James Brown : le jazz en Verve
Par Labosonic • jeu 20 sept 2007 • Categorie: MusiquePublié en août 2007

Le 25 décembre dernier, Satan, lassé d’entendre tous les ans Frank Sinatra entonner son sempiternel White Christmas dans les tréfonds des abysses, décidait d’ajouter un nouveau membre à son orchestre infernal. Il déposa donc le nom de James Brown dans ses petits souliers et attendit - diaboliquement, cela va de soi - qu’une crise cardiaque terrasse celui qui s’auto-proclamait Mr Dynamite, privant ainsi le monde des vivants d’un de ses meilleurs musiciens.

L’homme, par son influence sur ses pairs, a profondément changé la face de la musique, autant par ses albums que par ses concerts. Ses pas de danse furent littéralement phénoménaux et Michael Jackson, dont le succès tient beaucoup au Moonwalk, lui doit énormément au niveau chorégraphique. Et ne parlons pas du hip-hop dont on peut légitimement se demander s’il aurait pu être inventé sans les disques de ce bon vieux James à sampler. Mais, d’une manière assez surprenante, le décès d’un tel artiste n’a pas suscité pour le moment de récupération commerciale excessive de la part de l’industrie phonographique. Il y aurait pourtant matière à convertir ce cadavre en espèces sonnantes et trébuchantes, que ce soit par le biais de DVDs, anthologies, hommages ou autres compilations posthumes. Fait encore plus étrange, c’est finalement la très respectable et respectée maison Verve qui ouvre le bal avec une compilation intitulée sobrement James Brown Jazz.
Optant délibérément pour le contrepied, cette sélection de morceaux présente un florilège des œuvres du maître de la soul et du funk lorsqu’il lui arrivait de rendre hommage à la mère de toutes les musiques noires, le jazz. Et c’est peu dire que le résultat est une réussite tant il est à mille lieues de ce que le souvenir d’un James Brown vieillissant projette dans l’imaginaire. Exit le showman hurlant et trépignant de Sex machine, à qui tous les chanteurs poussifs de télécrochets font affront dans des reprises destinées à leur accorder un statut d’artistes de variétés par SMS interposés.

Mr Dynamite est donc complètement au repos sur ce disque où sa légendaire énergie laisse la place à un James Brown beaucoup plus cool, tout en nuances et en sensibilité. Crooner d’exception, sur That’s my desire, celui qui était, par ailleurs, le Godfather of soul, prouve en tant que jazzman tout son talent d’interprète. Sur All the way, on découvre un homme qui ne chantait pas uniquement avec son Mojo1 mais aussi avec son âme et ses tripes ce qui le rend plus vibrant, plus sincère, en un mot, vrai.
Mieux encore, le disque offre de nombreux instrumentaux où la patte du maître n’est présente que par la mélodie et le rythme. Le groove d’un Why (Am I treated so bad) ou de Tengo Tango démontre ainsi l’influence du maître sur ceux qui l’accompagnent et permet de mettre en lumière le premier des talents de tout musicien : celui de savoir s’entourer des plus doués et de leur offrir le meilleur cadre possible pour jouer à l’unisson.
Jazz est un disque magique tant il est étrange. On y découvre un James Brown assez paradoxal, brillant certes mais certainement pas démonstratif ou surdoué. Moins virtuose que Miles Davis, moins inventif que John Coltrane, moins novateur que Quincy Jones, il s’avère pourtant diablement convaincant en instrumentiste plus modeste et en humble chanteur qui démontre son sens inné du groove dans un style qui n’est pas celui où il excelle et dans lequel il s’est plu jusqu’à la caricature. L’initiative au départ surprenante de Verve, s’avère une réussite totale : un excellent moyen de re-découvrir l’artiste qui se cache derrière la légende. Plutôt que d’offrir une collection de morceaux si légendaires que la terre entière les connaît sur le bout des ongles, James Brown Jazz permet d’apprécier toutes les qualités de son interprète sur des morceaux rares qui savent le mettre en valeur tout aussi bien et laissent même parfois la possibilité à d’autres pointures, tel Macéo Parker, de s’exprimer à ses côtés.
Jazz, James Brown, paru en août 2007, chez Verve.
Crédit photographique : Benjamen Walker.
Technorati Tags: Mr Dynamite, Moonwalk, James Brown, That’s my desire, Godfather of soul, All the way, Why (Am I treated so bad), Tengo Tango, James Brown Jazz, Macéo Parker, Musique, Critique, Opinion, Culture
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