culturofil_header.jpg

Emily the Strange : anticonformistes, avez-vous votre carte ?

Par Julien Meyrat • mar 23 oct 2007 • Categorie: Bande Dessinée / Mangas

Tome 1 publié le 26 septembre 2007

Appréciation de Julien niveau 0

Bienvenue dans le petit monde noir et rouge d’Emily, la petite fille qui fait peur, et de ses quatre chats noirs. Elle s’ennuie, se promène dans les cimetières, s’ennuie encore, tue le temps au sens propre et refuse tout effet de mode. Sauf bien sûr quand il s’agit de sa marque.

L’histoire d’Emily the Strange est un sombre cas d’école. Alors qu’elle s’annonce comme un symbole de cette contre-culture que constitue le gothisme, cette bande dessinée se révèle une compilation de mini récits ayant trait à l’ennui sous plusieurs formes. Et alors que les auteurs semblent chercher à taper sur le système et la société de consommation, force est de constater qu’on n’y traite surtout d’une unique question : l’identité. Celle du lecteur, ado tourmenté qui se cherche probablement. Celle du personnage, mi-petite fille perdue, mi-créature de la nuit. Celle de la marque du même nom. Car Emily the Strange, c’est avant tout une marque de vêtements et accessoires qui fait fureur auprès des ados tendance gothique et des geeks faméliques, équivalent dark d’un Hello Kitty ou d’un Pucca. Sacs à dos, trousses, stylos… Tout est bon dans le cochon, du moment qu’on s’appuie sur une idée forte, ici l’anticonformisme.

emily_the_strange.jpg

Bien sûr, c’est là que ça pêche : il n’y a rien d’anticonformiste à suivre une mode, quelle qu’elle soit. Surtout quand celle-ci est déjà manifestement inspirée d’ailleurs : les fans reconnaîtront rapidement dans l’attitude de la petite Emily une Daria Morgendorffer maquillée et repeinte en blanc et noir. Sauf que là où Daria égratignait vraiment la culture américaine en allant gratouiller là où ça peut faire mal (en particulier le système éducatif), et surtout là où elle faisait preuve de fond en décrivant la jeunesse actuelle avec bien plus d’intelligence que ne l’ont fait bien des films depuis, évitant de sombrer dans le nihilisme acnéique facile, Emily… se contente d’un ramassis d’apparences, ce qu’elle devrait théoriquement fustiger. Nous sommes là dans le domaine de la poésie morbide adolescente, genre qui n’a jamais débouché sur des merveilles…

Alors bien sûr elle se réclame de Poe et de Baudelaire, bien sûr le glauque fait fureur et le design du personnage principal, tout en élégante sobriété (même si elle rappelle décidément un hybride curieux de Daria et de la Death de Neil Gaiman, version Bachalo), est plus que sympathique, mais dans le même genre on préfèrera nettement Lenore, qui au moins est réjouissant, destroy et, n’ayons pas peur du mot, vivant. Car disons-le carrément : dans une bande dessinée qui décrit l’ennui chronique de la petite Emily et de ses quatre chats noirs, on s’ennuie soi-même monumentalement.

Emily the Strange, tome 1 Morte d’ennui, textes de Rob Reger, Jessica Gruner, Brian Brooks et Kitty Remington, dessins de Buzz Parker, éditions Soleil.

Technorati Tags: , , , , , , , , , , ,

Julien Meyrat est le rédacteur Bande Dessinée de Culturofil. C'est lui qui a créé nos Grimaces.
Ecrire à cet auteur | Tous les articles de Julien Meyrat

Une Réponse »

  1. ça semblait pourtant bien parti : http://legenepietlargousier.over-blog.com/article-5701650.html

Laisser une réponse