Buddha of suburbia : la renaissance de David Bowie
Par Labosonic • jeu 4 oct 2007 • Categorie: MusiqueAlbum enregistré en 1993 et paru en France en Septembre 2007

Etrange destin que celui de cet album de David Bowie, Buddha of Suburbia, vieux d’une quinzaine d’années et enfin édité officiellement en France lors de cet automne 2007. Par quels mystères le disque d’un artiste aussi réputé a-t-il pu, si longtemps, rester hors de portée du grand public et être réservé aux aficionados habitués aux circuits d’import ? L’histoire de cet album, qui n’est pourtant pas une œuvre majeure de la discographie de l’artiste, mérite d’être contée car Buddha of Suburbia semble avoir acquis, avec le temps, une place à part dans la carrière de l’artiste, probablement bien plus importante qu’il n’y paraît au premier abord.
Incontestablement, les années 70 furent pour Bowie, une période bénie, celle où il a enchaîné les albums à une cadence impressionnante : d’Hunky Dory (1971) à sa fameuse trilogie berlinoise1 en passant par The rise and fall of Ziggy Stardust (1972), il a réussi une trajectoire presque parfaite2. Les années 80 vont, pourtant, changer la donne. Si Let’s Dance rencontre un succès planétaire, il faut bien reconnaître que c’est un album indigne tant il a cédé aux folies de l’époque3. Ces années fric et ces années clips, David les traversera très mal : chacun de ses album égale le précédent en terme de médiocrité.

Quand, en 1993, Bowie entre en studio pour enregistrer Buddha of Suburbia, bande sonore d’un feuilleton pour la BBC, il est, musicalement4, au plus bas. Son dernier album solo en date Never Let me down (1987) a des allures de supplication et personne, pas même lui, ne sait vraiment à quoi s’en tenir avec Tin Machine, le groupe qu’il a créé. Black Tie, White Noise, leur album, est un bide et, presque logiquement, Buddha of Suburbia reste dans les tiroirs de sa maison de disque, échaudée par ce revers et un persistant conflit avec l’artiste5.
Peu convaincant au premier abord, l’album semble bâclé : il alterne les parties chantées (Strangers when we meet & Buddha of suburbia) et instrumentales (South Horizons), propose à la fois des orchestrations très traditionnelles (Bleed like a craze, Dad) et des expérimentations électroniques plus surprenantes (Sex and the church). Convaincant avec le support des images télévisées mais inégal, il manque de liant, de cette unité qui a permis à Bowie de réaliser de grands albums-concept, Ziggy Stardust en tête, qui racontent une histoire de la première à la dernière note. Il ne sortira finalement que deux ans plus tard, confidentiellement, et uniquement sur le territoire américain, en prélude à la sortie d’Outside.

