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Il était une fois en France : la petite histoire de monsieur Joanovici

Par Julien Meyrat • mar 16 oct 2007 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas

Tome 1 publié le 3 octobre 2007

Appréciation de Julien niveau 2

Durant la première moitié du vingtième siècle a vécu Joseph Joanovici. Ferrailleur, homme d’affaires, escroc, résistant, collaborateur, maffieux… la réputation du bonhomme en a fait une quasi-légende de la Seconde Guerre mondiale. Retour sur la vie d’un individu incroyable, racontée par un duo d’artistes plutôt doués.

Fabien Nury aime l’histoire, particulièrement l’histoire un peu tordue aux relents de vérité. On le sait depuis Je suis Légion, où il brasse fantastique et faits historiques pour le plus grand bonheur des lecteurs, et depuis les excellents scénarios de W.E.S.T. (dessiné par Christian Rossi) et du film Les Brigades du Tigre (Jérôme Cornuau), cosignés par Xavier Dorison (Le Troisième Testament, Prophet…), lui aussi féru d’histoire et de bons personnages. De fait, à eux deux, les scénaristes font facilement la pige à la collection La Loge Noire de Glénat, supposée elle-même revisiter les soubassements de notre Histoire en la passant à la sauce ésotérique. C’est bien simple : comparer la Loge Noire (à quelques exceptions près comme Le Legs de l’alchimiste) aux productions de Nury et Dorison revient à comparer le Da Vinci Code à du Umberto Eco.

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Alors quand Nury propose de redécouvrir l’histoire de France avec un titre hommage à Sergio Leone et un personnage central trop incroyable pour être imaginaire, même en avouant ne faire que s’inspirer des faits réels sans chercher à coller à la réalité historique, on ne peut qu’attendre en salivant. Surtout quand, en prime, il s’adjoint les services de Sylvain Vallée, dessinateur vedette des éditions du Cycliste pour lesquelles il a signé les célèbres saynètes tirées de grands films comme Les Tontons flingueurs, Un taxi pour Tobrouk ou La Traversée de Paris. Capable d’un étonnant réalisme (voir à ce sujet sa principale série Gil Saint-André), Vallée choisit ici un trait plus caricatural, parfaitement en phase avec cette époque de « trognes » burinées. Au point qu’on imagine bien la distribution des rôles pour une éventuelle adaptation au cinéma.

Le récit est non seulement fluide et captivant, mais il se paye le luxe d’être relativement original. Nury casse la chronologie, passant du début du vingtième à 1945, puis à 1965 sans jamais perdre en cohérence, maintenant en permanence le doute sur le personnage central. Juif collabo ? Escroc flamboyant ? Maffieux honnête ? Mari et père de famille exemplaire ou égoïste apatride ? Joanovici déroute sans cesse par son aptitude à intégrer en une même entité une multitude de défauts et de qualités apparemment contradictoires. Un personnage tel que le voulait l’auteur : profondément ambigu.

L’intrigue, qui devrait s’étendre sur six tomes, est aussi et surtout un prétexte à montrer la société française de l’époque et constitue une illustration extrêmement vivante de la situation géopolitique d’alors, une image à hauteur d’homme. On découvre comment certaines décisions peuvent profondément bouleverser une époque, et comment la volonté d’un homme seul peut déplacer des montagnes. La BD est « recommandée par la chaîne Toute l’Histoire », ce qui ne peut que se comprendre : ses vertus didactiques sont tout simplement renversantes.

Il était une fois en France, tome 1 L’empire de monsieur Joseph, textes de Fabien Nury, dessins de Sylvain Vallée, éditions Glénat.

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Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
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