Backworld : Corbeyran rate son virage
Par Julien Meyrat • mar 25 sept 2007 • Categorie: Bande Dessinée / MangasAlbum publié le 28 août 2007

Terry Hackman, pirate informatique bien nommé, est engagé pour découvrir les secrets de conception d’un jeu vidéo si réaliste qu’il en est dangereux. Devenu la cible d’agents spéciaux mystérieux, il doit fuir blablabla…
Éric Corbeyran est un auteur bien connu. Il est même devenu culte pour une certaine catégorie de lecteurs dans les années quatre-vingt-dix avec Le Chant des stryges, réputation qu’il a assise en multipliant les séries dérivées sur le même thème comme Le Maître du jeu ou Le Clan des chimères. S’il serait malhonnête de passer sous silence ses autres contributions au neuvième art (du nostalgique Cadet des Soupetard avec Olivier Berlion au Weëna d’Alice Picard, en passant par des collaborations avec Riad Sattouf – Petit Verglas – ou Denis Falque – Le Fond du monde), le scénariste est surtout connu pour son univers angoissant mêlant de manière plutôt intéressante mythologie chthonienne à la Lovecraft et théorie du complot à la X-Files. Mystères, courses-poursuites angoissantes, personnages sceptiques ou fanatiques, créatures mystiques contrôlant la destinée du monde en sous-main, etc. Une œuvre typiquement ancrée dans son époque, donc.

Sauf que l’époque est révolue et que les nineties apparaissent désormais loin derrière. Les courses-poursuites alambiquées et les héros anonymes n’ont plus la cote. Place aux psychologies un peu plus fouillées, aux Jack Bauer, Jason Bourne et autres Kenji Endô. Les auteurs sont donc bien inspirés de revoir leurs copies en s’adaptant à ces nouveaux archétypes. Malheureusement, avec Backworld, Corbeyran rate une belle occasion de virage à quatre-vingt-dix degrés et nous sert un plat bien fade. Délaissant cette fois Au frontière du réel pour un univers à peine dissocié de celui de Matrix, il signe une intrigue sans grand intérêt qui patine pendant tout ce premier tome pour ne se finir que sur un timide cliffhanger qui n’attirera sans doute pas les foules. Ajoutons en outre qu’il s’aventure sur un thème à la fois jalonné et piégé : celui des jeux vidéo trop réalistes, dont David Cronenberg (eXistenZ) et les frères Wachowski (Matrix) semblent avoir fait définitivement le tour (et même plusieurs fois).
Au dessin, Lucien Rollin manque de maîtrise et les couleurs fadasses ne sauvent pas son trait d’une certaine mollesse. La bande dessinée qui en résulte se révèle sans identité propre ni véritable attrait. Dommage, pour ses premiers pas chez Glénat, Corbeyran aurait mérité de rebondir et de donner une meilleure mesure de son talent.
Backworld, tome 1 Niveau 1, scénario d’Éric Corbeyran, dessins de Lucien Rollin, éditions Glénat, collection Grafica.
Technorati Tags: Éric Corbeyran, Olivier Berlion, Alice Picard, Riad Sattouf, Denis Falque, Lovecraft, David Cronenberg, frères Wachowski, Lucien Rollin, Bande Dessinée, Critique, Opinion, Culture
Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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