles. Depuis son divorce, seule Kate, sa fille unique, vient lui rendre visite, égayant son quotidien de retraité morose et solitaire. La libération de Shane Donald, criminel arrêté près de treize ans auparavant par Elder pour sa complicité dans la torture et le meurtre d’une adolescente, incite le policier à reprendre du service. Car une affaire étrangement similaire à celle ayant impliqué Donald continue de hanter ses souvenirs : la disparition, jamais élucidée, de la jeune Susan Blacklock. Mais tandis qu’il poursuit ses investigations, Elder se heurte à une nouvelle histoire sanglante, ignorant que son horizon personnel est sur le point de s’assombrir.
En initiant un nouveau cycle d’aventures policières, John Harvey a su créer un personnage digne de l’attachant Charlie Resnik, héros de ses précédents romans. Un modèle auquel Franck Elder n’a rien à envier : tourmenté, vulnérable, désabusé, le limier de De chair et de sang traîne son malaise tout au long du roman, lui conférant son atmosphère de mauvais rêve interminable. Son désarroi est celui d’un homme du commun confronté à ses propres incertitudes comme à l’ambivalence du mal. Car la force et la crédibilité d’Elder tiennent justement à son dénuement d’ancien flic et de père sans famille, à ce pathétisme sans fioriture et foncièrement humain par lequel l’auteur parvient à faire de son anti-héros une figure emblématique du polar actuel.
Mais au-delà de ces incarnations auxquelles John Harvey confère l’épaisseur de l’ordinaire, le texte ne pouvait que convaincre par la qualité de sa construction narrative. De chair et de sang est un récit haletant, dont le rythme intense, jalonné d’attentes et de rebondissements, n’affecte nullement le façonnement progressif des personnages. Chacun est ainsi pétri, creusé plus profondément à mesure que progresse l’action, sans que jamais la tension ne se relâche. Un roman âpre, d’une noire densité, et dont le regard aigü parvient à river le lecteur jusqu’au seuil du désespoir.
De Chair et de sang de John Harvey, Editions Payot, Rivages / Noir, 475 pages.
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Dobrina Clabeaut est une ancienne rédactrice Littérature du magazine.
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