Les Fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup
Par Dobrina Clabeaut • ven 14 sept 2007 • Categorie: LittératurePublié en août 2007

Derrière son long titre aux allures de conte merveilleux, le premier roman de Vikas Swarup dissimule une véritable plongée dans la société indienne contemporaine. Malgré la faiblesse d’un prétexte dramatique quelque peu artificiel, l’auteur délivre d’un monde âpre et disparate une peinture vive qui remporte l’adhésion.
Ram Mohammad Thomas possède un patronyme à l’image de son pays : multiple, pétri d’espoirs, de croyances, de contradictions. Simple serveur dans un bar-restaurant de Mumbai, il est l’heureux lauréat d’un jeu télévisé inédit, « Qui va gagner un milliard ? ». Soupçonné de tricherie, il est arrêté et traîné en salle d’interrogatoire. Les producteurs peu scrupuleux de l’émission espèrent recueillir ses aveux par la torture. Mais l’intervention inespérée d’une avocate le sauve des griffes de la police. Pour récuser cette accusation inique, le malheureux gagnant doit désormais prouver à la justice son innocence. Puisque chacune de ses réponses extraordinaires sont autant de souvenirs intimes, Ram Mohammad Thomas confie à celle qui lui est venue en aide le récit de sa courte et périlleuse existence. De l’orphelinat aux abords touristiques du Taj Mahal, son histoire reflète l’Inde du dénuement, de la corruption et des extrêmes dans laquelle il a grandit.
Diplomate en poste à New Delhi, Vikas Swarup compte désormais parmi les auteurs de son temps. Ses fabuleuses aventures semblent s’inscrire dans une perspective, pour ne pas dire une nécessité commune au roman indien contemporain : celle de dire, loin des images exotiques et autres clichés des sagas bollywoodiennes, la complexité d’un pays immense aux réalités nombreuses, souvent antagonistes, et dont le développement économique vertigineux se poursuit en dépit des inégalités sociales, du maintien, à travers les castes, d’un archaïsme toujours en usage, comme de l’exaspération des tensions communautaires. Vikas Swarup s’est emparé de ces creusets si propices à la violence et aux discriminations pour mieux les retranscrire en une série d’expériences profondément évocatrices. L’omniprésence de la misère et de la cruauté sert ainsi de fil rouge aux récits successifs du héros, orphelin soumis aux caprices d’une destinée hasardeuse. Croisant à chaque étape de nouvelles épreuves, il révèle de son quotidien les maux qui l’affligent ou qui frappent ceux qui l’entourent. Sujétion féminine, violence familiale, famine, mépris ou pédophilie sont dévoilés comme les travers d’une société rude et dévorante. À ce titre, Les Fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup témoigne d’une volonté dénonciatrice indéniable. Mais de cette histoire si représentative des déchirements de l’Inde moderne, l’humour et la générosité ne sont guère exclues. Loin d’évacuer toute légèreté, le roman de Swarup délivre une vision teintée d’espoir et d’optimisme. Comme si la chance se devait de sourire tôt ou tard à ceux que l’existence s’est longtemps plue à éprouver.
Entre réalisme et fantaisie, Vikas Swarup signe une odyssée curieuse et bigarrée où transparaît l’image de la condition humaine dans l’Inde d’aujourd’hui. La seule ombre véritable à ce tableau saisissant réside dans sa structure narrative, le récit se ressentant d’un traitement hâtif. À la superficialité de l’argument introductif répond un dénouement expédié sans ménagement. Une négligence qui ne parvient à ternir le charme et l’intérêt de ce premier roman.
Les Fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup, Editions 10/18, 365 pages.
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Dobrina Clabeaut est une ancienne rédactrice Littérature du magazine.
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