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Paris-Athènes et La Langue maternelle de Vassilis Alexakis

Par Dobrina Clabeaut • ven 12 oct 2007 • Categorie: Littérature

Publiés en août 2007

Appréciation de Dobrina niveau 1

Longtemps exilé à Paris, Valissis Alexakis n’a cessé d’arpenter son pays et sa langue natale à travers ses romans. Récemment édités en poche, Paris-Athènes et La Langue maternelle émanent du trajet littéraire d’un écrivain navigant par delà les frontières grecques et françaises, entre deux modes de vie et de pensée, entre deux cultures.

L’oeuvre de Vassilis Alexakis se ressent d’un seul et même enjeu : donner à lire et à réfléchir la condition de l’écrivain apatride. De cette ambition, sinon de cette nécessité vitale, témoigne Paris-Athènes, récit autobiographique évoquant la situation d’un individu vivant entre la Grèce et la France. La nostalgie d’un passé idéalisé, trompeur, côtoie chez lui la vision d’une terre d’adoption plus froide et cartésienne, presque inamicale dans sa faculté à tout prévoir, régler et critiquer. Pris entre deux patries que les épreuves de la vie dressent face à face, il s’efforce de trouver son équilibre et sa personnalité, et les mots pour y parvenir.

Ainsi en est-il également de la recherche menée par Pavlos, héros de La Langue maternelle, sans doute le plus beau texte d’Alexakis. Dessinateur de presse, il a quitté Paris pour revenir à Athènes. Lui-même ignore les raisons de son retour, si ce n’est le besoin d’observer et de redécouvrir, après vingt ans passés en France, les contours d’une ville et d’une culture à la fois singulièrement intactes et transformées par le temps. Perdu et désœuvré, son voyage le conduit à s’interroger sur le sens de la lettre E qui ornait autrefois l’entrée du temple de Delphes. Des terrasses de la capitale aux rues d’Amphissa, village où a jadis grandi sa mère, l’enquête sur l’epsilon devient la métaphore d’un parcours initiatique, d’une quête de soi accomplie au cœur de la langue grecque.

Curieuse et troublante recherche que celle de ce héros et autre double d’Alexakis lancé sur le piste de la lettre delphique qui marquait autrefois l’antre de l’oracle. Si son mystère entraîne et prolonge l’errance du narrateur, l’epsilon est d’abord l’emblème d’un vide existentiel, d’un gouffre qu’il faut nommer pour combler. L’énigme du E conduit ainsi Pavlos sur les traces d’un manque, celui d’un monde culturel et linguistique presque oublié, territoire de l’enfance révolue, mais surtout des mots et des racines inhérents à l’identité. Aux grés de ses rencontres et de ses réminiscences, le personnage consigne des termes grecs qu’il emprunte au hasard, s’interrogeant sur le présent d’une langue souvent combattue par ses professeurs au nom de la primauté de sa forme ancienne. Roman de la résurgence mnésique, La Langue maternelle convoque aussi l’image de la mère absente, disparue quelques temps auparavant, et que la mémoire du narrateur restitue en un ensemble de scènes furtives, particulièrement émouvantes.

Dans Paris-Athènes et La Langue maternelle, Vassilis Alexakis convie le lecteur au cœur de son histoire, entre deux entités culturelles qu’il s’efforce de concilier par l’écriture, mêlant retenue et ironie. D’un récit à l’autre affleure une sensibilité d’écrivain rare et singulière, infiniment fragile et menacée dans sa quête d’universel.

Paris-Athènes et La Langue maternelle de Vassilis Alexakis, Folio, Editions Gallimard, 289 et 413 pages.

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