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Une saison en enfer

Par Thomas Cepitelli • lun 16 juil 2007 • Categorie: Théâtre

Le mois de juillet rime pour les amateurs de théâtre et de danse avec festivals en province. Qui à Montpellier, qui en Avignon, qui à Bussang. Il rime aussi avec bilan, celui d’une saison passée à fréquenter quotidiennement les salles de théâtre.
Petit tour d’horizon en 4 étapes d’une saison passée : les énervements, les déceptions, les confirmations et enfin les découvertes.

Il est des soirs où le métier de spectateur est un dur labeur. Des soirs où l’envie de tout envoyer balader, d’arrêter de passer son temps à ne faire que ça. On finit par croire que l’on a cessé d’aimer voir des comédiens sur scène, des danseurs sur les plateaux. Ces soirs-là sont, en général, dûs à une série de propositions plus indigentes les unes que les autres. On retiendra pour nos lecteurs, les quatre plus mauvais spectacles vus cette saison.

Commençons du côté du Théâtre des Amandiers de Nanterre. Bien que n’y étant jamais allé du temps de Chéreau, on aime particulièrement ce théâtre dont la force est de se transformer à merci pour y accueillir des espaces scéniques très différents. On se souvient aussi y avoir vu deux pépites, la Belle Meunière mis en scène par Christophe Marthaler et Les Bonnes de Jean Genet par Bruno Boeglin1. Cette saison, lors d’un colloque sur Racine donné dans ce théâtre, l’idée nous est venue d’assister à la mise en scène de Bérénice par Jean-Louis Martinelli. Une catastrophe absolue. Nous ne reviendrons pas sur le niveau de jeu des acteurs (Catalifo-Titus, était encore moins convaincant que sur France 2). Mais pour donner une vague idée du niveau de lecture, rappelons ici que le décor en bi-frontal était cerné de deux portes. L’une rouge d’où sortait l’hystérique Bérenice, l’autre blanche d’où sortait le (trop) sage Titus. Voilà. Les hommes sont sages et les filles assez « hystéros » pour vouloir mourir d’aimer. Quelle jolie lecture !

Baladons nous ensuite du côté de textes plus contemporains. Avec d’une part, Elle de Jean Genet et d’autre part, Le Pays Lointain de Jean-Luc Lagarce.

Elle est une pièce assez rarement montée. Genet y règle ses comptes avec l’Eglise catholique mais aussi avec ce qu’est une image, un code. On se rend compte assez rapidement à la lecture de la pièce que l’auteur du Querelle de Brest, ne nous parle pas tant du pape que de la création artistique en général et du théâtre en particulier. Ce sont Olivier Balazuc et Damien Bigourdan qui s’y sont attelés cette saison. Même si nous avons par ailleurs aimé les facéties de ces jeunes gens, leur travail de mise en scène est ici absolument indigent. Aucun recul sur le texte, aucun regard de biais. Tout se fait tête baissée dans l’hystérie, le contentement de soi. Quelque chose de la fête du patronage. Et surtout ces deux jeunes metteurs en scène que l’on continuera d’aller voir pour leur énergie, semblent confondre vulgarité et crudité.

Avec une programmation commune d’institutions aussi prestigieuses que le Festival d’Automne à Paris, le théâtre de la Bastille et la Ferme du Buisson, la création par Rodolphe Dana et la compagnie les Possédés du Pays Lointain de J-L Lagarce semblait être un des spectacles à ne pas manquer. Ce fut une des plus grosses colères de spectateur de la saison. On croyait voir une troupe de jeune gens s’emparer de ce texte pour lui rendre toute sa force, on a vu un groupe de presque amateurs tenter un catalogue assommant de tous les poncifs du théâtre contemporain. Un seul point réussi, faire croire que ce texte à la poésie subtile, enragée et désespérée n’est en fait que le discours bêta et narcissique d’un jeune homme annonçant sa mort. La mauvaise nouvelle c’est que l’aspect pop et « sympa » de la troupe fait que les mêmes institutions citées plus haut les ré-engagent pour leur nouvelle création d’un autre texte de Jean-Luc Lagarce, Derniers remords avant l’oubli. La bonne nouvelle c’est que l’on sait d’ores et déjà que l’on aura une soirée de libre l’an prochain.

Terminons du côté du cirque, art dont on a peu coutume de parler. Pourtant le nouveau cirque est bel et bien un art à part entière, dont certains noms raisonnent comme ceux des plus grands maîtres. On pense ici, entre autres, à Jérôme Thomas. Ce jongleur est un artiste. On a pleuré d’émotions devant ses premières créations, où il était un poète avec une seule balle blanche pour jongler.
Il est revenu cette année avec un spectacle nommé Rain/bow. Un diptyque avec une partie en noir et blanc et l’autre en hommage au cirque russe, plus colorée. Ce fut un désastre absolu. Et nous pesons ici, encore une fois, nos mots. On ne compte plus les balles ratées, les cerceaux tombés, et les chutes de quilles. On sait bien que l’erreur fait partie de l’esthétique circassienne. L’erreur, oui, le manque de travail, non. On redira juste que lorsque Thomas se prend pour un chorégraphe et qu’il cite les pas les plus célèbres de Bagouet et de Marin dans les années 80, on est choqué et déçu. L’imitation n’est point esclavage disait Jean de la Fontaine, mais le pillage, surtout s’il est mal ré-interprété et pas assumé, n’en est pas moins un crime de guerre.

A la relecture de ces lignes, on se dit que la saison fut catastrophique. Mais l’on pense déjà à toutes les promesses de la prochaine, et on se dit que les rendez-vous ratés sont parfois les plus inoubliables et ceux pour qui on a la plus grande indulgence.

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  1. il y jouait le rôle de Madame[↩]

Thomas Cepitelli est un ancien rédacteur Théâtre du magazine.
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2 Réponses »

  1. Quelle courage de n’avoir pas signé cette article ! Et plutôt que de passer vos nerfs sur des spectacles que vous avez destesté, parlez plutôt de ceux qui vous avez aimé. A moins que vous ne trouviez dans la colère plus d’inspiration que dans la joie. Au fait, que faites-vous comme métier ? A la façon que vous avez de critiquer les spectacles, vous êtes au moins metteur en scène, ou comédien. Et si ce n’est pas le cas, il faut vous y mettre, vous feriez le plus grand bien à cet art que vous semblez tant apprécié. A bon entendeur !
    Rodolphe Dana

  2. Toutes mes plates excuses, monsieur Cepitelli, je n’avais point vue votre petit nom en bas de l’article, et je corrige ce que j’ai écrit hier, dans votre cas il ne s’agit pas de colère, encore moins de critiques, car les bonnes critiques sont toujours constructives, non, vous concernant il ne s’agit que d’aigreur et de frustration… j’arrête ici de vous écrire définitevement car c’est vous accorder une attention que vous ne méritez pas. Je vous laisse à l’oubli…
    Rodolphe Dana

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