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Transmetropolitan : le quatrième pouvoir… dans ta gueule !

Par Julien Meyrat • mar 4 sept 2007 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas

Paru le 27 mai 2007

Appréciation de Julien niveau 2

Coincé par son éditeur après cinq ans de retraite heureuse, Spider Jerusalem est sommé de retourner dans La Ville, mélange de Sodome et Gomorrhe du futur, et d’exercer à nouveau son apostolat. Seulement voilà, Jerusalem est un journaliste d’investigation, un vrai, un pur, une machine de guerre ambulante prête à démolir toutes les injustices et à sauver tous les orphelins à coup de papiers rageurs sur la politique, la religion ou la télévision. Forcément, ça fait des étincelles.

Attention, ceci est sans doute la meilleure bande dessinée de Warren Ellis. Les fans de comics le connaissent bien pour quelques-unes de ses œuvres déjà profondément marquées par le politiquement incorrect : The Authority, Down, Hellblazer… Seulement voilà, force est de le reconnaître : même dans ses grands moments de délire au sein de ces intrigues pourtant déjà bien politiques, il se retenait. C’est dans Transmetropolitan qu’il explose, et le vecteur évident de cette éruption intellectuelle, c’est ce personnage appelé à devenir un « type » scénaristique : l’inoubliable Spider Jerusalem.

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Avec sa dégaine chauve et tatouée des pieds à la tête, sa clope au bec, ses habits noirs et ses lunettes dépareillées, Jerusalem est une silhouette que vous n’oublierez pas de sitôt. La moindre de ses répliques est un mot d’auteur révolté, la moindre de ses actions un crachat à la figure de cette société pourrie, futuriste mais si semblable à la nôtre.
Car Transmetropolitan, c’est de la science-fiction. Pas dans le sens galvaudé de space opera avec vaisseaux spatiaux et lasers, non, non. Disons juste que la science a fait quelques bonds en avant, les gens disposant de « faiseurs » qui peuvent fabriquer n’importe quoi à partir de rien. Croyez-vous que ces impressionnants progrès aient eu une influence positive sur la société ? Bien sûr que non : il y a plus d’inégalités sociales, de malheureux exploités et de politiciens véreux que jamais.

Dépeignant avec une extrême précision un univers corrompu et pourri jusqu’à la moelle, Ellis nous le fait visiter avec comme guide un furieux à la folie salvatrice. Car si Spider n’hésite pas à tataner la figure de ceux qui se mettent sur son chemin, c’est toujours au nom de la vérité. Car si ce personnage peut sembler un invraisemblable trou du cul, il se révèle surtout pétri d’humanité et prêt à tout pour sauver la veuve et l’orphelin. Une vision du journalisme comme contre-pouvoir salutaire.

Si le scénario et surtout les dialogues font mouche à tous les coups (il n’y a pas beaucoup de répliques du héros qui ne soient pas dignes de figurer au panthéon des bons mots), le dessin de Darick Robertson n’est pas en reste. Lui aussi déchaîné par les idées démoniaques de son auteur, il dépeint une Ville tentaculaire extraordinaire de précision. Le résultat est un bâton de dynamite d’une intelligence rare, dont l’humour anglais trash évoque vaguement ce que produirait un Alan Moore qui carburerait au crack plutôt qu’à l’herbe. La réédition que nous propose Panini Comics reprend la partie déjà éditée il y a bien trop longtemps par Le Téméraire, plus un bon nombre d’histoires supplémentaires qui justifient amplement l’achat. Alors jetez-vous dessus, vous ne le regretterez pas !

Transmetropolitan tome 1, Le Come-back du siècle, scénario de Warren Ellis, dessins de Darick Robertson, éditions Panini Comics, collection Vertigo Big Books.
Crédit photo : Panini Comics - 2007.

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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée du magazine. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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