Une enfance lingère de Guy Goffette
Par Dobrina Clabeaut • ven 20 juil 2007 • Categorie: LittératurePublié en mai 2007

Fugitive et vagabonde, la mémoire de Guy Goffette exhume les souvenirs de son enfance, au cœur d’une campagne aux âmes frustres et pudibondes. Un récit nostalgique de ces temps où jarretière et bas de soie exhalaient un délicat parfum d’interdit.
Depuis l’enfance, Simon a traîné ses guêtres auprès des femmes du village. Dans les jupes de sa mère, campagnarde au cœur tendre, dans celles des dames du voisinage aux poitrines rebondies et aux corps replets, toutes robustes blanchisseuses frottant leurs chemises dans un lavoir à l’eau bleu de méthylène, et déliant leur langue de commères au dessus d’un décolleté pigeonnant. Un creux vertigineux qu’il a vu de près, lui que la forte Germaine a un jour transporté dans son corset jusqu’au médecin, tout glacé et encore violet de sa chute dans le bac savonneux. Des sensations qui surent adoucir la rudesse d’une éduction paysanne avare de douceur et de cajoleries. Car si Simon n’est pas né « le cul dans la soie », se plaisait à marteler son père, amateur de formules au sens souvent plus obscur, il a bientôt goûté au secret plaisir d’être dans de beaux draps. Ceux des lavandières, d’abord, puis les bas d’une bonne sœur maîtresse d’école, sans omettre l’inoubliable petite culotte bleu roi arborée par Jeannine, premier amour et camarade de jeu intrépide ayant consenti à montrer sa « zizoute » entre deux scènes de cow-boys et d’indiens.

Une enfance lingère restitue à travers ces anecdotes cocasses et réjouissantes les souvenirs d’une jeunesse heureuse, vécue dans le giron des dentelles féminines. La découverte des soutiens-gorge et autres objets incompréhensibles est le fil conducteur de ces réminiscences enfantines. Leur charme réside essentiellement dans la curiosité ingénue du narrateur, gamin laissé dubitatif par la monstrueuse et si peu maritime nature du corset à baleines, ou fasciné par deux belles jambes de dame dépassant avec impudence d’un confessionnal. Une initiation que vient parfaire la rencontre de l’oncle Paul, vendeur ambulant de lingerie et grand coureur de jupons. À bord de son fourgon vantant la qualité de ses marchandises, « Le Fin du Fin pour les dames », le bonhomme cultive l’art de fidéliser la clientèle. Et son neveu de se rendre à l’évidence de la tournure aventureuse de sa profession. Avec humour et finesse, Guy Goffette restaure ainsi les images fugaces et dépareillées d’une enfance heureuse passée auprès des femmes, à proximité de leur dessous tendres et soyeux dont la vision atténuait l’âpreté du quotidien. Une ode délicate à l’éveil des sens.
Une enfance lingère de Guy Goffette, Editions Gallimard, Collecion Folio, 170 pages.
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Dobrina Clabeaut est une ancienne rédactrice Littérature du magazine.
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