Sa nouvelle publication offre désormais une occasion en or de mieux comprendre l’intérêt du disque et de le replacer dans une perspective historique. En 1993, avec Tin Machine, Bowie tourne la page du passé et clôt définitivement le pénible chapitre de ses années 80. Mais, simultanément, avec Buddha of Suburbia, il se réinvente totalement : l’album n’est pas bâclé, il est juste brouillon et constitue l’esquisse de tout ce qu’il fera dans les années à venir.
Outside, chef d’œuvre encore sous-estimé, reprend énormément d’idées émises sur ce disque et même une chanson : Strangers when we meet, qui figure sur les deux opus et qui constitue l’une des préférées de Bowie. La voix riche en effets électroniques de Sex and the church est omniprésente sur Earthling. Quant à Hours, Reality et Heathen, on trouve en eux l’inspiration de chansons comme Bleed like a craze, Dad et Buddha of Suburbia.
S’il demeure une œuvre secondaire dans la carrière de Bowie, Buddha of Suburbia, injustement méconnu et initialement méprisé, n’en demeure pas moins un disque charnière dans la carrière de l’artiste. Il contient, en effet, tous les éléments qui lui ont permis de trouver un nouveau souffle. A ce titre, il est digne d’intérêt et méritait, au moins, d’être disponible aisément pour tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu à la carrière du Thin White Duke.
The Buddha of Suburbia, David Bowie, sortie le 17 septembre 2007, publié par EMI.
Crédits photographiques : Elmar J. Lordemann & www.davidbowie.com.
Technorati Tags: David Bowie, Buddha of Suburbia, 1993, BBC, Strangers when we meet, Bleed like a craze, Dad, Sex and the church, Outside, Earthling, Heathen, Musique, Critique, Opinion, Culture
- Low (1977), Heroes (1977) & Lodger (1979).[↩]
- N’échouant, véritablement, qu’à réaliser un bon album live, ce qui constitue un étrange paradoxe compte-tenu de la qualité de ses prestations[↩]
- La meilleure illustration de celles-ci réside peut-être, d’ailleurs, dans le clip du putassier Dancing de Dancing in the streets en duo avec Mick Jagger.[↩]
- On ne peut pas dire artistiquement pour autant, puisqu’au cinéma, il a réussi pendant cette période à tourner avec Oshima, Scorcese et Lynch, excusez du peu …[↩]
- L’histoire est compliquée mais elle se résume, essentiellement, à des problèmes de droit d’auteur, David Bowie ayant énormément investi pour en avoir l’intégrale propriété, ce qui ne tombe sous le sens dans le monde anglo-saxon.[↩]
Labosonic est le rédacteur Musique du magazine.
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Excellente chronique! Je ne connaissais pas cet album mais effectivement, d’après ce que tu dis, il peut désormais avoir un intérêt dans la mesure où il ouvrait la voie aux oeuvres plus récentes de BOWIE…
SysTooL
Cet album est sorti officiellement en France fin 93, je l’ai acheté à la Fnac avec -20% nouveauté.
Autre chose Black Tie White noise était l’album solo que Bowie a sorti la même année en 93 et non pas un album de tin Machine. Qui se sont séparés en 92.
@ Jérôme : Effectivement, il y a eu un petit accident (à force de revoir des tournures de phrases, une confusion est née et il faut rendre à Bowie ce qui appartient à Bowie (Black Tie White Noise) et à Tin Machine, son album. Cela n’altère en rien cependant la place que je donne à BTWN dans la discographie de Bowie : un album où il enterre son passé tandis que je dirais que Buddha of Suburbia prépare l’avenir.
Sur la sortie française de l’album en 1993, je n’en ai trouvé aucune trace dans mes sources de référence mais je te crois volontiers. Si Virgin a décidé un lancement US en 1995, il a effectivement existé des versions officielles (à faible pressage) de l’album sorties dès 1993 (par BMG). Celles-ci n’ont jamais été présentées et promues comme le nouvel album de “David Bowie” mais comme la BO de la mini-série télévisée de la BBC. Elles étaient donc réservée aux afficionados des scores et de Bowie et pas vraiment sur le créneau grand public que Bowie a su réoccuper depuis.
@ Systool : C’est quand même surtout un album à conseiller à ceux qui adorent Outside et il est loin d’atteindre son niveau.
D’accord avec tout ce qui a été dit dans cet article
: Buddha of Subburbia est un disque étonnant, déroutant, certainement pas hommogène mais diablement intéressant quand on le confronte aux albums qui suivent (bref, je répète ce que tu as déjà dit
).
Petit désaccord en revanche, sur Black Tie White Noise : un très bon album de Bowie, pour moi, peut-être celui où il s’amuse le plus (semble-t-il). L’apport d’un instrument comme la trompette est énorme et Reeves Gabrels est enfin utilisé de façon pertinente (contrairement aux deux Tin Machine que je n’apprécie pas vraiment). Certaines chansons sont superbes, notamment The Wedding Song, et d’ordre plus générale : l’ambiance qui s’en dégage (à la fois jazzy et résolument pop) très agréable. Et puis c’était quand même la bande son de son mariage (à Bowie), alors niveau investissement personnel, c’est mieux que ses bouses de la fin des 8O’s ^_^ .
je poste ton article sur http://www.menofmusic.com/showthread.php?p=241219#post241219
bon niveau général dans les débats. Pour replacer par rapport à l’époque, cet album fit impression chez certains parce qu’il marquait enfin une anomalie après des années de pilotage automatique. Quoique, le titre Pallas Athena sur BTWN aurait du nous mettre la puce à l’oreille.
je suis aussi d’avis que BTWN reste un bon disque soul-jazz où Bowie revient à ses premiers amours : le sax. Quant à The Buddha, ça reste un document très intéressant. Par contre, je suis surpris que personne ne mentionne pas l’incroyable médiocrité de la pochette de cette réédition. On y retrouve des textes intéressants mais au niveau graphique, quelle déception ! Même pas une référence à la série (contrairement à l’édition originale) et une mise en page affligeante. Venant de Bowie, qui en général soigne quand même particulièrement les aspects visuels, je trouve ça vraiment étonnant.
@NKOTB : Concernant les pochettes, c’est à la fois un parti-pris et une obligation pour moi.
Une obligation, parce que très souvent, les disques que je chronique ne me sont pas forcément envoyés avec une pochette complète mais dans une édition presse promo où le livret n’est pas complet. Impossible donc pour moi de juger de la qualité du produit final tel qu’il sera dans le commerce. Ca c’était pour le côté coulisses.
Un parti-pris aussi, parce que qu’on le souhaite ou non (et je suis clairement dans le camp des non) l’objet-disque est appelé à devenir autre chose qu’un simple support mais plus un objet de collection (le coup marketing de Radiohead récemment en est la preuve ou l’album de Timbaland qui est plus destiné à être vendu sur I-Tunes à l’unité qu’autre chose). Mon parti-pris en écrivant ici est de faire faire des découvertes plutôt que de m’adresser à des fans déjà conquis (d’où le côté plus mise en perspective que critique dans ce que j’écris sur cet album, ce qui me fait parfois un peu schématiser les choses). Donc sur ces points précis, en général, je ne m’attarde pas (au contraire de mes collègues cinéphiles qui ne rédigent pas le même point de vue selon qu’ils abordent un film ou un DVD (avec ses bonus et l’annonce systématique par Willy de son matériel lors du visionnage).
100 % d’accord avec toi. Mais quand on voit avec quelle facilité on peut aujourd’hui se procurer un album “dématérialisé”, soigner la packaging va devenir de plus en plus le critère décisif qui va guider le mouvement vers l’achat (ou non). D’où également un retour en force du support vinyle qui permet de reconsidérer son rapport physique avec l’objet album, notamment en fonction de critères très émotionnels (ex: iTunes ne parviendra jamais à reproduire l’odeur particulière d’un vinyle). C’est ça qui me surprend dans cette réédition de Buddha. Finalement, si on avait déjà le CD gravé ou téléchargé quelque part, quel est l’intérêt d’acheter cette réédition ? Je ne vois qu’un cas de figure : Je suis un fan absolu et j’achète sans me poser la question pour que ma collection officielle ne soit pas bancale (mon cas).