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Un Œil bleu pâle de Louis Bayard

Par Dobrina Clabeaut • ven 21 sept 2007 • Categorie: Littérature

Publié en septembre 2007

Appréciation de Dobrina niveau 1

Premier roman du journaliste new-yorkais Louis Bayard publié en France, Un Œil bleu pâle met en scène le jeune Edgar Allan Poe dans un rôle d’apprenti enquêteur particulièrement sagace et inspiré. Dans l’Amérique du XIXe siècle, un thriller historique à l’atmosphère profondément opaque et délétère.

Ancien inspecteur de la police new-yorkaise, Gus Landor passe sa retraite dans une maison retirée sur les rives de l’Hudson. Veuf sombre et désabusé, il vit seul depuis le départ de sa fille. Située non loin de sa demeure, l’académie militaire de West Point sollicite bientôt ses talents pour enquêter sur la mort d’un élève officier. Retrouvé pendu et étrangement mutilé, le corps de Leroy Fry suscite le désarroi et la perplexité parmi les membre de l’état-major. Landor accepte l’affaire et entame ses investigations sous l’étroite surveillance des autorités de l’académie. Une figure obscure et singulière vient bientôt à sa rencontre : élève de première année, Edgard Allan Poe possède l’inspiration et l’acuité précieuse du don poétique. Adjuvant sagace et original, il transmet à Landor ses moindres observations. Mais à mesure que les deux hommes progressent et s’enfoncent dans les ténèbres de West Point, les cadavres s’accumulent et le mystère s’épaissit.

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Dans ce polar historique riche d’une référence personnifiée aux origines du genre, Louis Bayard instaure une atmosphère lourde et ténébreuse, d’une inquiétante densité. De part et d’autre du fleuve s’étend une nature morne, froide et brumeuse, lieux de solitude et de désolation hivernale où cheminent quelques rares silhouettes. Seul l’âtre fumant de la taverne Benny’s Red House apporte au visiteur un semblant de réconfort. Des élèves-officiers s’y réfugient parfois, fuyant pour quelques heures les rigueurs du climat et l’austère quotidien de l’académie.

Dans cette ambiance glacée, d’une angoissante et remarquable épaisseur, l’auteur développe une intrigue policière tortueuse et déroutante, à l’instar des figures retorses qu’elle questionne ou mobilise. Les ressorts de l’action se jouent ainsi de la nébulosité environnante, noyant enquêteurs et lecteur dans un dédale d’indices et de suppositions multiples. Récit à deux voix mêlant au discours du narrateur les billets et comptes-rendus rédigés par Poe, Un Œil bleu pâle fait aussi de l’intimité des personnages l’objet d’une exploration, d’un dévoilement progressif. La lente résolution de l’énigme, jalonnée d’interrogatoires, de traces et de déchiffrements, prime indéniablement sur le développement d’un suspense haletant. L’approche de la vérité n’en est pas moins asphyxiante, et le dénouement ultime du roman à couper le souffle. Aussi les longueurs et la discontinuité de la trame policière ne parviennent-elles à établir de réelle pesanteur, sinon celle qui, insufflée à dessein par l’auteur, procure au texte sa saveur et son originalité. D’une admirable étrangeté, un voyage littéraire à entreprendre, les yeux grands ouverts.

Un Œil bleu pâle de Louis Bayard, Editions Le Cherche Midi, 525 pages.

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